La liberté d’informer se trouve de nouveau au centre du débat politique après le congrès du Rassemblement national organisé ce week-end à Orléans. Plus de quarante sociétés de journalistes ont pris position pour dénoncer le traitement réservé à des confrères et consœurs de Mediapart et de Politis lors de ce rendez-vous du parti d’extrême droite. Leur intervention collective rappelle un principe essentiel : la presse doit pouvoir couvrir les événements politiques sans entrave ni intimidation.
Parmi les signataires figure la société des journalistes de Libération, aux côtés de nombreuses rédactions qui ont choisi d’exprimer publiquement leur solidarité. Cette mobilisation dépasse le cas de deux médias directement concernés. Elle porte sur les conditions concrètes d’exercice du métier de journaliste, en particulier lors de manifestations partisanes où l’accès à l’information, aux responsables politiques et aux participants constitue un enjeu démocratique. Un congrès de parti ne relève pas seulement de la communication interne : il s’inscrit dans la vie publique et doit pouvoir être observé par des médias aux lignes éditoriales diverses.
Le Rassemblement national, formation représentée dans les institutions et acteur majeur du débat national, est régulièrement suivi par l’ensemble de la presse politique. Dans ce contexte, la présence de journalistes indépendants ne se limite pas à relayer des messages officiels. Elle permet de documenter les positions, les stratégies, les discours et l’organisation d’un parti qui revendique une place centrale dans la compétition électorale. Restreindre ou rendre difficile ce travail affaiblit la possibilité pour le public de disposer d’informations complètes et contradictoires.
La prise de position des sociétés de journalistes s’inscrit dans une vigilance plus large sur la liberté de la presse. En France comme ailleurs, cette liberté repose sur des garanties concrètes : accès aux lieux d’actualité, protection des reporters sur le terrain et reconnaissance de leur rôle, y compris lorsque leurs enquêtes ou leurs angles déplaisent aux organisateurs d’un événement. Des organisations comme Reporters sans frontières rappellent régulièrement que l’indépendance des médias constitue un pilier du débat démocratique.
L’épisode d’Orléans souligne enfin la responsabilité des formations politiques dans leurs relations avec la presse. La critique des médias fait partie du débat public, mais elle ne peut justifier des comportements empêchant les journalistes de travailler. En réaffirmant ce cadre, les sociétés de journalistes ne défendent pas seulement leurs rédactions : elles défendent le droit des citoyens à recevoir une information pluraliste sur les forces politiques qui prétendent exercer le pouvoir.






