Un Atelier de Création Radiophonique pour une Expérience d’Élodie Maillot, réalisée par David Jacubowiez
Un peu avant le 11 septembre 2001, Élodie Maillot a décidé de vivre des nuits « hors du temps » en Israël et en Palestine. Elle avait alors un peu plus de 20 ans et débutait aux micros de Radio France.
Pendant des années, elle y est retournée pour faire des documentaires, et pour enregistrer la « face B des news », ce que l’on n’entend pas du conflit : la vie quotidienne, les espoirs, les couvre-feux, la frustration, la radio, mais surtout les sorties nocturnes, la musique live, et les (vrais) rêves : ceux que l’on rêve de nuit, lorsque l’actualité se tait.
Vingt-cinq ans plus tard, il est temps d’écouter ces sons jamais diffusés, et imprimés sur des supports technologiques (DAT, Minidiscs, bandes analogiques) qui évoluent comme nos perceptions d’un conflit qui monopolise nos ondes et nos conversations.
Cette série ne cherche pas de solution au conflit, bien sûr, ni même à prendre un parti. Elle fait entendre un autre territoire : celui de l’intime, celui du temps qui passe et de la radio qui évolue. C’est une odyssée radiophonique et personnelle en forme d’hommage aux archives intimes et au montage comme résistance et comme moyen de préserver les mémoires. Avec des moments inattendus et vifs, on y entend ce que permet la nuit : écouter des voix un peu désarmées, plus à nu, des voix singulières, et simplement humaines, en Palestine et en Israël. A cheval entre souvenirs intimes et mémoires collectives, ces enregistrements révèlent peut-être aussi une part de poésie, d’humour et surtout d’humanité dans la confusion médiatique actuelle.
On navigue dans les trips de jeunesse d’Élodie d’un côté et de l’autre des murs qui s’érigent, dans des virées intimes et résolument subjectives, qui posent des questions à la nuit. Avec lucidité, dérision et tendresse, Élodie marche à tâtons dans le noir pour devenir la femme et l’autrice qu’elle est aujourd’hui. Sans fixeur, ni rédaction, en ce début de deuxième intifada, elle marche seule dans la nuit « attirée comme un papillon par les lumières », et veut juste « écouter ce qui se passe sous les paupières closes ».
Élodie a aussi retrouvé aujourd’hui ceux qu’elle avait rencontré « une nuit, il y a 25 ans » et qui réécoutent leur voix d’alors dans cette série. Au pays des songes, des voix Palestiniennes et Israéliennes se confondent alors et se répondent, ce qui semblent désormais impossible dans le réel.
En errant « seule avec la guerre et avec la technique » avant l’arrivée de Google, des GPS, et le manichéisme des réseaux sociaux, Élodie écrit une lettre d’amour radiophonique aux possibles que suscitent les rencontrent imprévues. On y entend « ce que la guerre fait de nous » mais aussi ce que le micro fait de soi et de nous ensemble. Au-delà des rêves, on retient de ces enregistrements l’énergie et le climat d’une époque qui n’a pas encore basculé, et peut-être quelques rêves prémonitoires…
Je ne suis ni Israélienne, ni Palestinienne, mais pendant ces voyages, j’ai fréquenté tous ces imaginaires sur lesquelles les blessures s’empilent sur des blessures… Et bien souvent, je dormais chez des sœurs de cœur, des femmes fortes, courageuses, qui vivaient loin des clichés délavés des martyrs ou des combattants, comme Ariel Sharon ou Yasser Arafat, dont les portraits s’évanouissaient petit à petit… et dont j’avais moi-même rêvé une nuit.
— Élodie Maillot
Générique
Avec : Adam, Dana, Diana, Leila, Ohaila, Régine, Ramzi, Gallia, Olympe, Esperanza, Iman, Tony, Sayed, Tamar, Juliette, Maidal, Ruttie, Benji, Assaf et Iyab
Voix de traduction : Marie Constant, Pascaline Bonnet, Eliah Shalom, Nicolas Berger, Maïwenn Guiziou, Anaïs Ysebaert, Romain de Becdelièvre et Manon Houssin
Musique originale : Arthur Simonini (avec Yom X Ceccaldi)
Prises de son en Palestine et en Israël : Élodie Maillot
Prises de son à Paris : Emmanuel Armain, Marie-Claire Oumabady et Olivier Harnay
Mixage : Julien Doumenc
Remerciements
Élodie Maillot remercie infiniment toutes celles et ceux qu’elle a rencontré.es en Palestine et en Israël pour leur confiance
Un grand merci à Ohaila et à SAWAOuverture dans un nouvel onglet à Ramallah
Merci à Nicole, Georges, Daniel, Manu, Ouafi, Hervé, les musiciens du groupe Baobab, Ohaila, Anouar, Karim, Sarah, Mohammed, Audélia, Gil, Leila, Rami, la famille Goldchevsky et toutes celles et ceux qui lui ont offert une nuit chez eux, et à Régine Maillot d’avoir su conserver les bandes dans sa cave
Merci aux magnétos Nagra et DAT ; à Jean Lebrun, Sonia Kronlund, Laurence Aloir, Jean-Christophe Francis, Guillaume Baldy, Emmanuel Geoffroy, Camille Jauffret, Manoushak Fashahi, Hervé Desjardin et toutes celles et ceux avec lesquel.les elle a fabriqué des émissions de jour sur RFI et France Culture
Source:
www.radiofrance.fr



