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Déjà 2 fois plus d'arrêts que sur toute l'année 2025: pourquoi EDF est obligé de stopper certains réacteurs nucléaires et pas d'autres quand il fait chaud

Face aux canicules, EDF doit parfois arrêter temporairement certains réacteurs non pas pour des raisons de sûreté, mais pour éviter de réchauffer excessivement les fleuves et protéger la biodiversité. Une contrainte qui ne concerne qu’une partie du parc nucléaire et dont l’impact sur l’approvisionnement électrique reste aujourd’hui très limité.

La température de la Garonne devrait atteindre les 28 degrés ce vendredi 10 juillet. Dans ces conditions, le réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Golfech, à 90 km de Toulouse, a de nouveau été arrêté ce jeudi matin. C’est la quatrième fois cette année qu’EDF arrête temporairement des réacteurs pour respecter les limites réglementaires sur les rejets thermiques dans les cours d’eau.

Il y avait déjà eu un premier arrêt à Golfech le 24 juin dernier, un réacteur à la centrale de Bugey dans l’Ain le 25 juin et celui de Nogent-sur-Seine dans l’Aube le 26. En parallèle, d’autres réacteurs, comme le second réacteur de Nogent-sur-Seine, ont simplement réduit leur puissance afin de limiter le réchauffement de l’eau rejetée dans le fleuve.

Pour rappel, en 2025, EDF avait dû arrêter deux réacteurs en raison de températures trop élevées des cours d’eau. L’année 2026 compte déjà deux fois plus d’arrêts.

Mais pourquoi lorsque les températures s’élèvent, certains réacteurs doivent être mis en pause? Contrairement à une idée répandue, ces arrêts ne sont pas dus à un problème de sûreté des réacteurs, mais à une exigence de protection de l’environnement.

Pourquoi les réacteurs s’arrêtent-ils?

La raison est avant tout environnementale. Les centrales nucléaires utilisent de l’eau pour refroidir leurs installations avant de la restituer au milieu naturel. Si cette eau est rejetée alors que la rivière est déjà très chaude, elle peut perturber les écosystèmes aquatiques.

Pour protéger la biodiversité, la réglementation impose des limites strictes à l’échauffement des cours d’eau. Un arrêté de 2006 fixe notamment un échauffement maximal de la rivière de 1,25 degré entre le 1er juin et le 30 septembre, et de 2 degrés le reste de l’année. Lorsque ces limites risquent d’être dépassées, EDF doit réduire la puissance des réacteurs, voire les arrêter temporairement.

L’objectif est donc de préserver la faune et la flore aquatiques et non de répondre à une contrainte technique liée au fonctionnement du réacteur.

Pourquoi certaines centrales ferment et d’autres non?

Toutes les centrales nucléaires ne refroidissent pas leurs réacteurs de la même manière. Les centrales en circuit ouvert pompent en permanence de très grandes quantités d’eau dans un fleuve ou un estuaire. Cette eau sert à refroidir les installations avant d’être rejetée directement dans le cours d’eau avec une température légèrement plus élevée. En période de canicule, lorsque le fleuve est déjà très chaud et que son débit diminue, ce rejet supplémentaire peut faire dépasser les limites autorisées pour protéger la biodiversité. EDF est alors contrainte de réduire la puissance du réacteur, voire de l’arrêter temporairement. C’est le cas de centrales comme Golfech, Chooz ou le Blayais.

Les centrales en circuit fermé, elles, fonctionnent différemment. Elles prélèvent beaucoup moins d’eau dans le fleuve, car celle-ci circule en boucle dans le système de refroidissement. La majeure partie de la chaleur est évacuée dans l’air grâce aux grandes tours aéroréfrigérantes, ces immenses tours d’où s’échappent les panaches de vapeur blanche. Seule une faible quantité d’eau est ensuite rejetée dans le cours d’eau. Leur impact sur la température des rivières est donc beaucoup plus faible, ce qui explique qu’elles sont rarement contraintes de s’arrêter lors des épisodes de forte chaleur.

Et enfin, il y a l’exception: la centrale de Civaux dans la Vienne. Bien qu’elle fonctionne elle aussi en circuit fermé, elle a été spécialement conçue pour résister aux épisodes de fortes chaleurs. En plus de ses grandes tours aéroréfrigérantes, elle est équipée de petites tours de refroidissement qui abaissent encore la température de l’eau avant son rejet dans la rivière. Donc même pendant la canicule de juin dernier, alors que plusieurs réacteurs français étaient arrêtés les deux réacteurs de Civaux ont continué à produire de l’électricité. Dans certaines conditions, l’eau rejetée par la centrale est même plus froide que celle prélevée dans la Vienne, ce qui limite fortement son impact sur le cours d’eau.

Un impact limité sur la production d’électricité

Ces arrêts peuvent sembler spectaculaires, mais leur conséquence sur la production nationale reste aujourd’hui très faible. La France compte 57 réacteurs nucléaires, dont une quinzaine seulement sont potentiellement concernés par ce type de limitation. Selon EDF, ces contraintes représentent environ 0,3% de la production annuelle d’électricité.

Par ailleurs, ces épisodes surviennent en été, une période où la consommation électrique est nettement plus faible qu’en hiver. Ils ne font donc pas peser de risque de coupure sur le réseau électrique. Au contraire, la forte production solaire autour de la mi-journée permet souvent de compenser une partie de ces baisses de production nucléaire.

Mais même si leur impact reste aujourd’hui marginal, ces situations pourraient devenir plus fréquentes avec le réchauffement climatique.

Selon RTE, les épisodes de chaleur extrême pourraient rendre temporairement indisponibles entre 5 et 15% du parc nucléaire lors des canicules les plus sévères à l’horizon 2050. Cela ne signifie pas que la France manquerait d’électricité mais cela renforcera la nécessité d’adapter la gestion du parc nucléaire, des ressources en eau et du système électrique dans son ensemble.


Source:

www.bfmtv.com

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