Europe & InstitutionsMission impossible : Kaja Kallas

Mission impossible : Kaja Kallas

Vous lisez Rapporteur du mercredi 17 juin. Ici Eddy Wax à Bruxelles, avec Nicoletta Ionta.

À retenir :

🟢 Un allié de Kaja Kallas vole à son secours

🟢 Les tensions entre Bruxelles et Pékin atteignent un nouveau sommet

🟢 Keir Starmer participera-t-il sommet UE–Royaume-Uni ?

À Strasbourg : les Conservateurs et réformistes européens continuent de gagner du terrain

L’Europe, vue de Bruxelles

Un allié de premier plan de Kaja Kallas est sorti du silence pour défendre la cheffe de la diplomatie européenne, visée par une salve d’attaques politiques croissantes, y compris de la part de certains commissaires européens.

Bruxelles bruisse de rumeurs alimentées par des informations partielles évoquant la possible suppression du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), poussant Mme Kallas à rassurer le réseau diplomatique de l’Union à travers le monde.

« Ceux qui cherchent à orchestrer ce type de critiques agissent contre l’intérêt commun de l’Europe », estime Marko Mihkelson, président de la commission des affaires étrangères du Parlement estonien.

Représenter la politique étrangère de l’Union n’a rien d’une tâche aisée. Le Haut représentant occupe une fonction hybride, à la croisée de la Commission européenne et des ministres nationaux des Affaires étrangères, tout en ne disposant que de pouvoirs formels limités.

« C’est presque une mission impossible d’avoir une position très claire tout en représentant celle de tous les autres », a déclaré M. Mihkelson à *Rapporteur*. Cet ancien journaliste de 56 ans connaît Kaja Kallas depuis plus d’une décennie. C’est elle qui l’a fait entrer au sein du Parti de la réforme, la formation centriste estonienne.

Les soutiens de Mme Kallas estiment que la Commission d’Ursula von der Leyen a progressivement mis en place des structures parallèles rognant sur ses prérogatives : d’abord avec la création d’une direction générale consacrée au Moyen-Orient, puis d’un commissaire à la Défense, et désormais par une volonté accrue de contrôler la coordination du renseignement et la lutte contre la désinformation. Pas plus tard qu’hier, un porte-parole de la Commission a publiquement rejeté la proposition de Mme Kallas de renforcer les mesures commerciales contre Israël.

« Connaissant bien Kaja, c’est une véritable Dame de fer », affirme M. Mihkelson. « Elle a déjà affronté de vives critiques en Estonie ; elle est parfaitement préparée à ce type d’attaques et sait distinguer ce qui est juste de ce qui ne l’est pas. »

Interrogé sur ce que révéleraient des attaques émanant des propres institutions européennes, M. Mihkelson ne cache pas sa préoccupation : « Si tel est le cas – et certains indices laissent penser que des rivalités internes alimentent ces critiques croissantes –, c’est extrêmement triste à entendre. »

Selon lui, les institutions européennes devraient plutôt concentrer leurs efforts sur la menace russe.

Mais Kaja Kallas est-elle trop dure envers Moscou, comme le lui reprochent nombre de ses détracteurs ? La cheffe de la diplomatie européenne a plusieurs fois cherché à élargir le débat au-delà de ce que certains États membres jugent acceptable, allant jusqu’à proposer des limitations des capacités militaires russes dans le cadre d’un futur accord de paix – des conditions que le Kremlin aurait peu de chances d’accepter.

« Non », tranche M. Mihkelson. L’Europe a, selon lui, la chance de disposer d’une dirigeante pleinement consciente de la menace existentielle venue de l’Est.

Il relève d’ailleurs que Kirill Dmitriev, l’un des négociateurs de Vladimir Poutine, s’est publiquement réjoui des spéculations sur une disparition du SEAE.

« L’histoire du SEAE est encore relativement récente », souligne-t-il. « Il ne faut pas être trop sévère à son égard : ce n’est, espérons-le, que le début d’un long chemin. »

Ne mentionnez pas la Chine

Ce jeudi, les dirigeants européens débattront de la Chine lors du dîner du sommet européen, dans un contexte de préoccupations croissantes concernant les pratiques commerciales de Pékin, sa domination sur certaines chaînes d’approvisionnement stratégiques et son soutien présumé à la Russie.

Pourtant, malgré le durcissement du discours à Bruxelles comme dans plusieurs capitales – Berlin en tête –, peu s’attendent à des avancées concrètes. La crainte de représailles économiques chinoises continue de fracturer les Vingt-Sept, rapporte Thomas Moller-Nielsen.

Le sujet est devenu si sensible que certains responsables hésitent jusqu’à nommer la Chine. Un haut fonctionnaire européen a ainsi insisté sur le fait que le dîner des dirigeants porterait sur les « déséquilibres macroéconomiques mondiaux » – une formule suffisamment vague pour englober plusieurs pays. Les dernières conclusions provisoires du sommet, consultées par Rapporteur, ne mentionnent d’ailleurs pas une seule fois Pékin.

Lisez l’article complet de Tom.

Analyse : qui a rejeté l’accord commercial de Donald Trump ?

L’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis a tracé, mardi, une ligne de fracture inattendue au sein du Parlement européen. Si 440 eurodéputés ont soutenu le texte, 151 s’y sont opposés et 50 se sont abstenus. Fait remarquable : chacun des huit groupes politiques de l’hémicycle comptait au moins un élu parmi les opposants.

Parmi les dissidents les plus en vue figure le Polonais Patryk Jaki, coprésident du groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE) et membre du parti Droit et Justice (PiS). Il ne fut que l’un des trois élus de son groupe à voter contre. Son homologue italien Nicola Procaccini, de Fratelli d’Italia, a quant à lui soutenu l’accord, à l’instar de la grande majorité des élus CRE.

Le Parti populaire européen (PPE) a massivement approuvé le texte. Une seule exception : la Polonaise Hanna Gronkiewicz-Waltz, ancienne maire de Varsovie. Eszter Lakos, proche alliée du Premier ministre hongrois Péter Magyar, a pour sa part choisi l’abstention.

De nombreux eurodéputés français – du Rassemblement national aux macronistes, en passant par les socialistes et les écologistes – ont également voté contre.

Le scrutin a toutefois réservé un paradoxe déjà observé à Strasbourg : certains des plus fervents soutiens européens de Donald Trump ont préféré s’abstenir, à l’image du Fidesz hongrois ou du parti espagnol Vox. À l’inverse, le mouvement tchèque ANO d’Andrej Babiš et le PVV néerlandais de Geert Wilders ont été les seuls membres du groupe Patriotes pour l’Europe à soutenir l’accord.

Le Conseil de l’Union européenne devrait donner son approbation formelle au texte la semaine prochaine.

Brexit, épisode dix mille

Qu’est-ce qui sera réinitialisé en premier : la relation entre Londres et Bruxelles, ou la politique britannique elle-même ?

Le Royaume-Uni et l’Union européenne ont confirmé mardi la tenue de leur prochain sommet le 22 juillet, soit plusieurs semaines plus tard que ne l’espérait Londres, alors que les soubresauts de la vie politique britannique compliquent les efforts de Keir Starmer pour refonder les relations avec Bruxelles.

Le Premier ministre britannique joue gros jeudi lors d’une élection partielle à Makerfield. Son rival au sein du parti travailliste, Andy Burnham, pourrait y effectuer un retour remarqué sur la scène nationale et raviver les spéculations sur une éventuelle contestation de son leadership.

Bruxelles et Londres affichent leur volonté de resserrer leur coopération en matière de sécurité et d’économie. Mais dans les capitales européennes, la prudence demeure de mise face à l’instabilité chronique de la politique britannique. Plusieurs États membres restent réticents à approfondir la relation sans engagements plus substantiels sur l’alignement réglementaire, les contributions financières britanniques et la mise en place d’un dispositif de mobilité des jeunes.

Lisez l’article complet de Bruno Waterfield.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :

Rond-point Strasbourg

COUP DUR POUR MARTUSCIELLO : Fulvio Martusciello a perdu mardi son immunité parlementaire lors du vote lié à l’affaire Huawei, ouvrant la voie à la poursuite des investigations menées par la justice belge. Lire l’article complet.

RENDEZ-VOUS AU TRIBUNAL : La cafétéria du Parlement européen à Bruxelles doit être transformée en un vaste espace de restauration capable d’accueillir plus de 1 000 personnes. Le projet vise notamment à remédier aux problèmes d’hygiène relevés dans les installations actuelles. Lire l’article complet.

Les capitales

MADRID 🇪🇸

Les socialistes (PSOE) et leur partenaire de coalition à gauche, Sumar, ont fait échec mardi à une initiative de l’opposition visant à pousser Pedro Sánchez vers des élections anticipées. La motion non contraignante, soutenue par Junts – allié catalan ponctuel du Premier ministre – ainsi que par le Parti populaire conservateur, intervient alors que M. Sánchez est fragilisé par des scandales de corruption touchant son entourage et par l’impasse législative. Le porte-parole du PSOE, Patxi López, a rappelé que seul le chef du gouvernement est habilité à dissoudre le Parlement.

– Inés Fernández-Pontes

VARSOVIE 🇵🇱

Le gouvernement polonais a examiné mardi un projet de résolution visant à lancer les démarches en vue de l’établissement d’une base militaire américaine permanente sur le territoire national, a annoncé Donald Tusk, le Premier ministre. Varsovie soutient de longue date qu’une présence durable des États-Unis renforcerait le flanc oriental de l’OTAN et contribuerait à dissuader la Russie. L’initiative, portée par le ministre de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz, intervient dans un contexte de dégradation persistante de la sécurité en Europe orientale.

– Charles Szumski

BERLIN 🇩🇪

L’ancien chef de l’Office fédéral allemand de la sécurité des technologies de l’information (BSI), Arne Schönbohm, a remporté une bataille judiciaire après que la Cour d’appel de Munich a jugé illicites des déclarations tenues à son encontre dans une émission satirique diffusée en 2022. Lors de cette émission de la chaîne publique ZDF, l’humoriste Jan Böhmermann avait laissé entendre que M. Schönbohm entretenait sciemment des liens avec les services de renseignement russes. Ces accusations avaient provoqué un scandale politique et conduit à son éviction par la ministre de l’Intérieur de l’époque, Nancy Faeser.

– Björn Stritzel

BUCAREST 🇷🇴

La nomination surprise d’Adrian Veștea au poste de Premier ministre par le président Nicușor Dan semble s’essouffler, le soutien parlementaire s’érodant quelques jours à peine après son annonce. Aucun vote de confiance n’a encore été programmé, prolongeant l’incertitude politique dans le pays. Le président se heurte également à des résistances au sein du Parti national libéral (PNL, centre droit), dont le dirigeant et Premier ministre sortant, Ilie Bolojan, aurait menacé d’exclure M. Veștea s’il persistait à briguer la fonction.

– Matei Rosca

LJUBLJANA 🇸🇮

Le nouveau gouvernement slovène dirigé par le Premier ministre conservateur Janez Janša a annulé plusieurs décisions relatives au Moyen-Orient prises par son prédécesseur de centre gauche, levant l’embargo sur les armes à destination d’Israël et supprimant les interdictions d’entrée visant Benjamin Netanyahu et deux ministres israéliens. L’exécutif a également retiré un drapeau palestinien d’un bâtiment gouvernemental, ce à quoi la présidente indépendante Nataša Pirc Musar a répondu en faisant hisser ce même drapeau au palais présidentiel.

– Bronwyn Jones

LISBONNE 🇵🇹

Le Premier ministre Luís Montenegro, à la tête de l’Alliance démocratique (AD, centre droit), a promis mardi de « tout faire » pour obtenir le soutien du Parlement à la réforme du droit du travail portée par son gouvernement, avant une réunion avec André Ventura, dirigeant du parti d’extrême droite Chega. Défendant une plus grande flexibilité du marché du travail au nom de la compétitivité et de la productivité, M. Montenegro se heurte à l’opposition des syndicats et de la gauche, au risque de devoir s’appuyer sur les voix de Chega.

– Charles Szumski

SOFIA 🇧🇬

Le gouvernement bulgare prévoit de reporter à août la présentation complète du budget 2026, tout en sollicitant l’approbation du Parlement pour jusqu’à 3,8 milliards d’euros d’emprunts supplémentaires. Le texte a franchi une première lecture avec le soutien de 135 députés. Entrée dans la zone euro en janvier tout en restant soumise à la procédure européenne pour déficit excessif, la Bulgarie affirme avoir besoin de ces fonds pour préfinancer des projets liés au plan de relance avant l’échéance du mois d’août.

– Konstantin Karadjov

Editrices.teurs : Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Thomas Moller-Nielsen, Björn Stritzel, Magnus Lund Nielsen, Martina Monti, Victoria Becker, Bruno Waterfield

Traducteur: Charles Szumski


Source:

euractiv.com

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