Elles sont en colère, et, pour le faire savoir, se rangent derrière Isabelle Cornette. A 56 ans, la première vice-présidente de la communauté de communes Arc Mosellan, qui réunit 26 communes dans les environs de Thionville (Moselle), reçoit depuis plusieurs jours une multitude de témoignages d’élues de Moselle et d’ailleurs.
Son coup d’éclat manifeste du début de semaine dernière a d’évidence marqué les esprits. Irritée par l’attribution des postes de vice-présidence (une femme pour 14 hommes) au sein de sa collectivité territoriale, Isabelle Cornette a brutalement interrompu la séance le 21 avril, pour inviter la douzaine de femmes élues conseillères communautaires à la rejoindre dans une pièce voisine. Une irritation collective inédite, conclue, une demi-heure plus tard, par la lecture d’un plaidoyer devant une assemblée médusée.
« Eveiller les consciences »
Bien qu’élue première vice-présidente de l’Arc Mosellan, elle dénonce une « anomalie démocratique » et la « vision de la gouvernance d’un autre âge ». Réclamant que soit accordée aux femmes une « véritable équité démocratique » dans les postes décisionnaires – Il n’y a pas d’obligation légale de parité pour les vice-présidents, contrairement aux adjoints au maire, Isabelle Cornette prévoit de « diffuser son plaidoyer sur Facebook afin de sensibiliser les collectivités à cette nécessité ».
Les conseillers communautaires sont désignés à la suite des élections municipales. Les femmes représentaient en 2020 dans le Grand Est moins du tiers (32,5 %) des élus des communautés de communes, selon la direction générale des collectivités locales. Un résultat qui reflète la part des hommes au poste de maire en Moselle (93 %). Très souvent, ces derniers occupent aussi un statut d’élu communautaire.
« Je ne suis pas là pour accuser et chercher des coupables, reprend Isabelle Cornette. Mais il s’agit d’éveiller les consciences. Construire un territoire ne se résume pas à bâtir ou aménager. Il faut savoir fédérer. Comment prétendre y parvenir en se privant de la moitié de l’humanité ? ». L’élue mosellane, adjointe à Volstroff, demande un large rééquilibrage des postes décisionnaires et une « indemnité égale à celle des vice-présidents ».
« Beaucoup d’hommes se remettent en question »
La prédominance masculine est largement répandue à ce jour dans les collectivités territoriales. Un paradoxe parfois renforcé par les contradictions de la législation. A la communauté d’agglomération Saint-Avold Synergie (CASAS), une élue de Macheren n’a pu devenir élue communautaire en raison de la loi imposant qu’en cas de désistement, le candidat de remplacement soit du même sexe. Initiée à l’origine pour garantir la parité, cette loi empêche ainsi Sabine Dome d’intégrer la CASAS.
« Il a même fallu aller rechercher dans les listes municipales un candidat homme pour se conforter à cette nécessité » déplore-t-elle. Et pourtant, l’assemblée ne comptait qu’une vice-présidente sur 14 postes équivalents. A Sarreguemines, la proportion est quasi-identique avec 2 élues sur 26…
Autant de déséquilibres qui, ces derniers jours, nourrissent le débat, en Moselle comme ailleurs. Expliquant avoir « eu l’impression d’un bond dans les années 1950 », Isabelle Cornette constate que « beaucoup d’hommes politiques se remettent en question au sujet de l’invisible domination exercée dans les assemblées ». « J’en vois même certains qui culpabilisent » confie-t-elle.
Au sein de l’Arc Mosellan, le président Arnaud Spets soutient la position de sa première vice-présidente. « Le problème vient du fait que ces postes assurent une représentation des communes et non de la population », précise celui qui entend « proposer la nomination de conseillères déléguées au même rang de responsabilités que celle d’un vice-président ».
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