Au MuCEM, l’image ne se contente pas d’être contemplée: elle devient matière, symbole et parfois aliment. L’exposition « Manger les images » rassemble à Marseille un ensemble de 430 œuvres et objets qui explorent l’iconophagie, cette pratique consistant à ingérer, incorporer ou absorber une représentation. Peintures, sculptures, films, amulettes et biscuits y sont réunis pour interroger une relation singulière aux images, à la frontière du geste rituel, de l’objet artistique et de l’expérience corporelle.
Présentée par le MuCEM, l’exposition met en regard des pièces anciennes et contemporaines, religieuses et profanes. Ce rapprochement permet de saisir la persistance d’un même questionnement à travers les époques: que cherche-t-on à faire entrer en soi lorsque l’on mange une image? Dans certains contextes, l’acte relève d’une croyance, d’une protection ou d’un lien avec le sacré. Dans d’autres, il devient un moyen pour les artistes de déplacer les limites de la représentation et de faire de l’image un objet instable, promis à la disparition.
Le parcours donne ainsi une profondeur inattendue à une pratique peu connue du grand public. L’art n’y apparaît pas seulement comme un support visuel, mais comme une substance chargée de valeurs, de pouvoirs et de tensions. Le biscuit portant une image, l’amulette avalée ou l’œuvre pensée pour être consommée renvoient à des usages très différents, mais tous posent la même question: une image perd-elle sa force quand elle disparaît, ou la transmet-elle autrement en étant absorbée?
Pour un musée consacré aux civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, le sujet ouvre un dialogue entre histoire des croyances, pratiques populaires et création contemporaine. En réunissant des objets aussi divers, « Manger les images » met en évidence la circulation des formes et des gestes entre cultures religieuses, usages quotidiens et expérimentations artistiques. L’exposition rappelle surtout que les images ne sont jamais de simples surfaces: elles peuvent être vénérées, détruites, collectionnées, reproduites ou consommées. À travers l’iconophagie, le MuCEM donne à voir une autre histoire du regard, dans laquelle voir et manger deviennent deux manières de s’approprier le monde.






