Le spécialiste français du traitement de données Chapsvision va progressivement remplacer l’américain Palantir au sein de la DGSI. Invité de BFM Business, son PDG Olivier Dellenbach défend une alternative souveraine mais performante. Son déploiement chez les services de renseignement pourrait prendre « entre dix-huit mois et deux ans ».
C’est une entreprise discrète qui monte dans le domaine du logiciel. Le 16 juin, Sébastien Lecornu a annoncé que le renseignement intérieur français (DGSI) allait recourir aux services de Chapsvision pour traiter de grands ensembles de données à des fins de surveillance. Une victoire pour cette entreprise aux 200 millions d’euros de chiffre d’affaires et à la centaine d’employés, qui remplacera progressivement les outils de l’Américain Palantir, jusqu’alors utilisé par les services tricolores depuis les attentats de 2015.
Trump, ambassadeur de la souveraineté européenne
Un choix dicté par un impératif de souveraineté? « Il y a une volonté des États européens de s’affranchir des acteurs américains et Trump est le meilleur ambassadeur de ce changement », a reconnu le PDG de Chapsvision, Olivier Dellenbach, sur les antennes de BFM Business ce 29 juin. Soucieux du risque que représente une dépendance excessive aux services informatiques américains, les services secrets allemands ont également signé un contrat avec l’entreprise, quelques semaines avant la déclaration du Premier ministre.
« Mais l’idée n’était pas de remplacer [Palantir] par un système moins-disant, bricolé, sous le prétexte qu’il était français », insiste le patron.
« On parle toujours de souveraineté, je n’aime pas tellement ce terme, poursuit-il. La souveraineté, c’est la liberté [pour nos clients] de choisir, grâce à des systèmes totalement ouverts. La notion de souveraineté ne se mesure pas à l’aune du contrôle de la chaîne [de valeur] de bout en bout, car personne n’est capable de le faire », pointe Olivier Dellenbach, qui rappelle que les infrastructures de stockage de données américaines s’appuient sur des puces taïwanaises, elles-mêmes dépendantes du fabricant européen ASML.
Un niveau de performance similaire ?
Argonos, le logiciel de Chapvision, offrira-t-il un niveau de performance équivalent à l’outil de Palantir? « Le produit n’est pas encore en place chez le client, mais on a un très bon niveau de confiance » poursuit Olivier Dellenbach. « Ça fait 3 ans qu’on travaille d’arrache pied ».
« On ne peut pas agiter la souveraineté pour justifier l’achat de solutions médiocres », avance le PDG qui se dit « presque plus fier des 20% de chiffre d’affaires réalisés [par son entreprise] aux États-Unis », sur un marché bien plus concurrentiel.
Outre-Atlantique, Olivier Dellenbach confesse « cohabiter » avec Palantir, pour une dizaine de clients recourant aux outils des deux entreprises. Car l’éditeur de logiciels français propose ses services à des administrations mais également au secteur privé. Pour décider de ses orientations stratégiques, le patron assure que l’entreprise consulte son comité éthique, « qui a un droit de veto » sur les décisions.
Combien de temps prendra la phase de « tuilage » nécessaire à la migration entre les deux systèmes du côté de la DGSI ? « Entre 18 mois et deux ans », assure Olivier Dellenbach, visiblement plus optimiste que Matignon qui estimait que le processus pourrait durer jusqu’à trois ans.
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