LifestyleToy Story 5 : critique du nouveau film de Pixar

Toy Story 5 : critique du nouveau film de Pixar

On n’est pas loin de penser que c’est une bonne chose que l’annonce de chaque nouveau Toy Story suscite son lot de grimaces et soupirs désespérés. Depuis le troisième volet en 2010, adieux sublimes à la trilogie initiée par John Lasseter en 1995, personne ne semble comprendre pourquoi Woody et ses amis reviennent encore sur nos écrans. Sorti en 2019 dans un climat de grande méfiance, Toy Story 4 avait pourtant réussi à surprendre son monde en avouant, à demi-mot, ne même pas chercher à recréer le torrent émotionnel provoqué par la dernière demi-heure de Toy Story 3 — ils se comptent sur les doigts d’une main, les films de ces quinze dernières années qui peuvent se targuer d’avoir une scène aussi terrassante et vertigineuse que celle de l’incinérateur. Après tout, Woody et Buzz sont toujours là, à quoi bon les mettre au placard ? Pour beaucoup de spectateurs, l’argument avait suffi, à Disney aussi, qui avait pu empocher un beau petit milliard de dollars avec ce quatrième opus complètement dispensable mais charmant.

Six ans plus tard, il ne faut plus espérer que Toy Story renverse son coffre à jouets. Le renouveau n’est plus le mot d’ordre et, paradoxalement, c’est peut-être ce qui rend la saga si singulière, cette façon de sans cesse regarder derrière elle, tout en se faisant aspirer par l’impitoyable passage du temps. Une décision qui représente bien son ambition : pour ce cinquième volet, Disney a ressorti des cartons Andrew Stanton, réalisateur de Wall-E et scénariste sur les quatre précédents Toy Story, qui a un temps rêvé de s’épanouir hors des sentiers de l’animation (John Carter en 2012, modèle d’accident industriel), avant de revenir au bercail. Ce nouvel opus lui ressemble, d’une certaine manière, car le deuil a été fait de l’époque où chaque sortie d’usine d’une production Pixar s’apparentait à un saut dans l’inconnu, repoussant les possibilités de l’animation. Aujourd’hui, alors que tout le monde prétend pouvoir faire du Pixar, avec une IA bien entraînée, qu’est-ce que le studio californien co-fondé il y a 40 ans par Steve Jobs a encore de révolutionnaire au fond de lui ?

La peur du bide

Plus grand-chose mais un sens de plus en plus aigu des sentiments complexes, qui fait parfois oublier qu’on a devant nos yeux un film d’animation, autrefois terrain pour la fantaisie et l’imaginaire débordant. Car Toy Story 5 est le film d’un monde en crise qui ne peut plus dissimuler ses tourments sous un amas de couleurs agressives. Sa première minute est la plus parlante des cent autres qui vont suivre : un Buzz l’Éclair se réveille sur une île déserte où un gros conteneur s’est échoué. C’est une image de désastre, semblable à celle de la Terre sur-polluée et désertée de Wall-E, à l’exception près que Buzz n’est pas seul à vouloir survivre et qu’il y en a des dizaines d’autres comme lui pour former un commando cherchant à survivre et sortir de cette île mystérieuse.

Après cette courte et déconcertante introduction, le film retrouve le calme d’une maison familiale, le décor incontournable de la saga, où l’ambiance n’est pas plus au beau fixe. Toujours entourée de ses jouets, la petite Bonnie peine à se faire des amis hors du monde qu’elle s’est constituée. Les autres gamins de son âge ont trouvé refuge sur leur tablette et se moquent de ses poupées qu’elle fait vivre dans son imaginaire. Rêvant d’offrir un peu de lien social à leur fille, les parents de Bonnie craquent et lui offrent un “Lilypad”, une tablette en forme de gentille grenouille, sorte de lampe d’Aladdin en réalité un brin agaçante, capable d’exaucer tous les vœux de la petite fille. Bonnie exulte et se retrouve absorbée par son petit écran hyperactif. Ses compagnons de jeu ne cachent pas leur horreur et, comme dans chaque film de la saga, mettent les bouchées doubles pour éviter leur extinction programmée.


Source:

www.gqmagazine.fr

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