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Dans la Loire, la success story rurale de la librairie Le Carnet à Spirales

C’est un succès qui s’écrit par paliers. En 2004, l’année de la naissance de leur premier fils, Jean-Baptiste et Christelle Hamelin ouvrent Le Carnet à Spirales, petite librairie de 25 m² à Charlieu (Loire), bourg médiéval d’à peine 4 000 habitants entre Lyonnais et Bourgogne. En 2008 : naissance de leur deuxième enfant, et la librairie déménage dans un nouveau local de 75 m². En 2014, changement d’échelle, ils investissent une ancienne boîte de nuit de 300 m²… et donnent naissance à des jumelles ! En 2026, pas de nouvelle naissance, mais une nouvelle étape : une mue totale du lieu, intérieure et extérieure. 

Après quatre mois de travaux intensifs, la librairie vient de rouvrir. Pendant le chantier, l’activité a été maintenue dans un local provisoire situé juste en face, limitant la fermeture réelle à trois semaines. Nouveau logo, nouvel agencement, mobilier sur-mesure, espaces de lecture, fauteuils, tapis, piano, luminaires et décorations uniques, terrasse bientôt végétalisée : le Carnet à Spirales assume pleinement son statut de librairie star de sa région. Tous les travaux ont été confiés aux artisans de Charlieu et de ses environs, un ancrage ultra-territorial que porte le magasin depuis ses débuts dans cette petite ville commerçante. 

Photo PG LH

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Un modèle démesuré, mais pas hors-sol

En 20 ans, Le Carnet à Spirales est passé de 7 000 à environ 30 000 références, et d’un commerce de centre-bourg à une librairie de destination. La comparaison revient souvent : Banon a Le Bleuet, Charlieu a Le Carnet à Spirales. Toutes proportions gardées, les deux librairies partagent la même singularité : une offre et une surface qui dépassent largement la taille de leur commune. Mais Jean-Baptiste Hamelin récuse l’idée d’un miracle isolé. Pour lui, la librairie s’inscrit avant tout dans un territoire plus solide qu’il n’y paraît. 

Car Charlieu n’est pas un village désertifié. La commune compte plusieurs collèges et lycées, un tissu commerçant dense, une activité régulière toute l’année et une clientèle qui dépasse largement ses limites administratives. Sur son bassin de vie, entre nord de la Loire, sud de la Saône-et-Loire et nord du Rhône, le Carnet à Spirales rayonne sur environ 30 000 habitants. Ce à quoi s’ajoutent les résidences secondaires, et l’absence de concurrence à moins d’une demi-heure de route. Un contexte qui aide à expliquer le succès de la librairie, mais qui ne suffit pas. « C’est l’équilibre de tout ça en même temps qui fait que ça marche », résume Jean-Baptiste Hamelin, évoquant aussi le lieu, l’offre, l’équipe, les animations, la fidélité des clients, et l’énergie déployée chaque semaine comme autres clefs de ce modèle exigeant.

Le lieu emploie aujourd’hui six libraires à temps plein, auxquels s’ajoutent deux étudiants. Un effectif considérable pour une ville de cette taille qui permet de tenir une offre généraliste ambitieuse, avec des rayons particulièrement travaillés en littérature, polar, jeunesse (avec une libraire dédiée), beaux-arts et cuisine. Dans un chiffre d’affaires qui avoisine les 800 000 euros, le livre pèse pour 88 % (dont 40 % réalisés par le rayon littérature et polar), et les commandes pour les collectivités et le scolaire environ 10 %. 

Un tourisme de librairie

Résultat : la librairie attire des lecteurs qui ne viennent pas seulement flâner entre les rayons, mais aussi visiter un lieu spectaculaire. Certains font beaucoup de route, programment leur passage, restent longuement dans les rayons. Pendant notre visite, un client venu de Villard-de-Lans, dans le Vercors, interrompt les propriétaires pour saluer la rénovation. « Bravo et merci. Je fais des vidéos pour montrer à mes enfants. C’est un moment magique dès que je viens et ça me ravit de voir qu’il y a encore des lieux comme ça qui marchent aussi bien », lance-t-il. Christelle et Jean-Baptiste l’assurent : des scènes de ce type se produisent au quotidien. 

L’animation contribue aussi à ce rayonnement. Rencontres sur réservation, dédicaces, rendez-vous réguliers : l’équipe fait vivre le lieu chaque semaine, toute l’année. Pour cela, les Hamelin et leur équipe disent travailler sans relâche, souvent « sur les rotules » physiquement, plus encore après cette séquence de travaux. Faire venir livres et auteurs dans un lieu éloigné des grands axes suppose aussi plus d’organisation : transports, hébergements, disponibilité des intervenants, parfois même réticences de certains grands éditeurs à envoyer leurs représentants aussi loin. « Tant pis pour eux ! », tranche le libraire, décrivant son commerce comme « farouchement indépendant ». 

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La ruralité comme spécificité, pas comme étiquette

Si Jean-Baptiste Hamelin connaît bien les enjeux propres à ces territoires – il siège à la commission Ruralité du Syndicat de la librairie française (SLF) – il refuse cependant d’en faire l’identité première du Carnet à Spirales. « Nous sommes d’abord des libraires qui s’efforcent de faire un travail de qualité. Ensuite, nous sommes ruraux. Je ne veux pas être pris pour le rural de service », insiste-t-il. Une nuance importante : la localisation en milieu rural est une spécificité, pas une qualité en soi, venant après le travail d’exigence du libraire.

Cette réussite n’occulte enfin pas les fragilités du métier et les tensions économiques de la librairie indépendante. Même dans une librairie qui fonctionne, l’équilibre reste difficile. « Le drame, aujourd’hui, est qu’il devient de plus en plus compliqué de vivre uniquement de son cœur de métier : le livre. Auparavant, les activités annexes, marqueterie, papeterie, étaient un plus. Aujourd’hui, elles servent juste à atteindre l’équilibre », regrette le libraire. Autre difficulté : parvenir à recruter des libraires expérimentés, comme dans beaucoup d’établissements situés hors des grands centres urbains.

Pas de quoi pour autant arrêter la marche en avant de la librairie. Après cette transformation d’ampleur, Jean-Baptiste et Christelle Hamelin veulent désormais renforcer encore leur fonds. Leur prochain chantier : s’ouvrir au livre d’occasion, notamment dans le domaine du livre d’art. L’objectif n’étant pas d’installer de grands bacs de livres de poche à petits prix, mais d’enrichir l’offre en récupérant des ouvrages rares issus de rachats et de bibliothèques privées.

 

Photo PG LH

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Source:

www.livreshebdo.fr

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