C’est un aspect souvent oublié, ou négligé, de la vie de Sophie Germain. Les années qui précèdent sa mort seront consacrées à la philosophie et à l’épistémologie. Elle fut empiriste, avançait que mathématiques et philosophies ne devaient pas être séparées et l’un de ses essais a influencé Auguste Comte et le positivisme. Au-delà de la richesse de sa pensée, ses écrits philosophiques revêtent une importance toute particulière, car ils lui ont permis d’accéder à la postérité.
C’est tout à fait paradoxal, tant son héritage en mathématiques, et même en physique, est plus important, mais à cause de son isolement et de sa marginalité parce qu’elle était une femme, ses travaux auraient pu sombrer dans l’oubli si les positivistes, comme Hippolyte Stupuy, n’étaient pas intervenus pour publier ses œuvres. Et puis, il y a cette idée maîtresse, qui guide son raisonnement : les œuvres d’art qui traversent les âges et les grandes théories scientifiques ont fondamentalement quelque chose de commun ; elles viennent d’un même jaillissement de l’esprit. Alors, comment la pensée de Sophie Germain a-t-elle influencé le siècle qui lui succède ?
Des mathématiques à la philosophie : suivre la pensée de Sophie Germain
Mais pourquoi la poésie devrait quelque chose à une mathématicienne ? L’échange débute autour de ce qui relie le beau et le vrai dans la philosophie de Sophie Germain. Jean-Jacques Szczeciniarz explique : « Le beau et le vrai sont des grandes catégories de l’histoire de la philosophie. (…) Il y a des effets produits par le beau qui sont des émotions de type esthétique, et aussi de type intellectuel. On retrouve ce phénomène dans les mathématiques. Sophie Germain va très loin dans l’analyse des œuvres d’art, y observant la présence du beau, et aussi du vrai. (…) Le mécanisme intellectuel est du même ordre que celui qui est en jeu dans une démonstration en mathématiques géométriques. (…) Elle parle de beauté ou d’émotion esthétique, qu’on peut éprouver aussi bien en lisant un poème qu’en suivant une démonstration mathématique. »
Puis il est question de son goût pour la musique, la philosophe étant notamment amatrice d’opéra. Jean-Jacques Szczeciniarz rappelle la dimension novatrice de sa perception de l’unité des sciences et des arts. Anne Boyé évoque l’œuvre du philosophe positiviste Auguste Comte qui, dit-elle, s’est trouvé en accord avec les écrits de Sophie Germain qui développe une philosophie du progrès scientifique. Anne Boyé conclut en évoquant la postérité de la philosophe et en la citant : « Le temps ne conserve que les ouvrages qui se défendent contre lui. »

Pour en savoir plus
Bibliographie des invité.es
Anne Boyé & Christine Charretton, Je suis… Sophie Germain, 2017.Jean-Jacques Szczeciniarz, La Terre immobile : Aristote, Ptolémée, Husserl, PUF, 2003.
Bibliographie complémentaire
Sophie Germain, Considérations sur l’état des sciences et des lettres.Ouverture dans un nouvel ongletSophie Germain, Œuvres philosophiques.

Source:
www.radiofrance.fr




