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"Ébranler la confiance du public", "cartographier leurs vulnérabilités": pourquoi la Russie survole secrètement l'Europe et la France depuis des mois avec des drones

Une étude de l’Institut international d’études stratégiques a recensé 144 survols ces derniers mois au-dessus de sites stratégiques dans 13 pays européens, dont la France et sa base abritant ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

En décembre 2025, cinq drones survolent la base de l’Île Longue, dans le Finistère. L’endroit est loin d’être anodin: il s’agit du sanctuaire de la défense stratégique française où sont abrités les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Ce survol d’un site aussi important est loin d’être un cas isolé ces derniers mois. Usines d’armement, aéroports, centrales électriques, bases militaires, porte-avions Charles de Gaulle: autant d’endroits qui ont été concernés par la menace drone récemment, du Finistère à la Finlande en passant par l’Allemagne ou le Danemark.

Selon une étude de l’Institut international d’études stratégiques, il est « fort probable » que la Russie en soit la responsable via « une campagne de drones au-dessus de l’Europe ». Ce sont un total de 144 survols dans 13 pays sur une période de 19 mois qui ont été recensés. S’il est parfois difficile de désigner ouvertement la responsabilité du Kremlin, un « schéma » se répète toujours. Et certains cas ne font pas l’ombre d’un doute. L’exemple le plus criant est le viol par la Russie de l’espace aérien de la Pologne par plusieurs drones, amenant Varsovie à en abattre certains.

« Cette campagne s’est déroulée en toute impunité dans l’espace aérien européen, constituant à la fois une série de succès tactiques pour le Kremlin et un échec stratégique pour la défense aérienne alliée », selon les auteurs de cette étude.

Le rôle de la « flotte fantôme »

Alors quel intérêt aurait la Russie à survoler avec des drones les sites les plus sensibles d’Europe? D’après l’Institut international d’études stratégiques, le but est de tester les pays européens et leur réaction. « La campagne avait probablement pour objectif d’analyser les temps de réponse et les seuils de prise de décision des structures de commandement », selon les chercheurs.

Ces derniers pointent aussi trois autres objectifs: « Cartographier des vulnérabilités autour des infrastructures critiques, imposer des coûts économiques et psychologiques aux sociétés européennes en perturbant l’aviation civile et en ébranlant la confiance du public dans la sécurité de l’espace aérien et normaliser les violations de l’espace aérien à basse altitude en deçà du seuil d’une riposte militaire directe des alliés ». Conséquence de cette campagne, les aéroports de Copenhague et d’Oslo avaient été fermés plusieurs heures en septembre dernier, causant ainsi de nombreuses perturbations. Deux exemples parmi tant d’autres ces derniers temps en Europe.

Pour faire décoller ces drones, il est « probable » que la Russie ait eu recours dans certains cas aux navires qui composent « la flotte fantôme », des navires utilisés par Moscou pour transporter de l’énergie et autres marchandises sous de faux pavillons et contourner les sanctions. Dans une récente étude consacrée à cette flotte, l’IFRI (Institut français des Relations internationales), revient sur « l’opacité » autour de ces navires. Cela « offre à la Russie l’opportunité de mener des actions malveillantes ou de renseignement depuis ces plateformes tout en entretenant un déni plausible en matière d’attribution de l’acte ».

Par exemple, le Boracay, un pétrolier arraisonné par la France en novembre, est soupçonné d’être le lieu de décollage de drones qui ont survolé l’aéroport de Copenhague puis de nombreux sites sensibles en septembre 2025.

Cette photo aérienne, prise le 1er octobre 2025 au large du port de Saint-Nazaire, montre le pétrolier Boracay. © DAMIEN MEYER

« Si l’intentionnalité de cet acte n’a jamais pu être établie, la présence confirmée de deux agents de sécurité russes à bord du Boracay, dont un ancien de la société Wagner, illustre tout aussi bien l’importance de ces cargaisons pour la Russie que la possibilité d’utiliser ces navires comme plateformes à des fins déstabilisatrices », détaille cette étude de l’IFRI.

En France, bientôt des opérateurs privés pour se protéger

Le talon d’achille de la défense européenne réside dans sa conception, d’après l’Institut international d’études stratégiques.

« Elle n’a pas été conçue pour des drones relativement peu coûteux et des incursions niées visant à exploiter les failles de détection, de prise de décision et d’autorité légale, tout en restant en deçà du seuil de riposte collective des alliés », analyse-t-il.

Résultat, face à la menace des drones, « l’Europe n’est pas encore à la hauteur malgré l’attention accrue que l’Otan, l’Union européenne et les gouvernements nationaux portent à cette question ». D’autant que les pays européens ont souvent opté pour une réponse à leur échelle nationale.

En France, la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, soutient que, face aux drones, « nos installations militaires sont extrêmement bien protégées ». Pourtant, Aymeric Bonnemaison, directeur du renseignement et de la sécurité de la défense, a pointé lors d’une audition début juin devant les députés « un doublement des vols au-dessus des zones de l’industrie de défense et militaire en 2025 ».

« Maintenant, ça ne veut pas dire qu’il ne faille pas renforcer considérablement la protection des infrastructures civiles. C’est l’objectif de l’accélération de la loi de programmation militaire, qui porte aussi sur les infrastructures critiques », a expliqué Alice Rufo sur BFMTV le 2 juillet dernier.

La loi de programmation militaire a été adoptée par le Parlement le 1er juillet et promulguée par Emmanuel Macron dans les prochains jours. Le texte doit permettre à certains opérateurs privés, dont les aéroports, d’avoir recours à des dispositifs antidrones, et de déléguer sous conditions cette tâche à des sous-traitants. En Allemagne, le fabricant d’armes Rheinmetall et l’opérateur Deutsche Telekom ont annoncé en mai vouloir développer conjointement un « bouclier de défense » contre les drones et les actes de sabotage ciblant les villes et infrastructures critiques en Allemagne.


Source:

www.bfmtv.com

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