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"Vous êtes très fort pour délocaliser vos profits": mis en cause par l'économiste Gabriel Zucman, Totalenergies se défend et assure que "l'accusation d'optimisation fiscale ne résiste pas aux faits"

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Gabriel Zucman accuse Totalenergies de délocaliser ses profits dans les pays à faible fiscalité. Le groupe pétrolier dément et assure que son taux moyen d’imposition dans le monde est supérieur à celui qu’il supporterait s’il payait l’impôt sur les sociétés en France.

Totalenergies paie-t-il sa juste part d’impôt en France? Le débat est relancé alors que l’économiste Gabriel Zucman a interpellé le PDG du groupe pétrolier, Patrick Pouyanné, l’accusant de recourir à l’optimisation fiscale dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. « En France, année après année, vous ne déclarez aucun bénéfice, bien que vous y employez plus de 30.000 salariés, donc vous ne payez pas d’impôt sur les sociétés », a rappelé l’économiste également directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité.

En effet, dans son rapport annuel, l’entreprise a déclaré 11 milliards d’euros de bénéfices dans le monde, mais 300 millions de pertes en France (où elle ne produit pas de pétrole mais exploite « des activités de raffinage et de distribution (…) structurellement peu rentables »), ce qui l’exonère d’impôt sur les sociétés dans l’Hexagone. C’est le cas presque chaque année, à l’exception de 2024, lorsque Totalenergies a payé un impôt sur les sociétés modeste de 95 millions de dollars.

Lors de son audition par la commission des finances de l’Assemblée nationale mercredi, Patrick Pouyanné a toutefois souligné que son groupe avait payé près de 100 milliards de dollars d’impôts sur les bénéfices au cours des cinq dernières années, avec un taux moyen de 43% au niveau mondial, soit plus que le taux d’impôt sur les sociétés pratiqué en France (25,8%).

Dit autrement, « nous ne sommes pas très bons dans la délocalisation de nos profits dans les pays à faible fiscalité. Parce que si nous l’étions, nous choisirions plutôt d’être fiscalisés en France que de l’être dans les pays producteurs », avait ajouté le dirigeant.

« Vous êtes en réalité très fort pour délocaliser les profits dans les pays à faible fiscalité »

Un argument qui ne tient pas pour Gabriel Zucman. L’économiste qui a consulté le rapport d’activité de Totalenergies s’étonne de ne pas y voir clairement figurer les bénéfices réalisés par l’entreprise en Suisse ou à Singapour. Or « il est de notoriété publique que vous avez des activités dans ces territoires qui sont parmi les plus gros paradis fiscaux de la planète », indique-t-il.

En réalité, ces pays sont bien intégrés dans la comptabilité de Totalenergies mais dissimulés au sein d’un tableau dans une ligne « appelée ‘Reste du monde' » qui inclurait donc « les plus grands paradis fiscaux de la planète », assure Gabriel Zucman. Le groupe pétrolier tirerait de ce « reste du monde » entre « un quart et un tiers de ses bénéfices » qui sont « imposés à des taux dérisoires compris entre 5 et 10% », poursuit-il.

« Alors je vous rassure Patrick Pouyanné, chez Totalenergies, vous êtes en réalité très fort pour délocaliser les profits dans les pays à faible fiscalité », lâche encore l’économiste à l’issue de sa démonstration. Alors que « pendant ce temps-là, nos artisans, nos boulangers, nos petites et moyennes entreprises, ne peuvent pas envoyer leurs profits en Suisse ou à Singapour ». « C’est comme ça qu’on se retrouve dans cette situation inacceptable dans laquelle nos petites et moyennes entreprises sont plus taxées que les grandes entreprises multinationales comme vous », conclut-il.

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« La Suisse et Singapour ne sont pas des paradis fiscaux »

Mis en cause, Totalenergies a répondu à Gabriel Zucman, martelant que son taux d’imposition moyen dans le monde est supérieur au taux d’impôt sur les sociétés français: « L’accusation d’optimisation fiscale ne résiste pas aux faits », souligne le groupe.

Il assure ainsi s’acquitter de ses « impôts là où (il) exerce ses activités et où il crée de la valeur, dans le strict respect des règles internationales, il s’agit principalement des pays producteurs ». « Ces pays hôtes veillent légitimement à recevoir un juste retour de l’exploitation de leurs ressources naturelles. La fiscalité y est donc élevée: 78% en Norvège et au Royaume-Uni, plus de 90 % dans les pays du Golfe, par exemple », illustre l’entreprise.

Elle affirme de surcroît que la catégorie « Reste du monde » dans son rapport « regroupe une cinquantaine de pays » qui présentent un taux effectif d’imposition moyen de « 17,8% en 2024 ». Quant à ses activités en Suisse et à Singapour, « il est tout simplement faux » de les qualifier « d’évasion fiscale », se défend Totalenergies: « la Suisse et Singapour ne sont pas des paradis fiscaux: ce sont des pays de référence, appliquant les standards internationaux, où nous sommes imposés à hauteur de 15 % et où nous exerçons des activités économiques réelles. Ce sont des hubs mondiaux du négoce des matières premières, où l’ensemble du secteur est présent ».

Et l’entreprise de conclure: « Réduire une réalité économique et fiscale complexe à des slogans ou à des accusations infondées ne contribue pas au débat utile et éclairant que le sujet mérite ».


Source:

www.bfmtv.com

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