« Le Conseil d’évaluation de l’école est un monstre institutionnel qui n’a jamais pu être remis sur de bons rails »

Le Conseil d’évaluation de l’école (CEE) achève sa première mandature. C’est le moment de dresser un premier bilan de cette instance créée en 2020. L’idée que l’évaluation s’applique aussi au système éducatif s’installe dans la société et dans l’école, et c’est une bonne chose. Pour le reste, le bilan est faible voire, à bien des égards, négatif.

Je fus durant ces six ans l’une des « personnalités qualifiées » de ce Conseil où j’ai, sans succès, patiemment cherché à améliorer les choses. Après avoir consulté d’anciens membres avec qui j’ai beaucoup partagé mes réflexions pendant ces années, j’ai décidé, quelques mois avant l’échéance, de présenter ma démission. Voici pourquoi.

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Dans ses textes fondateurs, ce Conseil a été présenté comme indépendant. Cependant, il n’a jamais eu de budget propre et encore moins un statut d’autorité indépendante, comme la Haute Autorité de santé ou la Commission nationale du débat public. La composition du Conseil est problématique, car il comprend en son sein des directeurs du ministère de l’éducation nationale, membres de droit, alors même que le président du CEE dispose d’une équipe issue de l’administration centrale mise à disposition par ce même ministère.

Absence de budget

D’où ce paradoxe : les politiques publiques d’éducation sont examinées par ceux qui les conçoivent et les mettent en œuvre. Autrement dit, ce sont ceux qu’il faudrait évaluer qui sont les principaux évaluateurs.

Une caricature : la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance [le service statistique de l’éducation nationale], un véritable Etat dans l’Etat du ministère, n’a cessé de s’opposer au principe même que le CEE définisse de nouveaux indicateurs, exprimant même son désaccord, en dehors de tout cadre légal, à ce qu’il puisse utiliser les données d’intérêt public qu’elle produit.

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L’absence de budget a, en outre, empêché le CEE de s’aider du travail des chercheurs, comme cela se passe dans la plupart des pays. Malgré nos demandes, il a été impossible jusqu’ici de financer un appel à propositions de recherche, pourtant dûment rédigé, discuté et approuvé, portant sur la mixité, l’équité et l’égalité. Alors même qu’il a été nommé par le premier ministre, le président actuel du CEE [le mathématicien Charles Torossian] semble s’être résigné à ce que cette instance ne soit qu’un rouage du ministère de l’éducation.

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Source:

www.lemonde.fr

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