Elias Sanbar : "En Palestine, le rire affirme que la vie est plus forte"

Retour sur le parcours singulier d’Elie Sanbar, de l’exil de 1948 à son engagement auprès d’Arafat, en passant par son combat pour le droit des peuples.

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Charline Vanhoenacker et Elias Sanbar dans Bistroscopie en avril 2026 ©Radio France – FI

Le rire comme arme de résistance

Dès les premières minutes de l’entretien, Elias Sanbar aborde un sujet inattendu : l’humour palestinien. Loin d’être anecdotique, il constitue pour lui une forme de résistance profonde face à l’oppression. « C’est lié à la souffrance. Quand vous êtes en capacité d’être dans l’autodérision, de rire de vous-même, c’est une forme de défense miraculeuse, la forme supérieure du rire. », explique-t-il. Ce rire se situe « à la limite entre non pas des larmes, mais des yeux mouillés et c’est un rire silencieux, d’ailleurs plus du sourire avec de la tristesse. Ça dit quelque part l’impuissance et en même temps une force fantastique qui n’est pas défaite par la puissance de l’occupant ou du drame » . Encore aujourd’hui à Gaza, des blagues naissent, preuve que l’humour survit même à l’horreur. L’historien, poète et essayiste raconte une blague palestinienne sur un enfant kidnappé dont le père, apprenant que son fils est bien nourri et dorloté par ses ravisseurs, demande si on peut venir enlever son frère !

Né à Haïfa, exilé à quinze mois

Elias Sanbar est né en 1947 à Haïfa. Il n’a que quinze mois lorsque sa famille fuit la Nakba, la guerre de 1948 qui provoque l’exode de 800 000 Palestiniens. Transporté dans un camion jusqu’à la frontière libanaise, le nourrisson n’ouvre plus les yeux à l’arrivée à Beyrouth — réaction à la peur transmise par sa propre mère, selon le médecin qui les examine. « Cet enfant a réagi à votre propre peur », lui dit-il. L’historien raconte aussi comment, un jour, un baril d’explosifs lancé contre leur maison provoque une déflagration si violente qu’il se lève et fait trois fois le tour du salon en courant – lui qui ne marchait pas encore. « Mon père me disait : tu as marché sur la peur », se souvient-il avec émotion et humour mêlés.

De la lutte armée à la diplomatie, un même combat pour le droit

En 1967, la Guerre des Six Jours et la mort de son père précipitent Elias Sanbar dans l’engagement politique. Il rejoint le mouvement national palestinien et côtoie Yasser Arafat pendant des décennies. Il décrit l’OLP comme une organisation à nulle autre pareille, traversée de courants antagonistes — marxistes, nationalistes, islamistes, bourgeois — mais qui n’a jamais connu de guerre civile. « Nous étions tous dans des relations de type familial », dit-il. Aujourd’hui devenu diplomate et historien, il inscrit son combat dans une quête d’égalité universelle : « Il n’y a pas de fraternité ni de liberté sans égalité. » Il revient également sur le mot qui, selon lui, a tout changé dans l’histoire du conflit : le préfixe « re » dans « revenir ». « Si les Juifs avaient dit « nous venons en Palestine » et non « nous revenons », toute l’histoire aurait été modifiée. »

La suite de cet entretien est à retrouver samedi prochain à 19h15 sur France Inter.

Actualités

Nouveau dictionnaire amoureux de la Palestine, Elias Sanbar. Ed PlonSur France TV : Palestine, une histoireOuverture dans un nouvel onglet d’Alain LewkowiczLa revue Kometa consacrée à la Palestine sera en librairie le 13/5/2026 avec dedans un texte Palestine, mon amour, récit d’Elias Sanbar recueilli par Christophe Boltanski

Programmation musicale

Sault : Good things will come after the pressure

Bibliographie (sélective)

Palestine 1948 : l’Expulsion, Les Livres de la Revue d’études palestiniennes, 1984Les Palestiniens dans le siècle, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (no 201), Gallimard, 1994Palestine, le pays à venir L’Olivier, 1996Le Bien des absents Actes Sud, 2001Palestiniens : la photographie d’une terre et de son peuple de 1839 à nos jours Hazan, 2004Figures du Palestinien : identité des origines, identité de devenir, Gallimard, 2004Dictionnaire amoureux de la Palestine Plon, 2010Le Rescapé et l’Exilé, coécrit avec Stéphane Hessel, Paris, éditions Don Quichotte, 2012La Palestine expliquée à tout le monde Le Seuil, 2013


Source:

www.radiofrance.fr

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