« C’est frustrant de ne pas voir son enfant jouer » : dans le Loiret, un tournoi de foot sans parents pour faire face aux dérives

« Quand on tournait sur les terrains, on voyait un excès d’implication des parents dans le coaching, qui posait problème pour les enfants, leur progression et leur plaisir, mais aussi pour les éducateurs », explique Fabien Lefebvre, manager général du club de l’Avant-Garde Boigny Chécy Mardié (Loiret). De ce constat est née la décision d’organiser un tournoi sans parents, avec la volonté « d’observer les comportements, faire passer un message et ouvrir le débat ».

Au total, douze équipes du Loiret ont participé à ce tournoi, organisé sous forme de « Coupe du monde » les clubs incarnant des pays.

Cette démarche s’inscrit dans un contexte plus large, récemment mis en lumière par le documentaire « Tu seras pro mon fils », diffusé le 11 février sur Canal +, réalisé par Laure Granjon et produit par Mélissa Theuriau. On y voit la pression croissante exercée sur les jeunes joueurs, coincés entre le plaisir du jeu et les attentes de performance des parents, un phénomène souvent résumé sous l’expression de « projet Mbappé ».

À Boigny-sur-Bionne, cette réalité n’est pas théorique. « Parfois, des parents ne sont pas d’accord et nous sollicitent sans cesse, jusque tard le soir, pour comprendre les choix sportifs », confie le dirigeant.

Une perte de ressources

Malgré quelques tentatives de contournement, certains parents cherchant à entrer dans le stade ou observant les matchs à distance, le tournoi s’est déroulé dans de bonnes conditions. Sur les réseaux sociaux du club, les messages de félicitations se multiplient.

Si l’expérience a séduit, elle ne peut pas devenir la norme. Les tournois représentent en effet un enjeu économique pour les clubs, qui comptent sur la présence du public pour générer des recettes (buvette, restauration, participation). « L’idée n’est pas de supprimer les parents, mais de proposer ponctuellement un cadre différent, à visée éducative », rappelle le manager.

Du côté des familles, les réactions oscillent. « C’est frustrant de ne pas voir son enfant jouer, surtout quand on fait des kilomètres, mais je comprends la démarche », confie un parent. Une autre mère ajoute : « On est déçus, mais si ça leur permet de jouer plus sereinement, c’est le principal. »

D’autres se montrent plus critiques. Un parent, resté anonyme, regrette : « Les bons parents n’ont pas à payer pour les mauvais. J’espère que ça ne deviendra pas une habitude. » Un autre s’interroge : « On fait parfois 20 km pour accompagner nos enfants… et on attend toute la journée sans rien voir ? »

Pour Fabien Lefebvre, la médiatisation de l’événement est une opportunité : « L’idée, c’est d’ouvrir le débat et d’amener tout l’écosystème à réfléchir. »


Source:

www.leparisien.fr

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