L’Algérie est l’une des grandes puissances gazières de la planète. Pouvez-vous rappeler les caractéristiques de ce statut particulier et la place que cela lui donne sur la scène énergétique mondiale ?
Francis Perrin : L’Algérie est un pays à la fois pétrolier et gazier, mais c’est surtout un acteur important dans le domaine du gaz naturel : en 2024, elle est le dixième producteur de la planète avec 103 milliards de mètres cubes. Certes, ce n’est pas un « géant », sa part dans la production mondiale ne s’élevant qu’à 2 %, contre 24 % pour les États-Unis, en haut du classement. Toutefois, elle occupe une place non négligeable. C’est encore plus vrai pour les exportations : toujours en 2024, l’Algérie est le huitième exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) et le sixième par gazoduc.
Elle est donc, indiscutablement, un pays gazier majeur, mais ses exportations sont concentrées sur le marché européen, ce qui est logique en raison de la proximité géographique. Depuis longtemps, elle est un grand fournisseur de l’Europe, en particulier de l’Union européenne (UE). À travers la Sonatrach, la compagnie nationale algérienne, elle dispose d’une expérience de plusieurs décennies sur ce marché auquel elle est reliée par deux gazoducs en fonctionnement : le TRANSMED et le MedGaz. Le premier permet à la Sonatrach d’exporter le gaz naturel vers l’Italie en traversant la Tunisie et la Méditerranée. Le second lui ouvre le marché espagnol via Almería. Il existe un troisième gazoduc, le Maghreb-Europe (GME), mais il est à l’arrêt depuis le 1er novembre 2021, quand, la veille, Alger a décidé de ne pas reconduire le contrat d’exploitation. La Sonatrach s’appuie aussi sur ses usines de GNL situées à Arzew et à Skikda, sur la côte. Cette diversité d’infrastructures gazières tournées vers l’exportation constitue un atout majeur. Si l’Algérie est surtout un fournisseur de l’Europe méditerranéenne (Italie, Espagne, France, Turquie, Grèce), elle a également réalisé des percées en direction de pays d’Europe centrale et orientale, ainsi que de l’Allemagne.
L’un des grands défis de l’Algérie est de faire face à l’augmentation de la consommation interne et de rester en même temps un exportateur important. Tout producteur d’énergie cherche d’abord à répondre aux besoins de sa population, de son industrie et de son économie avant d’exporter. L’Algérie conjugue les deux depuis longtemps, mais cela pourrait devenir plus difficile, voire impossible, selon certaines projections de la demande gazière interne à moyen et à long terme. La Sonatrach s’efforce de maintenir la capacité d’extraction du plus grand champ gazier algérien, Hassi R’mel. L’ajout d’unités de compression doit permettre de stabiliser la production de ce gisement à 188 millions de mètres cubes par jour. Le développement et l’exploitation d’autres sites figurent également parmi les priorités, de même que l’intensification de l’exploration, menée à la fois par la Sonatrach et par les compagnies étrangères associées à ses projets, afin de favoriser de nouvelles découvertes. Pour le gaz naturel comme pour le pétrole, tout commence par l’exploration, ce qui suppose de rester suffisamment attractif pour les investisseurs étrangers. C’est aussi une priorité pour les responsables algériens.
Ce panorama ne serait pas complet sans évoquer le gaz de schiste. Selon l’U.S. Energy Information Administration, l’Algérie disposerait des troisièmes réserves mondiales, derrière la Chine et l’Argentine, mais devant les États-Unis. Il faut toutefois considérer ce classement avec prudence, car il repose sur des études menées dans environ 45 pays, sans travaux d’exploration, et il concerne des ressources techniquement récupérables, ce qui signifie que ce n’est pas forcément économiquement viable. Il ne fait guère de doute, néanmoins, que l’Algérie dispose d’un fort potentiel dans ce domaine. Plusieurs compagnies étrangères ont manifesté leur intérêt pour la recherche de ces ressources, dont les deux géants américains ExxonMobil et Chevron. Au printemps 2024, ils ont signé séparément avec la Sonatrach des protocoles d’accord portant sur des zones susceptibles d’être riches en gaz non conventionnel. Mais, à ce jour, cela n’a débouché sur aucun contrat.
Source:
www.areion24.news




