MondeÉlevages décimés, récoltes réduites : l'agriculture forcée de s'adapter aux canicules ?

Élevages décimés, récoltes réduites : l'agriculture forcée de s'adapter aux canicules ?

L’agriculture traverse une situation « inédite », s’est alarmé lundi 6 juillet 2026 sur le plateau de TF1 Arnaud Rousseau, le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), alors que débute en France la troisième vague de chaleur en moins de deux mois. En cause, « le cumul d’inondations au printemps et de canicules particulièrement précoces », qui ont fragilisé élevages et cultures.

Avec un premier épisode de fortes chaleurs survenu dès le 21 mai et durant lequel des records ont été battus sur la moitié du territoire, la canicule de l’été 2026 s’est invitée particulièrement tôt en France. Ce deuxième épisode, moins de trois semaines après le premier, a porté un rude coup à l’agriculture. 

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Les pertes définitives ne pourront être évaluées qu’après les moissons, mais le ministère de l’Agriculture a déjà donné de premières estimations : 30 % de pertes pour le maïs sur tout le territoire, 50 % pour les jeunes pousses de carottes, 60 % pour le houblon.

Fait inédit, aucune région n’a été réellement épargnée. Au 24 juin, 72 départements étaient placés en vigilance rouge par Météo-France. L’Occitanie, les Deux-Sèvres ou les Charentes figurent toutefois parmi les régions les plus touchées par les pertes de rendements.

« Ces dernières années, à l’exception de 2003, les canicules ont duré deux ou trois jours, avec des pics de chaleur allant parfois jusqu’à 45°C, mais toujours très brefs et localisés. Jusqu’à maintenant, elles n’avaient jamais touché de zones du territoire si étendues », explique à France 24 Iñaki Garcia De Cortazar Atauri, agroclimatologue et directeur de l’unité AgroClim à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

Dans le Grand Ouest, les chaleurs ont décimé les élevages. Entre 2,5 et 3 millions de volailles seraient mortes depuis mai, estime Anvol, l’interprofession des filières de la volaille de chair (c’est-à-dire destinée à la production de viande). Les chiffres n’atteignent pourtant pas les niveaux de la canicule de 2003, qui avait tué 4 à 5 millions de volailles.

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Image de couverture : Les récoltes brûlent sous le soleil caniculaire, en cette troisième vague de fortes chaleurs en moins de deux mois, en France. Le monde agricole peut se tourner vers les assurances « multirisque climatique sur récoltes » mais les compagnies d’assurance réalisent qu’il va probablement falloir réviser leurs pratiques et leurs politiques de prix. © France 24

« On apprend en marchant »

Une canicule précoce, durable et étendue. Autant de caractéristiques nouvelles qui forcent les agriculteurs à s’adapter en urgence. Pour les élevages, des solutions immédiates existent, comme l’adaptation de la conduite alimentaire des animaux et la mise en place de systèmes de rafraîchissement dans les bâtiments, cite David Renaudeau, directeur de recherche à l’Inrae et spécialiste de l’élevage. Mais au nord de la Loire, où on est moins habitué aux températures extrêmes, les éleveurs de volailles « n’ont pas toujours eu le temps de bien anticiper les dernières vagues de chaleur », complète-t-il.

À ce stade, on estime encore mal les conséquences à moyen terme de ces épisodes répétés et rapprochés sur les animaux. « Lors d’une deuxième vague de chaleur, les animaux font normalement appel à une ‘mémoire’ physiologique qui peut se traduire par une relative acclimatation à la chaleur. Dans le cas des vagues de chaleur de mai et juin 2026, elles ont été si rapprochées que l’on ne peut pas exclure, au contraire, des phénomènes d’épuisement », explique-t-il.

Si les bovins ont été moins touchés par la surmortalité immédiate que les volailles pendant ces deux premières vagues de chaleur, ils subissent tout autant les températures élevées, alerte David Renaudeau. Certains effets prolongés, tels qu’une surmortalité, des problèmes de reproduction ou une baisse temporaire du niveau de production, devront être évalués dans les prochains mois. « Il subsiste beaucoup d’incertitudes sur l’acclimatation des animaux », conclut le scientifique.

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Mêmes doutes chez les cultivateurs de fruits, légumes et céréales, qui voient souffrir des variétés de végétaux habituellement résistantes aux fortes températures ou au manque d’eau. « On attend une forte baisse des rendements de concombres, melons ou courgettes, dont les fleurs ont grillé en mai et juin », explique Romain Blanchard, secrétaire général adjoint de la FNSEA et agriculteur dans les Bouches-du-Rhône. Les fruits, eux, cuisent sur pied.

La vigne, d’ordinaire résiliente, montre elle aussi des signes de faiblesse. Le viticulteur et cultivateur de céréales décrit « des feuilles moins vertes, qui s’enroulent au bout » et craint des retards de croissance et des répercussions sur la qualité du vin. Mais les pertes sont encore difficiles à estimer, à plus d’un mois et demi des vendanges.

Dans le Sud-Est, plusieurs enseignements ont été tirés des canicules de 2019 et de 2021. Techniques d’ombrage, serres blanchies et ouvertes, stockage de l’eau, les agriculteurs avancent pas à pas pour s’adapter. « On apprend en marchant », résume Romain Blanchard.

Les exploitants et salariés agricoles sont aussi contraints de modifier leurs habitudes et horaires de travail. Plusieurs préfectures ont ainsi interdit les moissons entre 14 h et 19 h pour limiter les risques de départ de feu. « Ça complique forcément le travail », confie François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale et agriculteur dans l’Allier. « Faire travailler des salariés à 5 h du matin ou le soir jusqu’à 1 h représente une logistique et des coûts supplémentaires », décrit-il.

Améliorer la résilience

Face à ces bouleversements, les agriculteurs s’accordent sur le besoin d’investir dans la recherche pour adapter les pratiques, mais aussi développer des variétés de végétaux plus résistantes à la chaleur et au manque d’eau.

La situation s’avère spécifiquement préoccupante pour les cultures dites « de printemps », plantées en avril et mai, dont la fécondation des grains est directement entravée par la sécheresse. Parmi elles : le tournesol, le sorgho, ou encore le maïs, particulièrement gourmand en eau.

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« Aujourd’hui on gère la crise au quotidien, mais il faudra se mettre autour de la table pour réfléchir à des solutions pour les mois et les années à venir », assure François Walraet de la Coordination rurale, qui rêve de nouvelles variétés de maïs plus résilientes. « Nous sommes prêts à relever le défi de l’adaptation », assure quant à lui Romain Blanchard de la FNSEA, qui prône de son côté le stockage de l’eau.

Pour Iñaki Garcia de Cortazar Atauri, directeur de l’unité AgroClim à l’Inrae, ces adaptations ne seront pas possibles sans efforts pour rendre les systèmes plus robustes et durables. « Il sera bientôt très compliqué de rester dans des systèmes de rendements maximum. Il faut, par exemple, changer les pratiques pour améliorer la capacité des sols à stocker l’eau », développe-t-il.

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canicule et agriculture

Image de couverture : canicule et agriculture © France 24

L’agriculture intensive, qui sollicite à outrance la terre, contribue à son appauvrissement, la rendant plus sensible à la sécheresse et moins résiliente. Pour dépasser ce modèle, plusieurs solutions sont ainsi expérimentées depuis quelques années, comme l’agroforesterie – qui consiste à associer sur une même parcelle des arbres à une culture ou à de l’élevage –, mais aussi les ombrages ou la rotation des cultures, en intégrant de nouvelles cultures et des couverts végétaux qui vont aider à maintenir la structure du sol.

Efficace, cette diversification des cultures est parfois longue à mettre en place et demande surtout de changer en profondeur certains modèles agricoles. « On sort d’un système très spécialisé. Pour certaines régions, introduire de nouvelles cultures risque de mettre en tension certaines filières historiques », reconnaît le scientifique.

Pour l’élevage, l’adaptation à moyen terme semble plus facile. « Le bâtiment est au cœur des enjeux. Il y a vingt ans, les bâtiments d’élevage étaient construits pour protéger les animaux des rigueurs de l’hiver, aujourd’hui ils doivent aussi pouvoir les protéger du chaud », avance David Renaudeau de l’Inrae.

Mais là encore, selon le chercheur, il sera difficile de se passer d’une réflexion de fond sur de nouvelles conduites d’élevage et sur la sélection d’espèces adaptées à l’évolution du climat, voire même sur une reconception complète de certains systèmes de production.


Source:

www.france24.com

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