Dans les années qui ont suivi la fin de la seconde guerre mondiale et la libération des camps de concentration nazis, la parole se libère peu à peu et de nombreux ouvrages d’anciens déportés révèlent au grand public l’horreur absolue de ces camps de la mort. « L’univers concentrationnaire » de David Rousset, publié en 1946 et prix Renaudot la même année, décrit l’effondrement total des valeurs les plus profondes et les plus essentielles de l’humanité.
Le choix imposé par les conditions de survie dans les camps
Ces camps de concentration sont des lieux où, malgré l’horreur, la résistance mise en place a créé de réelles communautés solidaires qui devaient, pour survivre, pendre des décisions parfois impossibles. Il faut trouver un moyen de répartir équitablement et efficacement les ressources et les vivres, ce qui implique de définir un ordre de priorité. Il fallait parfois choisir de sacrifier certaines personnes, trop malades ou dangereuses pour le bien de la collectivité.
Dans les camps comme celui Buchenwald, ce choix était souvent inévitable en raison des conditions de vie extrêmes. Les responsables de la résistance, en particulier les communistes, devaient décider quelles personnes protéger en priorité. Ils privilégiaient généralement les détenus capables de poursuivre la lutte contre le nazisme, estimant que leur rôle dans la résistance était essentiel. David Rousset expliquait « les camps étant la production de la société capitaliste décomposée et les SS étaient les représentants les plus exaspérés de cette société, il était normal et indispensable pour l’avenir de nos sociétés que fussent sauvés ceux qui s’étaient délibérément engagés dans la lutte contre le nazisme ».Toutefois, cette logique a suscité des critiques, l’écrivain Albert Béguin considèrait lui qu’un choix fondé sur des critères essentiellement politiques risquait d’exclure injustement d’autres victimes également opposées au nazisme.
Un débat moral et politique sur la responsabilité
Au-delà des camps, l’émission portait sur la responsabilité morale de ceux qui ont dû prendre ces décisions tragiques. Certains intervenants, comme le philosophe Maurice Merleau-Ponty et Albert Béguin, rappelaient que même lorsqu’un choix est inévitable, il ne doit jamais être considéré comme juste ou satisfaisant sur le plan moral.
De son côté, David Rousset insistait sur le fait que ces décisions étaient imposées par un système inhumain et non par une volonté personnelle. Il concluait que cette expérience montre l’importance de préserver la démocratie, le contrôle des dirigeants par la société et des conditions de vie dignes, afin d’empêcher qu’un tel système de violence et de corruption ne puisse se reproduire.
Par Paul GuimardAvec David Rousset (résistant, déporté, homme politique, écrivain), Albert Béguin (écrivain, critique, éditeur), Victor « Vic » Dupont (résistant, déporté), Gilles Martinet (journaliste, résistant, homme politique) et Maurice Merleau-Ponty (philosophe)Tribune de Paris – L’expérience concentrationnaire (1ère diffusion : 11/07/1947 Chaîne Nationale)Edition web : Laurence Jennepin
Source:
www.radiofrance.fr




