« Tous ceux qui ont eu un jour la chance de plonger sur une des épaves du Débarquement vous diront que c’est une expérience absolument unique, témoigne d’emblée Thierry, plongeur au Centre de plongée de Caen (Calvados). Vous êtes sous l’eau et tout à coup à 20 ou 25 mètres de profondeur, l’histoire vous happe. Vous voyez d’abord une faune marine intense qui entoure la ferraille et puis, soudain, un bateau gigantesque se dévoile. »
Thierry pense notamment à l’Empire Broadsword, un cargo britannique coulé en juillet 1944 qui git, coupé en trois, au large de Vierville-sur-mer (Calvados). « La plongée est incroyable, poursuit-il parce qu’elle est aussi historique. Tout à coup, on se retrouve physiquement au cœur de la plus grande bataille navale de l’histoire. » Les commémorations du 82e anniversaire du Débarquement, qui se déclinent depuis le 6 juin et tout l’été en Normandie, nous rappellent que le patrimoine historique lié à cette période ne se trouve pas seulement à terre mais aussi largement en mer.
«On a recensé pas moins de 150 vestiges de guerre qui gisent au large de la Manche et surtout des plages du Débarquement dans le Calvados, à moins de 20 kilomètres des côtes, explique Cécile Sauvage, conservateur du patrimoine au Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) dont les travaux et même des vidéos de plongées sont visibles sur le site archeologie.culture.gouv.fr
« Il y a des navires de guerre, mais aussi des bateaux logistiques, des éléments de port artificiels et, même, c’est sans doute unique au monde, des chars amphibie qui ont coulé au cours d’opérations, principalement en juin, mais en fait jusqu’en novembre 1944, poursuit Cécile Sauvage. Et, contrairement à ce qu’on pense parfois, nombre de ces bâtiments ont coulé à cause des conditions météo très difficiles et pas forcément à cause des frappes ennemies. »
Les plages du Débarquement bientôt inscrites au Patrimoine mondial ?
Tous ces vestiges, témoins essentiels de ce 6 juin 1944 et de la libération de l’Europe, ont fait, ces dernières années, l’objet d’un inventaire précis de la part du Ministère de la Culture, notamment en vue d’une décision très attendue et qui devrait tomber au cours de ce mois de juillet : l’inscription des plages du Débarquement au patrimoine mondial de l’Unesco, dans la catégorie des biens culturel.
Si elle était confirmée, cette reconnaissance absolument prestigieuse, au-delà de la notoriété qu’elle assurerait aux sites normands pour les décennies à venir, garantirait des moyens pour que cette histoire soit transmise dans les meilleures conditions aux générations futures.
Avant qu’elles ne disparaissent, puisqu’elles y sont condamnées à terme, ces épaves, souvent chargées d’histoires singulières, pourraient, par exemple, faire l’objet de sorties en mer pour ceux qui n’ont pas la chance de plonger et même assez rapidement d’applications numériques. A l’instar des applis qui permettent de savoir quelles sont les caractéristiques d’un avion au-dessus de nos têtes, on pourra ainsi découvrir toutes les caractéristiques et les détails de l’histoire de telle ou telle épave gisant depuis plus de 80 ans, à parfois trois ou quatre kilomètres à peine de nos côtes, devant Omaha, Juno ou Utah Beach.
Source:
www.leparisien.fr



