Imaginez. Le mariage de votre meilleure amie. Coucher de soleil sur la plage, les robes qui volent, le champagne qui coule, un pianiste qui met le feu sur France Gall. La magie est là, entière. Et puis soudain — trois notes. Une mélodie que tout le monde connaît, que tout le monde a chantée un jour. « Qui a le droit… » Un silence traverse l’assemblée. La moitié continue, insouciante, à se casser la voix. L’autre se tait. Regard en coin. Patrick Bruel.
On le chante. On le condamne. Mais les deux à la fois, est-ce encore possible ? Une trentaine de femmes l’accusent de viols et d’agressions sexuelles. Il est mis en examen depuis le 10 juin. Il conteste les faits. Et partout, sans attendre que la justice ait parlé, il est déprogrammé, effacé, annulé.
Ce débat-là est vieux comme l’art. Et il est vertigineux. Faut-il censurer Michael Jackson ? Annuler Noir Désir ? Et si l’on va jusqu’au bout, décrocher les toiles de Picasso des musées, jeter au feu l’œuvre entière de Céline ? Où s’arrête-t-on ? Et surtout, que perd-on en chemin ?Peut-on encore aimer l’art de ceux que l’on condamne ? Ou sommes-nous, en continuant d’écouter, d’applaudir, de fredonner, les derniers complices ?
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