« La chaîne de protection a failli », en raison d’une « succession d’erreurs, de négligences, d’inactions et de mauvaises décisions ». Ainsi s’est exprimé le Premier ministre, Sébastien Lecornu, le 22 juin, après la remise des premières conclusions des inspecteurs généraux de la justice et de la Gendarmerie nationale après la mort de Lyhanna, collégienne de 11 ans, violée puis tuée dans le Gers. Si l’on ajoute que dans le dossier du périscolaire parisien, 52 animateurs ont été suspendus pour « suspicion de violences sexuelles ou sexistes » depuis le 1er janvier, on comprend l’émotion qui s’est emparée du pays et les citoyens qui, chaque lundi, manifestent devant les tribunaux de France pour réclamer justice pour les victimes des crimes sexuels.
On le comprend, comme on se méfie aussi des récupérations de ceux qui dénoncent les juges pour mieux restreindre leur indépendance en même temps que mettre à bas l’État de droit. Félicitons-nous que des dysfonctionnements aient été mis au jour, des erreurs humaines – désastreuses – repérées et le cruel manque de moyens de la justice établi. Et souhaitons qu’une loi-cadre vienne enfin prendre en compte les violences sexuelles dans leur globalité.
Crimes absolus
Mais fera-t-on l’économie de deux autres réflexions ? Sur la question du mal, d’abord, que posent ces crimes absolus. Comment peut-on s’en prendre à un être de 11 ans (Lyhanna), de 10 ans (Rosa, violée cinquante fois), de 3, 5 ou 8 ans (dans le périscolaire) ? Comment éviter ces horreurs, comment soigner les auteurs de ces crimes ? Soyons sûrs que pour tenter d’y parvenir, on aura certes besoin des psys, mais aussi du Seigneur.
La question de notre regard à tous sur l’enfance, ensuite, ne peut être éludée. Dans une récente série d’entretiens « À voix nue » (en podcast sur le site de France Culture), la théologienne et éditrice Marion Muller-Colard posait quelques questions essentielles, en revenant sur son expérience au sein de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase). Évoquant « l’état de choc produit par le monde adulte sur le petit » qu’était redevenu chaque plaignant pourtant adulte auditionné, elle plaidait pour l’écoute de l’enfant, pour être « capable de chagrin » en prenant acte de sa vie brisée et appelait à « repenser totalement ce qu’est un enfant », cet « être fondamentalement différent à qui l’on doit toute notre réserve d’avenir ». Peut-être alors pourrons-nous entendre que « celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas » (Mc 10, 15).
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Source:
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