Guerrière de la mythologie grecque, cavalière de cour sous Louis XIV, pionnière sportive du XIXe siècle, icône de défilé au XXIe… L’amazone a traversé les époques sans jamais mettre le pied à terre.
Un an tout juste après son ouverture au public, le musée de la Mode et du Costume d’Arles a décidé de se pencher sur cette figure jamais explorée jusqu’alors, avec la complicité de plus de 36 prêteurs institutionnels et privés, du musée d’Orsay au château de Chantilly, en passant par la maison Hermès. Tout un imaginaire galopant, à voir au pas.
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Un travail sur les sources qui bat les clichés en brèche
L’histoire de l’amazone est d’abord un malentendu. Dès l’Antiquité, les mythes lui prêtent le geste radical de s’être coupé un sein pour mieux bander son arc. Une légende tenace, que les commissaires de l’exposition, Clément Trouche, directeur du musée arlésien, et Valerio Zanetti, auteur d’une thèse sur le sujet des femmes qui montent à cheval, s’empressent de déconstruire : « C’est une lecture gâtée d’une source grecque, expliquent-ils. Dans la Grèce ancienne, il y a déjà des critiques qui démontent cette idée reçue. On observe, ajoute Valerio Zanetti, une dynamique d’altérisation de la figure de l’amazone, au même instant où les premières études ethnographiques émergèrent. »
Attribué à Pierre Mignard, Portrait équestre de la comtesse de Saint-Géran, 1670–1679
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Huile sur toile • 67,5 × 57 cm • © Skokloster, Skoklosters slott
Rendre étrangère, « barbare » (au sens grec), tel est le destin systématique réservé à la femme forte à travers les âges. Une tendance que l’exposition du musée de la Mode et du Costume s’acharne, pièce après pièce, à contredire. « Avec cette expo, nous sommes dans une dynamique de relecture des sources qui ont été mal comprises dès le début », confirment ses commissaires.
Coup de fouet sur la liberté
« L’amazone n’est pas un travestissement, c’est une déclaration de liberté, une libération physique et athlétique. »
Clément Trouche
À Arles, la centaine d’œuvres réunies – gravures de mode, selles d’apparat, portraits équestres, vêtements de cavalière et créations contemporaines –, montre que l’amazone est surtout une affaire de corps libre. Dès le XVIIe siècle, les femmes de la cour de Louis XIV sont encouragées à monter à cheval de manière active, dans des tenues empruntant allègrement au vestiaire masculin, enfilant juste-au-corps, redingotes à revers, décorations militaires. Aucun mimétisme masculin à voir là-dedans : « L’amazone n’est pas un travestissement, affirme Clément Trouche, c’est une déclaration de liberté, une libération physique et athlétique. »

Anonyme, Françaises devenues libres, vers 1792
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Eau-forte colorée • 205 × 12 mm • © Paris, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et Photographie
Même constat pour la Révolution française, tournant décisif lors duquel des femmes descendent dans les rues, entrent à l’Assemblée nationale, brandissent la pique, symbole de la citoyenneté active. Les historiens y auront longtemps vu un travestissement ou un jeu guerrier. À tort, selon les commissaires : « C’est une recherche de citoyenneté libre. » L’amazone ne joue pas à être un homme. Elle réclame une égalité que la société lui refuse.
L’amazone pour toutes !
Au XIXe siècle, l’histoire se joue dans les coutures. La monte en amazone, soit à gauche du cheval, jambe droite calée contre le pommeau de la selle, génère toute une industrie qui va rivaliser d’ingéniosité, notamment en imaginant la troisième fourche (ou leaping head) qui stabilise la cavalière au galop : une révolution dans la pratique équestre. Tailleurs parisiens et londoniens s’affrontent pour imposer leur coupe. La jupe de sécurité, conçue pour s’ouvrir en cas de chute, permet à des femmes de toutes conditions d’accéder à ce loisir, jusqu’ici réservé à l’aristocratie.

Anonyme, Selle d’ amazone de l’impératrice Eugénie
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Velours rouge, broderies d’ argent • © Compiègne, Château de Compiègne
À l’image de l’impératrice Eugénie, figure tutélaire du Second Empire, qui passe ses troupes en revue dans son dolman militaire. Ou bien, plus tôt, Joséphine de Beauharnais qui fait fabriquer une selle pour monter à droite parce qu’elle est gauchère… et qu’une amazone, ça décide.
Une figure de la Camargue par excellence
De Paris aux bords du Rhône, de nombreuses femmes emboîtent ce pas. Fanfonne Guillierme incarne cette liberté dans les marais camarguais du début du XXe siècle. Première femme manadière, elle fend littéralement sa jupe, adopte la chemise à lavallière, les tresses longues et le chapeau d’homme, invente ainsi la jupe-culotte de gardiane. Les manades camarguaises ont trouvé leur modèle féminin auquel « Cavalcade », projet visuel (vidéo et photo) des artistes Pierre & Florent, rend hommage dans une salle où cinq témoignages de femmes sont projetés.

Jean-Paul Gautier pour Hermès, Passage n°1, collection Automne-Hiver, 2004
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Cardigan Calèche, veste cavalière, jupe d’ amazone, étole Gala, chapeau haut de forme, cravache • © Paris, Conservatoire des créations Hermès
L’amazone n’est pas une image figée du folklore mais un vêtement vivant, qui se transforme avec chaque femme qui le porte. Ce que des créateurs comme Jean Paul Gaultier savent mieux que personne. Le look imaginé par l’enfant terrible de la mode pour Hermès (défilé haute couture 2004) clôt magistralement le parcours de l’exposition par une veste en cuir, une jupe tablier, un chapeau haut-de-forme et une cravache immense nouée autour du cou. L’aveu d’une puissance indomptable !
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Amazones ! Cavalières et icônes de mode
Du 22 mai 2026 au 20 septembre 2026
Musée de la Mode et du Costume – Fragonard • 16 Rue de la Calade • 13200 Arlesmusee-mode-costume.fragonard.com
Source:
www.beauxarts.com



