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Face aux géants américains, ce pionnier de la French Tech crée une IA souveraine qui séduit déjà la police et la gendarmerie

Après dix années consacrées à bâtir la licorne Payfit, l’une des plus belles réussites de la French Tech, l’entrepreneur, Florian Fournier, 35 ans a décidé de se lancer dans nouveau combat : celui de la souveraineté technologique européenne. Début 2025, il crée Orasio avec deux associés de longue date, Arnaud Delaunay et Fabio Gennari, après une année passée à rencontrer des centaines d’acteurs de la sécurité intérieure, du renseignement et de la défense.

« J’avais envie de repartir de zéro, mais surtout de travailler sur des problématiques ayant un impact direct sur la société », explique-t-il. D’un côté, l’intelligence artificielle appliquée à la vidéo s’impose comme un outil incontournable pour la sécurité publique et militaire. De l’autre, les technologies dominantes sont aujourd’hui chinoises, américaines ou israéliennes. « Cela crée un risque majeur de souveraineté pour l’Europe », estime le dirigeant.

Orasio utilise l’intelligence artificielle pour analyser automatiquement des flux vidéo en temps réel ou après les faits. Là où un opérateur humain peine à surveiller simultanément plusieurs dizaines d’écrans, les algorithmes d’Orasio peuvent détecter instantanément un départ de feu, une intrusion, une bagarre, la présence d’un drone ou d’un individu armé.

Plutôt que d’installer de nouvelles caméras, la start-up vient se brancher sur les infrastructures existantes. Une approche qui répond à une réalité bien connue des professionnels de la sécurité. « Aujourd’hui, il y a énormément de caméras installées, mais très peu de flux sont réellement regardés », souligne Florian Fournier. Selon des études du ministère de l’Intérieur, un opérateur humain ne détecterait plus que 5 % des événements après vingt-deux minutes de surveillance continue.

Cette technologie trouve déjà des applications concrètes. Début juin, Orasio a annoncé le déploiement de sa solution auprès des enquêteurs de la police nationale et de la gendarmerie françaises. L’objectif : permettre aux enquêteurs d’analyser en quelques secondes des centaines d’heures d’images collectées dans le cadre d’une enquête judiciaire. Une plaque d’immatriculation, un véhicule utilitaire précis ou encore un suspect portant des vêtements particuliers peuvent ainsi être retrouvés quasi instantanément.

Pour contrer l’hégémonie américaine dans la cyber, voici comment la France peut dépasser ses complexes

Contrairement aux grands modèles d’IA accessibles via le cloud, Orasio traite la data localement. Les données vidéo ne quittent jamais les infrastructures des clients. L’entreprise déploie directement ses propres serveurs dans les centres de données des administrations, des infrastructures critiques ou des forces armées. Cette architecture dite « on premise » répond aux exigences des clients les plus sensibles. Certaines installations fonctionnent même en mode « air gap », totalement déconnectées d’Internet. « Pour nos utilisateurs, il est hors de question que des flux vidéo sensibles transitent vers des serveurs externes », explique le dirigeant.

Orasio ne développe pas ses propres modèles fondamentaux d’intelligence artificielle, mais s’appuie sur des modèles open source existants qu’elle combine, adapte et « distille » afin de les rendre suffisamment légers pour fonctionner en temps réel sur des infrastructures locales limitées en puissance de calcul. Cette approche a séduit plusieurs investisseurs prestigieux, dont le chercheur franco-américain Yann LeCun, qui a investi personnellement dans la société après avoir examiné sa feuille de route technologique.

Reste une question sensible : jusqu’où peut aller la surveillance algorithmique ? Florian Fournier affirme avoir fait de cette problématique un principe fondateur. L’entreprise refuse déjà certains contrats, y compris européens, lorsqu’elle estime qu’il existe un risque d’atteinte aux libertés publiques ou de détournement politique des technologies.

Orasio s’est également doté d’un comité éthique réunissant d’anciens responsables d’Interpol, d’Europol et des services de sécurité européens, chargés de valider chaque déploiement. La reconnaissance faciale illustre cette ligne de crête. La technologie existe chez Orasio, mais n’est pas utilisée sur le territoire français, où elle demeure très encadrée. Elle est réservée à certains usages militaires extérieurs ou à des cadres juridiques spécifiques, comme en Ukraine ou au Danemark. À peine un an après sa création, Orasio équipe déjà des services d’enquête, des infrastructures critiques et certaines unités militaires européennes. Pour Florian Fournier, l’objectif dépasse la réussite entrepreneuriale : il s’agit de démontrer qu’une alternative européenne crédible peut émerger dans l’un des secteurs technologiques les plus stratégiques du XXIe siècle.


Source:

www.challenges.fr

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