CultureCinéma & ArtsUn week-end à Coimbra, généreuse cité portugaise où les époques s’entremêlent

Un week-end à Coimbra, généreuse cité portugaise où les époques s’entremêlent

Entre Lisbonne et Porto, Coimbra avance à son rythme. Ancienne capitale du Portugal, la ville cultive son charme et se découvre à travers ses ruelles escarpées, ses façades patinées par le temps et ses traditions étudiantes toujours vivaces. Dominée par son imposante université, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle semble observer le cours tranquille du Mondego avec une sérénité toute portugaise.

Cette année, grâce à la biennale Anozero, c’est une nouvelle occasion de découvrir la cité. Installée dans plusieurs lieux emblématiques, du monastère de Santa Clara-a-Nova aux jardins botaniques, des œuvres de Nan Goldin aux enquêtes de Forensic Architecture, Coimbra se révèle ! Et, surtout, comme une destination où l’art se croise autant dans les musées qu’au détour des rues…

1. Au monastère de Santa-Clara pour la biennale

Extérieur du Monastère de Santa Clara

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© Jorge Das Neves Courtesy Of Anozero – Bienal De Coimbra

Coimbra se comprend d’abord depuis la rive. Le Mondego, large et tranquille, découpe la ville en deux temporalités. Rive gauche, le monastère de Santa Clara-a-Nova impose sa silhouette baroque avec une rigueur presque militaire, sans ornement superflu ni concession au pittoresque. C’est là que se déploie la biennale Anozero, intitulée cette année « Tenir, donner, recevoir ». Dans cet ancien sanctuaire des Clarisses aujourd’hui menacé par la spéculation immobilière, jardins et cellules accueillent une trentaine d’artistes – Shilpa Gupta, Julian Charrière, Rui Chafes ou Adriana Molder. Dans un long corridor plongé dans l’obscurité, l’Américaine Taryn Simon déploie un chœur de lamentations qui ne lâche plus. On marche, comme happé, avec la sensation diffuse que quelque chose résiste.

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Mosteiro de Santa Clara-a-Nova

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Anozero’26. Biennale de Coimbra

Jusqu’au 5 juillet 2026

www.anozero26bienaldecoimbra.pt

2. Dans la Baixa, une page d’art

Nan Goldin, Stendhal Syndrome

Nan Goldin, Stendhal Syndrome, 2024

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En redescendant vers la Baixa, cœur historique et commerçant de la rive droite, Coimbra retrouve ses ruelles pavées, ses balcons fleuris et ses étudiants en « capa e batina », cape noire héritée du XVIe siècle. Dans la Sala da Cidade, ancien réfectoire du monastère de Santa Cruz, Nan Goldin présente Stendhal Syndrome (2024) : une vidéo de 25 minutes où portraits intimes se superposent aux chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art. L’amour, la perte, la puissance de l’image – tout s’entrelace.

Quelques minutes de marche suffisent ensuite pour rejoindre l’Edifício Chiado, le musée municipal. On parcourt avec plaisir sa collection permanente entre peinture portugaise des XIXe et XXe siècles, argenterie, mobilier et porcelaines chinoises, avant de rejoindre le rez-de-chaussée où la biennale réunit Frédéric Bruly Bouabré, Sandro Chia ou le Colectivo Sem-Fim autour des gestes du partage et de la transmission.

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Museu municipal / Edifício Chiado

3. Sur l’Alta pour remonter le temps

Ville de Coimbra

© Manuel Cohen / Aurimages.

Aller vers l’Alta, la partie haute de la ville, c’est traverser les siècles à contre-courant. La cathédrale Sé Velha (XIIe siècle) impose d’abord sa silhouette de forteresse ; à l’intérieur, son retable gothique flamboyant compte parmi les plus beaux de la péninsule. Plus haut, l’université, classée au patrimoine mondial et l’une des plus anciennes d’Europe, s’est installée dans l’ancien Palais royal. Dans la bibliothèque Joanina, chef-d’œuvre du baroque portugais commandé par João V au début du XVIIIe siècle, boiseries dorées, marqueteries de bois exotiques et plafonds peints composent un vertige ornemental que la raison peine à contenir. La nuit, une colonie de chauves-souris veille sur les ouvrages, précieuses alliées contre les insectes xylophages et bibliophages. Lorsque l’on ressort, le campus hérité de l’ère Salazar impose sa rigueur brutaliste.

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Sé Velha de Coimbra

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Universidade de Coimbra

4. Le calme du jardin botanique et le bruit de Gaza

Ville de Coimbra

© Manuel Cohen / Aurimages.

En contrebas de l’université, près d’un aqueduc du XVIe siècle, le Jardin botanique (1772) déploie ses treize hectares avec la sérénité des lieux hors du temps. Dans la serre froide, une installation de Luisa Cunha fait du langage une matière presque sculpturale. À quelques minutes de marche, au cœur du parc de Santa Cruz, le Cercle des arts visuels (autre site investi par la biennale) rompt le calme des lieux. Les enquêtes visuelles de Forensic Architecture y documentent les ordres d’évacuation de l’armée israélienne à Gaza, tandis que Taysir Batniji aligne des centaines de photographies de clés, vestiges des habitants déplacés de l’enclave.

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Círculo de Artes Plásticas

5. Autour du musée national Machado de Castro

La magnificence baroque de la bibliothèque Joanina, construite au début du XVIIIe siècle.

La magnificence baroque de la bibliothèque Joanina, construite au début du XVIIIe siècle.

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© Manuel Cohen / Aurimages.

Dans la vieille ville, le musée national Machado de Castro est en travaux jusqu’à l’automne. Il faudra donc revenir car sa collection, qui compte parmi les plus riches du pays, comprend notamment le Triptyque de la Passion du Christ de Quentin Metsys, d’une précision d’orfèvre. Le musée fermé, on glisse le long de ses façades avant de se laisser happer par le dédale de venelles qui l’entoure. Au fil de la balade, on découvre de vastes demeures étudiantes autogérées, héritées du Moyen Âge : les repúblicas (la ville en compte 24). Affiches, vélos, baskets et banderoles s’accrochent aux façades, dans une accumulation libre et spontanée, traces d’une vie indocile et vibrante. Coimbra, décidément, accueille les siècles sans en perdre un seul.

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Museu nacional de Machado de Castro


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L’hôtel coup de coeur : Quinta das Lágrimas, un vrai refuge

Quinta das Lágrimas

© Quinta das Lásgrimas.

C’est ici, selon la légende, qu’Inês de Castro fut assassinée en 1355 sur ordre du roi Afonso IV, furieux de l’amour qu’elle partageait avec son fils, le prince Pedro. Les larmes du nom du domaine (lágrimas) seraient celles d’Inês à l’instant de sa mort. Autour de cette ancienne demeure aristocratique reconstruite au XIXe siècle, posée sur la rive gauche du Mondego face à la vieille ville, le parc a été conçu comme un véritable musée végétal. L’hôtel, cinq étoiles, membre des « Small Luxury Hotels of the World », ouvre ses 55 chambres à qui veut découvrir l’art du bien vivre à la portugaise. Les chambres du palais conservent leur atmosphère manoriale ; celles du jardin, au rez-de-chaussée, donnent directement sur la verdure. Un spa, deux piscines, un restaurant gastronomique (à la cuisine fine et généreuse) et un bar complètent un séjour où l’histoire frôle le luxe.

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Quinta das Lágrimas

Rua António Augusto Gonçalves, Coimbra

Plus d’informations sur le site de l’hôtel Quinta das Lágrimas

Le marché municipal D. Pedro V, en plein coeur de la Baixa, est la meilleure porte d’entrée sur les productions locales. Au Devaneio Fire Dining, le feu est roi. Dans ce restaurant gastronomique mais sans chichi, une cuisine inventive fait honneur au terroir local. Belle carte de vins portugais. Autre registre, même exigence chez No Tacho, taverne de dix tables où les locaux se pressent devant une cuisine franche (chanfana, perdreau au riz du Mondego, sanglier…). Réservation indispensable. Pour le sucré, la Pastelaria Briosa est l’adresse de référence depuis 1955 : pastéis de Tentúgal (feuilleté fin comme du papier fourré à la crème aux oeufs) et suspiros (meringues aériennes à dévorer à l’heure du café).

Mercado Municipal D. Pedro V • Rua Olímpio Nicolau Rui Fernandes 208

Devaneio Fire Dining • Adro Baixo 6 • Plus d’informations sur le site

No Tacho • rua da Moeda 20 • Plus d’informations sur le site

Pastelaria Briosa • rua Ferreira Borges 211 • Plus d’informations sur le site

Depuis Paris, de nombreuses compagnies desservent Porto et Lisbonne (environ 2 h 15 de vol). De Porto, le train Alfa Pendular rejoint Coimbra en une heure. De Lisbonne, compter environ deux heures de train. Vols aussi au départ de Bordeaux, Lyon, Nantes ou Toulouse.

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Plus d’informations sur


Source:

www.beauxarts.com

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