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Au procès de Lakhdar Matoug : « Le démembrement d’un corps, ce n’est pas anodin »

Lakhdar Matoug, 53 ans, comparaît devant la cour d’assises de Paris pour le meurtre de sa femme, commis le 30 janvier 2023. Après l’avoir étranglée, il a découpé son corps qu’il a dispersé en plusieurs endroits, à Paris et à Bobigny. Servant le récit d’une dispute qui tourne mal, sans pouvoir expliquer son geste, l’accusé est confronté aux positions des parties civiles et de l’accusation, qui voient dans ce meurtre la mécanique habituelle du féminicide.

Entrée d’une des salle d’assises de Paris (Photo : ©O. Dufour)

Le procès de Lakhdar Youssef Matoug se déroule du 6 au 10 juillet devant la cour d’assises de Paris. À travers les stores un peu vains face à la canicule, une intense lumière irradie les lambris de la grande salle où sont jugés les criminels. Un gendarme extrêmement musclé secoue vivement un éventail décoré de motifs floraux qu’il tient du bout des doigts. Il se trouve assis dans le box de l’accusé, qui porte un polo rouge et une barbe grise. Absolument immobile, Lakhdar Matoug fixe le coin de son box.

Lundi 6 juillet, le président de la cour d’assises de Paris annonce qu’en vertu de son pouvoir de police, l’accès à la salle d’audience sera interdit aux mineurs. Il dit aussi qu’il ne projettera pas les photos du corps de la victime. « Le principe directeur du procès étant la manifestation de la vérité, je ne crois pas que de telles photos participent à cette manifestation. »

Dans le box, tourné vers la cour, l’accusé est prostré.

Le 13 février 2023, un jardinier du parc des Buttes-Chaumont, dans le 19e arrondissement de Paris, découvre un sac-poubelle posé sur un tas de branchages prêt à être broyés. Le jardinier ouvre le sac-poubelle fermé par un nœud. Il y découvre un morceau de corps humain, un bassin découpé au niveau du nombril et jusqu’au genou, vêtu d’un jean et ceint d’un tissu taché de sang.

Le 14 février, la police ferme le parc pour en ratisser les 25 hectares. Au cours de leurs recherches, ils trouvent deux sacs posés au pied d’un arbre, le long de la petite ceinture contre la grille séparant les anciennes voies ferrées et le parc. Dans le premier sac, sont découverts : une tête de femme, un bas de jambe gauche. Sont extraits du second sac : un bas de jambe droite, un avant-bras gauche et un avant-bras droit, tous deux pourvus de mains.

Ces morceaux de corps appartiennent à Assia B., dont la disparition a été signalée le 6 février par son mari Lakhdar Matoug, l’homme prostré du box ; le 14 février 2023, c’est un mari éploré que les policiers informent de la découverte du corps morcelé de sa femme. Ils se rendent au domicile du couple et de leurs trois enfants, également présents, à qui ils annoncent le décès de leur mère. Les policiers observent Lakhdar et ses enfants, qui s’enlacent et pleurent ensemble pendant plusieurs minutes.

Le 23 février, Lakhdar Matoug est placé en garde à vue. Au cours de sa troisième audition, il avoue. Le 30 janvier 2023, à leur domicile, il a étranglé sa femme au cours d’une dispute. Il l’a entreposée trois jours dans une pièce qui servait de débarras, prétextant à ses enfants qu’elle était partie « faire des braderies. » Le troisième jour, il a décidé de la découper au hachoir et de disperser son corps. Le dernier sac n’a été sorti de l’appartement que le 6 février. Il contenait le tronc, et Lakhdar l’a déposé au fond d’une ravine, au bord d’une nationale à Bobigny, où les policiers se rendent pour le récupérer.

Après la première suspension d’audience, une femme en hijab noir jette un regard implorant à une journaliste qu’elle croise devant la salle : « c’est ma sœur », dit-elle en pleurant. Elle est partie civile, comme plusieurs membres de la famille, et assistera à tout le procès, sous le regard bienveillant d’une femme à chasuble bleu chargée d’apporter de l’assistance aux victimes.

« Pouvez-vous nous raconter votre rencontre ? » demande le président de la cour d’assises de Paris, mardi 7 juillet 2026. Lakhdar Matoug se lève, pose ses mains sur son ventre proéminent. Il dit : « C’était dans une discothèque à Alger en 1996. Je l’ai remarquée, elle m’a remarqué. Je l’ai ramenée chez moi et présentée à ma mère. » Lakhdar Matoug a 24 ans, il travaille, Assia B. 21 ans, elle suit un double cursus à l’université. Elle souhaiterait travailler dans une ambassade ou dans un ministère. « On a décidé que je partais en France, qu’elle finirait ses études et qu’ensuite elle trouverait du travail en France. »

« On le surnommait le zen »

Lakhdar Matoug arrive en 2002, dans le but affiché de bâtir une situation matérielle solide avant que sa femme ne l’y rejoigne, mais, « à cause des lois Sarkozy », dit-il, il ne parvient pas à régulariser sa situation administrative, dort chez son frère aîné, dans des appartements qu’on lui prête, et se contente d’emplois non déclarés qui lui permettent à peine de subvenir à ses besoins. « La grossesse était voulue, ou c’était un heureux accident ?

— On va dire ‘heureux accident’.

— Donc l’urgence c’était qu’elle vous rejoigne en France pour accoucher. »

Assia B. débarque en février 2006, enceinte de sept mois. Fouad, le frère de Lakhdar qui les héberge, ne perçoit aucune violence, aucune tension dans le couple. « Pas le moindre début de commencement de violence conjugale », dit-il. Il n’a jamais vu son frère se mettre en colère.

ballottés de logements prêtés en hébergements d’urgence, le couple vit dans la précarité pendant six ans. Leur deuxième enfant naît en 2009. En novembre 2012, la « circulaire Valls » permet leur régularisation. Leur troisième enfant, une fille, voit le jour en 2014.

L’enquêtrice de personnalité, qui n’a interrogé que des amis du couple et des membres de la famille de l’accusé, a tricoté le portrait d’un homme dévoué à sa femme et ses enfants. « Le calme, voire l’excès de calme, est un trait de caractère de Lakhdar Matoug souligné par tous. » Quelqu’un dit : « on le surnommait le zen. »

La déposition de l’enquêtrice de personnalité est riche. Elle donne l’apparence de l’exhaustivité et va marquer les débats de son empreinte : « papa poule » est un mot employé pour décrire l’accusé, tandis qu’Assia endosse le rôle de la diva un peu capricieuse.

Tandis que l’homme s’échine dans des emplois ingrats pour remplir la gamelle de sa famille, la femme est cantonnée à un rôle de femme au foyer qu’elle aurait choisi non par dévotion maternelle mais par manque de goût pour le travail ; c’est pourtant lui qui s’occupe des enfants, disent les témoins de personnalité. « S’il y avait un match de l’Algérie, elle demandait à Youssef de les garder et sortait jusqu’à deux heures du matin », dit une amie du couple. Un « renversement de la charge mentale » qui étonne l’avocate générale.

L’accusé laisse dire. Il appuie volontiers les compliments à son égard, et insiste pour dire qu’il faisait tout, mais que ça ne « le dérangeait pas ». Un homme bon qui ne renâcle pas à en faire plus, et semble vouloir faire croire que sa princesse de femme méritait tous ces égards, qu’il était ravi de tout faire, que c’était leur façon de fonctionner, le deal originel du couple.

Au président, il confirme : « Moi ça ne me dérange pas de m’occuper des enfants, si je peux le faire.

— Mais c’est pas parce qu’on peut le faire qu’on doit le faire.

— Je rentrais du travail à 22 heures, je trouvais les enfants qui n’avaient pas encore mangé, je demandais à Assia pourquoi, elle disait qu’elle ne savait pas quoi faire. Ils se couchaient trop tard, arrivaient en retard à l’école. Ça l’arrangeait que je change mes horaires de travail. Je l’ai fait.

— J’ai l’impression que tout est de la faute d’Assia. C’est le chaos, et pour remettre de l’ordre, c’est vous qui intervenez.

— Je ne peux pas faire autrement, ce sont mes enfants ; et c’est ma femme, je ne vais pas me bagarrer avec elle. »

— Plus tard, le président lui demande : « Est-ce que vous êtes d’un tempérament jaloux ?

— Pas moi.

— Est-ce que Assia était jalouse ? »

Il fait oui de la tête.

« Vous vous décririez comment en termes de personnalité ?

— Je suis pas quelqu’un qui va créer des problèmes. »

« Vous passez toute la procédure à la critiquer et à la dénigrer »

L’enquêtrice de personnalité dit : « Dans un mouvement paradoxal, il peut la qualifier de bonne mère tout en regrettant son manque d’investissement dans l’éducation des enfants. Il dit qu’elle cherche à satisfaire ses envies et critique des dépenses jugées superflues. »

Au regard d’un portrait qui donne le sentiment d’être à charge, le président rappelle une évidence : « La conjointe victime étant décédée, on reconstruit une description d’une intimité que seules deux personnes pouvaient décrire, sur les seules déclarations de Monsieur. »

Sur le banc des parties civiles, trois avocates résolues sont prêtes à remettre l’église au centre du village. L’avocate des enfants rappelle qu’entre 2006 et 2016, elle était très investie dans l’éducation de ses enfants. « Bien sûr, répond l’accusé. Je n’ai jamais dit le contraire. »  Une autre avocate tempête : « vous passez toute la procédure à la critiquer et à la dénigrer.

— Moi ? Jamais de la vie. J’ai toujours dit que c’était une bonne mère. »

À partir de juin 2022, la situation du couple se dégrade sérieusement. Souffrant d’une hernie discale, Lakhdar Matoug est en arrêt maladie longue durée, et le CDD d’Assia B. pour une association qui revend dans des braderies des vêtements donnés, n’a pas été renouvelé. Les deux stagnent dans leur foyer.

Le couple est perclus de dette, surtout depuis que Lakhdar a monté une société et que cette dernière a périclité. Il doit plus de 30 000 euros aux impôts. Ses indemnités lui rapportent 900 euros par mois, à peine de quoi payer le loyer – plusieurs mois sont impayés. Avec les allocations, cinq personnes vivent avec 1 600 euros mensuels. Quelques jours avant les faits, Assia a reçu 18 000 euros d’un héritage, directement prélevés par le Fisc. L’homme est préoccupé par la situation financière, qu’il a l’impression de gérer seul, et qui lui échappe totalement.

Assia B. a pris l’habitude de dormir sur le canapé, « à cause des punaises de lit », dit l’accusé sans personne pour le contredire. Il dort dans le lit conjugal avec sa fille de 9 ans et son fils de 13 ans. L’aîné de 16 ans cultive une dissidence adolescente et passe le plus clair de son temps enfermé dans sa chambre.

Tous les jours, le père emmène sa fille à l’école, dans le XXe arrondissement de Paris. Le reste du temps, il le passe de plus en plus au café, mais principalement chez lui. Assia, elle, est une femme désœuvrée qui ne sort plus beaucoup de chez elle. La situation du couple s’est clairement dégradée. L’accusé persiste à dire qu’elle demeure « normale ».

« Je me suis dit : si je serre fort, elle va s’arrêter de crier »

Mercredi 8 juillet, les ventilateurs turbinent partout dans la salle de la cour d’assises ; le gendarme à l’éventail a disparu et le président interroge l’accusé sur les faits. Lakhdar Matoug dit :

« Le 30 janvier, comme tous les jours, je me suis levé le matin, j’ai réveillé les enfants, je les ai amenés à l’école et ensuite je suis rentré à la maison. Assia dormait toujours, je suis allé dans ma chambre avec l’ordinateur. Je me suis endormi et elle est venue me réveiller. On est rentrés dans la cuisine, on s’est assis sur deux grandes chaises pour boire un café. »

Il s’installe dans le salon pour regarder la télé. Elle le rejoint et s’assoit à côté de lui.

« Quand je suis arrivé, y’avait le sac par terre.

— Vous aviez déjà vu ce sac ?

— Elle avait beaucoup de sacs. Beaucoup, beaucoup. Le sac était pratiquement en dessous de mes pieds. Et j’ai vu qu’elle l’a tiré, comme pour cacher quelque chose. J’ai vu le geste et j’ai pris le sac, et là j’ai vu l’argent. J’ai pas compris.

— Cet argent était dans une enveloppe ?

— Oui.

— Il y avait combien ?

— Je vous jure, je ne sais pas. Il y avait des billets de 10 et des billets de 100. »

Tout le monde ignore d’où provient cet argent, ni ce à quoi Assia le destinait.

« Elle a commencé à crier, ça s’est mélangé dans ma tête, et je voulais l’attraper pour qu’elle arrête de crier, je voulais pas de plainte des voisins.

— Comment vous décidez d’arrêter les cris ?

— J’étais assis, je l’ai attrapée et mon bras est arrivé à son cou, et pour ne pas tomber sur la télé je suis tombé sur elle, elle a crié et j’ai mis ma main sur sa bouche. Sa couette était restée là, elle recouvrait sa tête. Je me suis dit : si je sers fort, elle va s’arrêter de crier.

— Vous étiez quasiment allongé sur elle ? Donc ça rajoute plus de force au geste que vous lui imposez. Vous mesurez combien ?

— 1m90.

— Vous pesiez combien ?

— Dans les 90.

— Assia, elle mesurait 1m55 et une cinquantaine de kilos. Vous sur Assia, c’est déjà une position où aucune échappatoire n’est laissée à Assia.

— J’ai pas pensé à ça.

— Ça a duré 3 à 5 minutes d’après le légiste. Est-ce que vous l’admettez ?

— Je ne peux pas le confirmer. C’était rapide, c’est tout mélangé.

— 3 à 5 minutes, c’est une éternité.

— Je pensais aux enfants.

— Est-ce que vous avez conscience qu’une fois que vous avez tué Assia, c’est terminé avec les enfants ?

— J’étais entre deux mondes.

— Une fois que vous l’avez tuée, qu’est-ce que vous faites pour tenter de monter un scénario avec les enfants ?

— Je l’ai arrangée, couchée sur le canapé face au dossier pour faire croire qu’elle était en train de dormir. »

« Le démembrement d’un corps ce n’est pas anodin »

Le meurtre se déroule en milieu d’après-midi. Le soir, le père et ses enfants vont dîner dans une pizzeria. Ils ramènent un taco à leur mère. Quand ils rentrent tous, Assia B. est toujours sur le canapé et ne mange pas son taco. Quand ils se lèvent le lendemain, elle est « partie à une braderie très tôt ce matin », annonce le père à ses enfants.

Dans la nuit, il a transporté le corps dans une pièce que seul un rideau sépare du salon. Cette chambre fait office de débarras, il sait que personne n’y entrera. Pendant trois jours, trois enfants côtoient le cadavre de leur mère, qu’ils croient partie à une braderie. La nuit, le mari meurtrier se rend près du cadavre de son épouse pour discuter avec elle, dit-il à la cour.

Dans la nuit du 1er au 2 février, il habille le corps pour, dit-il en procédure, faire croire qu’elle a été tuée à l’extérieur. « Vous avez essayé de la porter ?

— Oui, mais j’ai vu que c’était impossible.

— Donc parce que vous n’arriviez pas à la sortir en entier, vous avez décidé de procéder à la découpe.

— J’ai pensé que c’était la meilleure solution. »

Le 2 février, il se rend chez Castorama pour acheter une meuleuse qu’il n’utilisera pas. « Pourquoi ?

— Je sais pas, j’ai acheté n’importe quoi.

— Vous n’avez pas acheté des stores. Une meuleuse, c’est lié à une action de découpe. Vous vous êtes dit : ‘ça va peut-être me servir ?’

— Exactement.

— Vous avez bu de l’alcool pour vous donner du courage ?

— J’ai acheté un flash et deux bières.

— Vous avez ressenti les effets de l’alcool ?

— J’étais pratiquement normal.

— Vous avez commencé par où ?

— Je peux pas en parler.

— Vous avez commencé par quel endroit ?

— C’est impossible pour moi de relater ça.

— Est-ce que ça a duré longtemps ?

— Je sais plus.

— Entre le retour de Castorama et la sortie avec le cabas, il y a moins de deux heures.

— …

— Vous vous rappelez de la répartition dans les sacs ? Est-ce que vous avez pesé, réparti ? Vous ne vous rappelez pas ? Est-ce qu’on peut dire que vous avez utilisé la scie ? Est-ce que vous vous êtes tâché ?

— Non, j’étais propre.

— Le démembrement d’un corps ce n’est pas anodin. Socialement, ce n’est pas admissible qu’une fois qu’une personne est décédée on s’en prenne à son cadavre. »

L’accusé n’est pas poursuivi pour ce qu’il a fait au cadavre, car le juge d’instruction a estimé que cette mutilation était englobée dans l’infraction de meurtre sur conjointe, pour laquelle il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le crime réside tout entier dans le passage à l’acte meurtrier, ces quatre minutes d’asphyxie mécanique qui ont conduit à la mort d’Assia B. La découpe du cadavre et sa dispersion dans un bucolique parc parisien font basculer cette affaire dans l’horrifique, et Lakhdar Matoug de mari meurtrier à psychopathe sanguinaire.

Comment expliquer que cet homme qui affiche un air de papy benêt ait découpé sa femme avec une scie ? Un policier parle d’un « effet tunnel ». Les parties civiles rappellent qu’il a déposé les espèces contenues dans le sac de la victime, 1 400 euros, dès le lendemain du crime, qu’il a consulté des sites pornographiques et joué à des jeux en ligne, cherché à contacter BFM TV pour médiatiser la disparition de sa femme ; en clair, qu’il a tenté d’échafauder un plan pour s’en tirer.

Des images de vidéosurveillance montrent Lakhdar Matoug tirer un cabas à roulettes dans la rue, prendre plusieurs bus en direction des Buttes Chaumont. Pourquoi cet endroit ? Parce qu’il avait l’habitude d’aller dans le quartier. « Dans ma tête, j’espérais qu’on la retrouve.  J’ai même pensé à venir la récupérer.

— Ben, c’est un peu compliqué.

— Voilà.

— Et si vous aviez aimé qu’on la retrouve, pourquoi pas mettre tous les sacs au même endroit ?

— J’étais perdu, je marchais, je ne pensais pas. J’étais dépassé.

— Qu’est-ce qui a fait que vous ne vous êtes pas débarrassé du troisième morceau de corps le même jour ? »

Pendant qu’il « rassure » ses enfants, Lakhdar dépose une main courante le 3 février. Le 6 février, il dépose le dernier sac, celui contenant le tronc, dans ce fossé à Bobigny, et signale officiellement la disparition. « Comment vous expliquez ne pas vous en être débarrassé avant ?

— J’étais dépassé par les évènements, mais je ne saurais pas vous expliquer pourquoi.

— Est-ce que vous êtes allé parler aux parties du corps, comme vous l’avez fait lorsqu’elle n’était pas encore démembrée ?

— …

— Le médecin légiste a mis en évidence des ecchymoses ante mortem. Est-ce qu’il y a eu des gestes de violence sur Assia ?

— Non, je le jure, j’ai jamais fait ça de ma vie.

— Parce que souvent, le féminicide c’est le paradoxe de violences conjugales régulières. »

« Je dis qu’elle fuit un mari »

C’est un détail dans le long interrogatoire du président, mais un point décisif dans la démonstration que tentent d’établir les avocates de la partie civile : les ecchymoses ante mortem sont la preuve qu’Assia a été frappée ; dans la situation de quasi-huis clos que connaissait le couple, c’est l’évidence même que le mari a battu sa femme avant de la tuer. Les dénégations faiblardes qu’il oppose sont faibles au vu de la liste impressionnante des ecchymoses énumérées par une avocate, des bleus partout sur le visage et le corps, et l’ADN de l’accusé sous les ongles – des traces évidentes de défense.

L’avocate rappelle que le 28 janvier, au téléphone avec sa cousine, elle prononce ces mots : « Fatima, j’ai le sentiment que je vais mourir ». En visio, elle mime le geste d’un étranglement.

L’avocate des enfants demande si Assia n’était pas déjà habillée quand il l’a tuée, car sur le corps découpé, pas de trace de pyjama, mais des vêtements sur des sous-vêtements, comme une personne qui s’apprêtait à sortir.

« Il y a en effet beaucoup d’éléments en faveur du fait que votre épouse a voulu vous quitter ce jour-là », rebondit l’avocate générale. « Son habillement complet en est un. « Est-ce que l’argent qui est dans son sac à main n’est pas l’instrument de sa liberté pour les premiers jours ?

— Elle ne partirait pas sans sa fille, et elle n’a pas où aller. Elle n’a pas d’amis », répond l’accusé.

— Je ne dis à aucun moment qu’elle part en abandonnant ses enfants. Je dis qu’elle fuit un mari. »

Depuis leur banc, les parties civiles font « oui » de la tête.


Source:

www.actu-juridique.fr

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