Manque de neutralité et de contrôle, conflits d’intérêts, coûts trop importants : l’audiovisuel public est en « crise » et ne répond plus aux « attentes des Français », juge dans son rapport publié mardi 5 mai le député Union des droites pour la République (UDR) Charles Alloncle, immédiatement accusé de vouloir l’affaiblir, voire le privatiser.
Au bout de près de six mois de travaux parlementaires émaillés de nombreux incidents et polémiques, les 551 pages du rapport de la commission d’enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » ont été mises en ligne tôt mardi matin sur le site de l’Assemblée nationale.
« Occasion manquée »
« Disons-le clairement : ce rapport passe malheureusement à côté de l’essentiel. C’est une occasion manquée », a taclé sur X le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Les travaux avaient été lancés à la demande de l’UDR, le petit parti d’Éric Ciotti, allié du Rassemblement national (RN) qui réclame la privatisation de l’audiovisuel public.
« Nous sommes tous des enfants de l’audiovisuel public français », dit le rapport de Charles Alloncle, qui énumère une longue liste de programmes emblématiques, de « Thalassa » à « Fort Boyard », en passant par « La carte au trésor », « Taratata », ou « L’heure de vérité ».
Mais, à ses yeux, le secteur, dont les piliers sont France Télévisions et Radio France, est aujourd’hui en « crise » financière et administrative. Et il aurait « (perdu) le contact avec les attentes des Français », écrit Charles Alloncle.
Le parlementaire pointe des exemples illustrant selon lui des « biais militants », « une hostilité ciblée et assumée » à l’égard du RN chez certaines figures de la télévision ou de la radio publiques, ou « l’humour érigé en expression militante ».
Il dresse aussi un constat financier sombre et la « nécessité de réaliser des économies structurelles ». Parmi les « dysfonctionnements », « le plus grave est sans équivoque le désengagement des autorités de tutelle et de contrôle, lequel a permis les dérives de ce service public ». Il vise par là l’État et la Cour des comptes.
À travers 69 recommandations, il préconise plus d’un milliard d’euros d’économies sur les quatre milliards que reçoit l’audiovisuel public de l’État pour faire fonctionner France Télévisions, Radio France et France Médias Monde (qui regroupe notamment France 24 et RFI).
Cela passerait notamment par la suppression de la chaîne jeunesse France 4, la fusion de France 2 et France 5, où sont diffusés magazines et documentaires, ou encore celle de franceinfo et France 24 ainsi que celle des réseaux télévision et radio France 3 Régions et ICI.
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« Tout ça pour en arriver là ? »
La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, n’a pas mâché ses mots mardi sur X après la publication du rapport. « Tout ça pour en arriver là ? Pour en arriver à un rapport à charge, construit sur des insinuations, des approximations et des contre-vérités ? », s’interroge la patronne du groupe public, qui a été auditionnée deux fois par la commission. « Pour en arriver à un texte qui prétend renforcer l’audiovisuel public tout en proposant, en réalité, son affaiblissement historique ? »
Selon Delphine Ernotte Cunci, « en réduisant le divertissement, il porte une vision élitiste, éloignée des familles, des publics les plus populaires ». Et « il rendra payant l’accès au sport pour ceux qui n’ont pas les moyens de payer ».
« En réalité, le rapport élude les vrais enjeux d’avenir : la désinformation, la concurrence des grandes plateformes internationales, la pérennité de la création française et européenne », relève-t-elle. « Ce que propose ce rapport, c’est le plus grand plan social de l’histoire culturelle française », critique encore la dirigeante.
« Cela ne signifie pas que rien ne doit changer » et « France Télévisions continuera d’évoluer », s’engage-t-elle. Ainsi, « tout ce qui est réalisable, utile, source d’économies et cohérent avec nos missions sera mis en place », selon elle.
Delphine Ernotte Cunci, qui pointe en outre des « attaques personnelles » et des « procès d’intention » de la part de Charles Alloncle, promet de répondre « sur tous les points de ce rapport ».
« Préparer les esprits » à une privatisation
De son côté, le président de la commission d’enquête, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, a accusé Charles Alloncle de vouloir « préparer les esprits » à une privatisation de France Télévisions et Radio France. Selon son avant-propos au rapport, l’objectif de Charles Alloncle était de jeter « le discrédit et d’une certaine manière l’opprobre » sur le secteur, dont il souligne au contraire les « atouts considérables », la radio France Inter dominant par exemple largement les audiences.
Dès l’adoption – de justesse – du rapport la semaine dernière, le président du RN Jordan Bardella a réaffirmé la promesse de « privatisation », dont la mise en application serait très complexe aux yeux d’experts, si son parti arrive au pouvoir.
Charles Alloncle se défend de porter un tel projet. « Il y a des fusions de chaînes à réaliser », mais « en aucun cas, je ne me suis positionné pour la privatisation », a-t-il déclaré mardi matin à franceinfo.
Cible de nombreuses critiques pour ses méthodes qualifiées d' »inquisitoriales », mais applaudi dans les rangs des contempteurs de l’audiovisuel public, le député de 32 ans espère traduire une partie de son rapport dans une proposition de loi. Il souhaiterait la déposer à l’occasion d’une future niche parlementaire de l’UDR fin juin.
Avec AFP
Source:
www.france24.com



