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« Les Peintres de l’ombre » : une vertigineuse enquête de l’anthropologue Monique Jeudy-Ballini auprès des authentiques artistes du faux

« Peintres de l’ombre. Les faussaires à l’œuvre », de Monique Jeudy-Ballini, Mimésis, « Ethnologiques », 200 p., 18 €.

Non violents, malins et dotés d’un époustouflant talent, les faussaires ne sont pas des voyous comme les autres. Ceux à qui Monique Jeudy-Ballini consacre son nouvel ouvrage, Peintres de l’ombre, se révèlent même bien plus que des artistes accomplis et consciencieux. En nous confiant la vision personnelle de leur pratique, elle interroge le statut de l’œuvre d’art, que l’on imaginait volontiers sans ambiguïté. Une œuvre peut-elle être vraie et fausse à la fois ? Quid des faux tableaux expertisés, devenus vrais et vendus comme tels ? L’anthropologue nous apprend que « dans les années 2000, des experts issus de structures policières européennes affirmèrent que la moitié des œuvres d’art en circulation sur le marché international pouvait être constituée de faux ». Nos musées en sont pleins.

L’autrice rappelle le travail colossal que cette industrie d’aigrefins implique. A commencer par des connaissances solides en histoire de l’art et des techniques pour déjouer les contrôles scientifiques. Une recherche d’autant plus impressionnante que ces magiciens de l’authenticité créent des toiles de dizaines, voire de centaines d’artistes différents.

D’ailleurs, à les croire, les faussaires ne contrefont que les peintres qu’ils aiment. Ils en seraient les héritiers, poursuivant leur œuvre et faisant grimper leur cote. Le résultat est parfois si impressionnant que certains peintres ont recours à leurs services. Guy Ribes, faussaire démasqué et devenu très médiatique, « évoque le cas de quelques artistes [qu’il a aidés] en vue d’expositions car leur succès ne leur permettait plus de faire face à l’afflux des demandes ».

On découvre alors que la relation entre peintres et faussaires peut relever d’une franche ambiguïté. Picasso, par exemple, réalisa un faux Cézanne et signa, en connaissance de cause, une toile que lui avait présentée le faussaire David Stein. Il arrive même, ironie du sort, que le faussaire soit si talentueux qu’il peine à prouver qu’il est bien l’auteur du tableau. Le cas le plus connu est probablement celui de Han Van Meegeren. Accusé de collaboration avec les nazis et risquant la peine capitale, il dut, lors de son procès à Amsterdam, en 1945, démontrer que le Vermeer qu’il avait vendu à Hermann Göring était bien son œuvre.

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Source:

www.lemonde.fr

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