Filmer la psychiatrie adolescente impose une distance délicate : montrer sans réduire, raconter sans enfermer les personnages dans leur diagnostic. C’est le choix revendiqué par Cédric Kahn avec « 15/18 », une fiction consacrée au quotidien d’unités psychiatriques accueillant de jeunes patients. Le projet s’inscrit dans un champ sensible, où le cinéma contribue souvent à façonner l’imaginaire collectif autour de la maladie psychique, parfois au prix de raccourcis durables.
Le film entend précisément s’éloigner des images héritées de l’asile, longtemps associées à l’enfermement, à la peur ou à l’exception. En plaçant son récit au plus près des adolescents et des équipes qui les accompagnent, « 15/18 » met au centre ce qui se joue dans ces services : une vie quotidienne faite de soins, de paroles, de tensions, de temps d’attente et de relations fragiles. La fiction devient ainsi un outil de représentation, sans se substituer au réel médical ni prétendre en épuiser la complexité.
Pour nourrir cette approche, Cédric Kahn a mené un travail d’observation de plusieurs semaines à l’hôpital psychiatrique Le Vinatier, près de Lyon. Cette immersion constitue un point d’appui essentiel : elle permet d’ancrer la mise en scène dans des gestes, des rythmes et des situations observés, plutôt que dans une imagerie préfabriquée. Le choix de la fiction n’efface pas cette dimension documentaire ; il la transforme en matière narrative, au service d’un récit centré sur les personnes plutôt que sur l’institution seule.
Le sujet résonne avec une préoccupation plus large autour de la place accordée à la psychiatrie des mineurs dans l’espace public. Les œuvres qui s’y consacrent se heurtent à une double exigence : respecter la vulnérabilité des patients et rendre visible un univers peu connu du grand public. En s’intéressant aussi aux soignants, « 15/18 » déplace le regard vers la relation de soin, faite d’attention professionnelle, de limites et de continuité. Cette perspective évite de réduire l’hôpital à un décor dramatique.
Dans un contexte où les représentations de la santé mentale influencent les perceptions sociales, le film de Cédric Kahn porte un enjeu culturel autant que cinématographique. Sa démarche ne consiste pas à délivrer un discours médical, mais à proposer une approche plus précise d’une réalité rarement montrée de l’intérieur. « 15/18 » affirme ainsi qu’une fiction peut contribuer à renouveler le regard porté sur les jeunes patients en psychiatrie, à condition de prendre le temps d’observer avant de raconter.






