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A Chartres, une prime de 12 000 euros pour attirer les soignants dans les Ehpad hospitaliers sous tension

Dans les couloirs de l’Ehpad de l’Hôtel-Dieu à Chartres, l’ambiance est à la gestion de crise. Plus d’une dizaine de soignants manquent à l’appel, tous en arrêt maladie ou démissionnaires. Plus qu’un simple problème de planning, c’est un véritable séisme organisationnel.

Pour maintenir les soins essentiels, la direction a dû prendre une décision radicale : fermer l’accueil de jour Alzheimer (PASA). Les animateurs et les personnels de cette unité spécialisée ont été redéployés en urgence pour nourrir et accompagner les résidents dépendants. Si la direction assure que la situation est désormais sous contrôle, le malaise, lui, s’avère bien plus durable.

Le « Pack Fidélité » pour séduire les recrues

Pour endiguer cette fuite des forces vives, l’hôpital a décidé de sortir le chéquier avec une offre particulièrement attractive : la « Formule Pack Fidélité ». Le concept est simple, presque calqué sur les méthodes du secteur privé pour séduire par le gain immédiat. Une infirmière qui signe aujourd’hui en Ehpad à Chartres touche immédiatement 3 000 euros. Six mois plus tard, elle perçoit à nouveau 3 000 euros. Et si elle prolonge son engagement d’un an, un dernier versement de 6 000 euros viendra étoffer ce bonus pour le porter donc à 12 000 euros.

Pour Emmanuelle Fouju, directeur adjoint de l’Hôpital de Chartres, et Véronique Demouche, directrice des soins, l’objectif est de créer un « électrochoc d’attractivité » dans un secteur médico-social souvent boudé par les jeunes diplômés, ces derniers préférant les services sanitaires, plus « techniques » comme les urgences ou la réanimation.

Pourtant, ce remède financier laisse un goût amer sur le terrain. Sylvaine Ménager, représentante du personnel FO, ne décolère pas. Pour elle, cette stratégie est un écran de fumée qui ne règle en rien le fond du problème. Elle évoque ces infirmières qui, malgré la prime, finissent par jeter l’éponge, préférant parfois rembourser les sommes perçues plutôt que de continuer à travailler dans des conditions qu’elles jugent dangereuses.

Tensions entre jeunes recrues et « anciennes »

L’effet pervers de cette « prime à la signature » commence aussi à créer des tensions au sein des équipes. Les « anciennes », celles qui portent le service à bout de bras depuis des années par pure vocation gériatrique, voient arriver de jeunes recrues attirées par le bonus financier, mais qui repartent souvent au bout de quelques mois, une fois la prime empochée. Ce turnover incessant épuise les équipes permanentes qui doivent former sans relâche de nouveaux arrivants dans un climat d’instabilité chronique.

L’hôpital de Chartres se retrouve ainsi pris en étau entre la surenchère salariale des cliniques privées et l’épuisement physique de ses propres agents. Si la direction propose désormais une passerelle permettant aux infirmières de l’Ehpad de rejoindre plus tard un service hospitalier de leur choix, le défi reste immense. « Au-delà de l’argent, c’est bien la question du sens et de la dignité du soin au grand âge qui est posée », s’interroge Sylvaine Ménager.


Source:

www.leparisien.fr

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