Que faire pour tirer le meilleur de l’IA et éviter le pire ? Les propositions de l’investisseur Charles Ferguson et de l’économiste Philippe Aghion

Basé dans la baie de San Francisco, Charles Ferguson est un investisseur et conseiller stratégique auprès de start-up technologiques et de sociétés de capital-risque, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). Il est aussi documentariste, oscarisé pour son film Inside Job en 2011. Dans un récent article, publié par Project Syndicate, il s’est alarmé du cloisonnement de la réflexion sur l’IA en reprochant notamment aux économistes de négliger à la fois les opportunités radicales qu’offre l’IA et les problèmes potentiellement graves qu’elle pose. Nous lui avons proposé de débattre avec Philippe Aghion, Prix Nobel d’économie 2025 et président de la commission de l’intelligence artificielle mise en place par l’Elysée en mars 2023.

Avez-vous le sentiment que ceux qui sont censés réfléchir sur l’intelligence artificielle posent correctement les questions qu’elle soulève ?

Charles Ferguson : La plupart d’entre eux ne le font probablement pas, et je m’inclus parmi eux. Pour une raison simple : cette technologie, qui affecte tout (le droit, les médias, le travail, la défense, etc.) et qui dépend de tout [datas, énergies, infrastructures…], change si rapidement de tant de façons qu’il est extrêmement difficile pour un être humain d’en saisir la dynamique. Je n’arrive même pas à suivre ce qui se passe dans la baie de San Francisco, où je travaille pourtant à plein temps sur les nouvelles technologies.

Pour encadrer le développement de l’IA, nous avons besoin d’une coopération entre toutes les disciplines (technologie, droit, philosophie, économie…). Et rapidement ! Or celles-ci réfléchissent chacune de leur côté. Je dois dire, Philippe Aghion, que j’en veux particulièrement à votre profession, qui semble parfois déconnectée de la réalité. Les économistes passent très peu de temps avec les créateurs de start-up ou les capital-risqueurs pour les écouter et apprendre d’eux.

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Source:

www.lemonde.fr

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