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Des surréalistes à l’art contemporain, comment le sable est devenu un matériau prisé des artistes

En ce début de mois de juillet, pas moins de 600 tonnes de sable ont été apportées par une vingtaine de camions sur la place Graslin, à Nantes, juste en face de l’opéra. En quelques jours, celui-ci a été compacté puis modelé par l’équipe de l’artiste Théo Mercier (né en 1984), invité par le Voyage à Nantes à investir cette place emblématique de la ville.

L’œuvre mesure 22 mètres de large, 14 de profondeur et près de 5 de hauteur, s’intitule Fossil Opera et met en scène des ammonites géantes et des pneus sculptés dans le sable, des gravats en vrac et des carcasses de voiture, dans un paysage digne de l’apocalypse. L’ambition ? Faire l’archéologie de notre présent, et donner à voir une spectaculaire éruption de nos débris.


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« Fossil Opera » de Théo Mercier pour « Le Voyage à Nantes » 2026

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Photo Martin Argyoglo / © Adagp, Paris 2026

« Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais le sable est là, rendant possible votre existence, à presque chaque minute de la journée. »

Vince Beiser

Le sable, aujourd’hui, est bien souvent convoqué par les artistes pour son sous-texte politique. Deuxième ressource naturelle la plus consommée au monde – après l’eau –, il est utilisé absolument partout, comme l’explique le journaliste Vince Beiser dans son essai The World in a Grain. The Story of Sand and How It Transformed Civilization (2018) : « Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais le sable est là, rendant possible votre existence, à presque chaque minute de la journée. Nous vivons dedans, nous nous déplaçons dessus, nous communiquons avec lui, nous nous entourons de lui. Où que vous vous soyez réveillé·e ce matin, il y a de fortes chances que ce soit dans un bâtiment construit, au moins en partie, avec du sable. »

Et c’est précisément son extraction massive qui pose problème, engendrant destructions des écosystèmes, perturbation des cours d’eau et développement de marchés noirs.

Un écho à sa surexploitation

Chez Kapwani Kiwanga (née en 1978), le sable apparaît ainsi figé dans un Sablier (2022) transparent, actuellement visible à la fondation Miró de Barcelone ; l’artiste y met en scène le sable siliceux en deux états bien distincts – sous forme de grains et transformé en verre – et convoque les dommages provoqués par son exploitation.

Laurent Pernot, Le rappel de l’océan

Laurent Pernot, Le rappel de l’océan, 2021

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Sculpture extérieure, plage des sables d’or, Anglet • 420 × 180 × 160 cm • Production La Littorale – Biennale d’art contemporain d’Anglet • Photo Mantovani Andrea / © Adagp, Paris 2026

En 2021, lors de la Biennale d’Anglet, Laurent Pernot (né en 1980) installait sur la plage une voiture à taille réelle en sable, sur laquelle était perché un petit garçon regardant l’horizon. Planté à la verticale et par là même rendu inutilisable, le véhicule incarnait un passé polluant sur lequel s’asseoir pour, enfin, regarder l’avenir.

L’année suivante, Stéphane Thidet (né en 1974) investissait l’ancienne base sous-marine de Saint-Nazaire avec une sublime installation en mouvement, une cascade de sable s’écoulant derrière de spectaculaires dunes dorées, plongée dans l’obscurité.

Stéphane Thidet, Bruit rose

Stéphane Thidet, Bruit rose, 2022

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Sable végétal, pompes, son • Programmation hors les murs du Grand Café au LiFE – base sous-mari • Photo Marc Domage / © Adagp, Paris 2026

En l’observant durant plusieurs minutes, on se rendait compte que la cascade ne venait pas grossir les dunes, mais réutilisait sa propre matière pour se poursuivre indéfiniment. L’artiste expliquait alors avoir voulu répondre au béton de l’architecture du lieu avec du sable, et évoquer l’idée que le bâtiment « coulerait de l’intérieur ». « J’avais un désir de chute qui vient du monde dans lequel on vit. »


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Utilisé pour sa matérialité par les avant-gardes

Un siècle plus tôt, le sable intéressait déjà les artistes, mais moins pour son sous-texte que pour ses qualités plastiques, son aspect granuleux. Au début des années 1910, le cubiste Georges Braque (1882–1963) mélange du sable à de la peinture à l’huile pour ajouter de la matière à ses toiles – comme dans Nature morte à la pipe (1914) –, accrocher la lumière, donner du relief aux objets du quotidien et donner   à l’œil qu’il peut littéralement palper l’œuvre.

« Ce n’est pas assez de faire voir ce qu’on peint, il faut encore le faire toucher », insistait-il. À partir de 1926, André Masson (1896–1987) traque l’aléatoire en lançant du sable sur de la colle, comme dans Les Villageois (1927). Ces œuvres au sable poursuivent les « dessins automatiques » initiés par l’artiste quelques années plus tôt, et fascinent André Breton.

Jean Dubuffet, Texturologie XXVII (sable et argent)

Jean Dubuffet, Texturologie XXVII (sable et argent), 1958

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Huile et sable sur toile • 114 × 146 cm • Coll. particulière • © Adagp, Paris 2026 / © Christie’s

Dans les années 1950, Jean Dubuffet (1901–1985) utilise du sable pour son aspect brut, anti-précieux par excellence, et sa texture grossière, évoquant celle d’un simple crépi, au sein d’œuvres au titre explicite, tel que Texturologie XXVII [sable et argent] (1958). Dans cette veine similaire, Antoni Tàpies (1923–2012) débute au même moment des « peintures matiériques », dans lesquelles il utilise du sable, de la paille et toutes sortes de rebuts pour produire des œuvres qui invitent à voir la beauté là où elle ne se devine pas. « Ce que j’essaie de faire, c’est de créer des images qui conduisent le spectateur à considérer la réalité de façon plus contemplative. »

Avec le Land art, des œuvres poétiques et engagées

Le sable, matériau naturel et modeste, a également passionné les pratiquants du land art. C’est sur du sable que l’artiste (et surfeur !) Jim Denevan (né en 1961) dessine depuis des décennies de sublimes ballets de formes abstraites, à l’aide de simples bâtons et râteaux. C’est encore sur du sable que Michael Heizer (né en 1944) a posé en 2018 les formes monumentales en pierre de sa City, incroyable installation de 800 mètres sur 2,4 kilomètres de long, devenue la plus grande sculpture du monde. Ce sont enfin de véritables dunes que Nancy Holt (1938–2014) perce de tuyaux en ciment pour créer Vues à travers une dune de sable (1972), un dispositif de vision, comme elle aimait à les appeler, offrant un point de vue inédit sur le paysage.

Nancy Holt, Views Through A Sand Dune

Nancy Holt, Views Through A Sand Dune, 1972

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Tuyau en amiante-ciment, sable • 152,4 × 22,9 cm • © Holt/Smithson Foundation / © Adagp, Paris 2026

Vous y repenserez peut-être cet été, en enfonçant les doigts dans le sable chaud, mais la souplesse absolue de cette matière-paysage offre à tout un chacun la possibilité de laisser sa trace. En 2019, Katie Paterson (née en 1981) s’inspire de simples jeux pour enfants pour créer des seaux en forme de montagnes, et faire émerger sur la plage de Leysdown, sur l’île de Sheppey en Angleterre, un vaste paysage participatif, soumis aux caprices des marées, de la pluie et du vent.

Allora & Calzadilla, Land Mark (Foot prints) III

Allora & Calzadilla, Land Mark (Foot prints) III, 2002

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Photographie • 46 × 60,2 cm • Coll. particulière • © Christie’s

Plus grave, le duo formé par Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla (nés en 1974 et 1971) propose au début des années 2000 à des militants de Vieques, une île au large de Porto Rico monopolisée pendant 60 ans pour des exercices de bombardement par l’armée américaine et l’OTAN, de laisser – littéralement – une marque dans le paysage qu’ils défendent. Ils photographient dans le sable leurs empreintes de pas imprimées de messages politiques, pour donner à voir leur engagement physique pour leur territoire. Une façon d’ancrer leur courage dans une trace tangible, aussi infime et fragile soit-elle.


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Source:

www.beauxarts.com

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