Derrière les airs contris du philosophe Pascal se cache un redoutable polémiste. Loin de vivre « seul au repos dans une chambre » – selon la formule fameuse de l’une de ses propres Pensées –, Pascal plonge dans son temps et dans les vives controverses qui l’animent. Avant les Pensées, publiées de manière posthume, ce sont les Provinciales qui lui valent une renommée certaine dans le monde : des lettres d’une virulence surprenante, bien loin de l’humilité que l’on pourrait attendre de lui. Cet épisode plonge dans cette écriture et dans cette manière singulière de combattre et de polémiquer au service de la vérité.
De l’inventivité de la langue à la bataille d’opinion
Il est question de la controverse de 1656, dans laquelle Pascal, sous le pseudonyme de Montalte, prend la défense du théologien Antoine Arnauld, également membre de la communauté de Port-Royal. Le désaccord porte sur l’exercice de l’autorité de l’église. À cette époque, l’éloquence des lettres de Pascal constitue une rupture et une forme d’invention de la langue. Laurent Susini explique : « La nouveauté des ‘Provinciales’, c’est qu’elle va déplacer des questions théologiques qui se discutaient à la faculté, sur le terrain public de l’opinion. (…) Pascal va mettre à disposition de l’opinion, dans une langue moderne et accessible, des débats auxquels on entend sensibiliser tout le monde. C’est le coup de génie de Pascal de transformer une dispute théologique en une bataille d’opinion ». Delphine Reguig poursuit : « Il y a un enjeu très clair qui est celui de l’usage du langage, qu’il soit ou pas relié au sens. Ainsi, il y a deux parties, celle du mensonge et celle de la vérité. »
En ce qui concerne l’art oratoire, le professeur Laurent Susini nuance : « l’éloquence de Pascal n’est pas si éloignée, finalement, de l’éloquence des jésuites qu’il combat. (…) Il n’y a pas d’un côté la condamnation d’une éloquence séduisante, gagée sur le plaisir et des jeux d’apparence, et de l’autre côté, la promotion d’une éloquence austère. (…) Il y a différentes manières de penser, la combinaison de la force et du plaisir. La force alliée au plaisir est persuasion. »

Pour en savoir plus
Bibliographie sélective des invités
Laurent Susini, L’écriture de Pascal : la lumière et le feu : la vraie éloquence à l’oeuvre dans les Pensées, Honoré Champion, 2008. Prix Dumézil de l’Académie françaiseDelphine Reguig, Le Corps des idées : pensées et poétiques du langage dans l’augustinisme de Port-Royal, Honoré Champion, 2007.
Bibliographie thématique
Pascal, Les Provinciales, Classiques Garnier, 2024.Pascal, L’art de persuader. L’art de conférer, Rivages, 2017.
Générique
Extrait : du film Ridicule de Patrice Leconte
Lecture : Sophie Daull
Source:
www.radiofrance.fr



