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Guerre au Moyen-Orient : un accord qui vaut des milliards de dollars pour Téhéran

Ce sont 14 points qui tiennent sur une feuille A4 recto-verso. Depuis dimanche 14 juin, Washington reste très discret sur le contenu du protocole d’accord avec l’Iran. Mais plusieurs médias, dont les chaînes américaine Bloomberg et saoudienne Al Arabiya, ont publié mardi 16 juin ce qu’ils affirment être le brouillon de ce document censé ouvrir la porte à des négociations pour une paix plus durable au Moyen-Orient.

Depuis lors, l’administration américaine s’efforce de « minimiser la portée de ce document » tout en promettant de publier au plus vite le texte final complet qui doit être signé vendredi 19 juin à Genève, souligne CNN, qui a joint plusieurs « responsables » ayant participé aux négociations.

« Clairement en faveur de l’Iran »

Il faut dire que la version qui a fuité mardi a été accueillie avec étonnement et même sarcasme par les médias et les observateurs. « C’est extrêmement généreux pour l’Iran », a reconnu un officiel de l’administration américaine interrogé par le Wall Street Journal. Sur X, certains internautes se montrent moqueurs tout en dénigrant « l’art de la négociation » de Donald Trump, affirmant par exemple que le Groenland a changé d’avis et « demande maintenant aux États-Unis de l’envahir dans l’espoir d’obtenir un accord similaire à celui que l’Iran a décroché ».

Le consensus qui semble se dégager est que « les termes de l’accord tels qu’ils sont présentés dans les médias sont clairement très en faveur de l’Iran », résume Hans-Jakob Schindler, un ancien diplomate allemand en poste à Téhéran et directeur du Counter Extremism Project, une ONG de lutte contre les mouvements extrémistes.

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Les États-Unis semblent avoir ouvert grand les cordons de la bourse pour convaincre l’Iran. « Dès la signature définitive de cet accord, les Iraniens devraient pouvoir disposer de 24 milliards de dollars d’actifs jusqu’à présent gelés en vertu des sanctions internationales qui pèsent sur l’Iran, et les États-Unis s’engagent à lever le blocus empêchant les navires iraniens d’exporter le pétrole », souligne Christian Emery, spécialiste des relations internationales et du programme nucléaire iranien à l’University College de Londres.

En fait, « cet accord peut se résumer à une transaction très simple : l’Iran va recevoir des milliards de dollars en échange de la réouverture du détroit d’Ormuz », a déploré pour sa part Chris Murphy, sénateur démocrate du Connecticut.

Le protocole d’accord va même encore plus loin qu’une simple réouverture du détroit pour les pétroliers iraniens. « Le document parle de dérogations » pour l’exportation du précieux hydrocarbure en attendant la fin des négociations « sans faire uniquement référence aux dérogations antérieures, donc les possibilités d’exportations iraniennes s’annoncent beaucoup moins limitées », note Hans-Jakob Schindler.

Un texte vague sur le nucléaire

En contrepartie, l’Iran « s’engage à très peu de choses », constate Tim Epkenhans, spécialiste de l’Iran et du monde musulman à l’université de Fribourg-en-Brisgau. Téhéran doit certes assurer la circulation pour tous en toute sécurité dans le détroit d’Ormuz, mais « la question des ‘frais de service’ [droits de passage, NDLR] que l’Iran veut imposer n’est, par exemple, pas abordée », précise l’expert.

Quant à l’épineux dossier du nucléaire, « Téhéran doit déclarer qu’il ne cherche pas à acquérir l’arme nucléaire, ce qui n’est pas un problème pour des autorités iraniennes qui ne disent pas autre chose depuis plus de 20 ans déjà », souligne Hans-Jakob Schindler. Pour les détails, « comme le matériel nucléaire [les infrastructures et les équipements], le processus d’enrichissement ou la localisation des stocks, ce texte reste très vague », précise Tim Epkenhans.

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Image de couverture : « Mardi politique » avec Bruno Fuchs. © France 24

Surtout, « ce qui est remarquable, ce sont tous les sujets qui ne sont pas abordés, comme le programme de missiles balistiques iraniens ou le soutien aux groupes pro-iraniens de la région [comme le Hezbollah au Liban ou le Hamas à Gaza, NDLR] », note Christian Emery.

Autant de points d’achoppement qui pourront être abordés lors de la phase de négociations pour un accord plus global et pérenne qui doit débuter après la signature du protocole ? C’est en réalité l’autre source potentielle de gains substantiels pour les autorités iraniennes. Le document dévoilé par Al Arabiya et Bloomberg « prévoit une énorme carotte américaine en échange de potentielles concessions iraniennes à venir », assure Hans-Jakob Schindler.

Donald Trump « prêt à presque tout »

Parmi les 14 points de la feuille de route des négociations, les États-Unis ont prévu l’établissement d’un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l’Iran – alimenté par des investissements d’autres pays du Golfe –, la levée à terme de toutes les sanctions qui pèsent sur l’Iran et le retour de tous les actifs gelés.

Débloquer cette manne dépendrait de la bonne volonté iranienne. Mais pour les experts interrogés, « cette ‘carotte’ est démesurée par rapport aux concessions que l’Iran semble prêt à faire ». « Le problème est qu’il n’y a absolument rien dans le protocole d’accord sur d’autres points que le programme nucléaire, et il va être difficile pour les États-Unis d’amener l’Iran à faire d’autres concessions si les négociateurs iraniens n’ont même pas voulu inscrire ces sujets au menu des futures négociations », avertit Hans-Jakob Schindler.

Le détail de ce protocole d’accord – s’il est confirmé – prouve « à quel point Donald Trump est prêt à presque tout pour tourner la page de cette guerre », estime Christian Emery.

« C’est un accord que le président américain va avoir beaucoup de mal à présenter comme une victoire aux États-Unis », estime Tim Epkenhans. Surtout, nul doute pour les experts interrogés par France 24 que ces 14 points vont être comparés à l’accord conclu avec l’Iran en 2015 par Barack Obama, le Némésis politique de Donald Trump. Et le parallèle n’est pas flatteur pour l’actuel locataire de la Maison Blanche : « Cet accord est bien plus faible et problématique que ce qui avait été conclu à l’époque », confirme Tim Epkenhans.

Mais si les autorités iraniennes peuvent apparaître comme les gagnantes de cet accord, il n’en va pas de même pour… le peuple iranien. Tim Epkenhans conclut : « Ce protocole d’entente rappelle que ce sont bien les Iraniens qui sont les véritables perdants dans cette histoire, car non seulement les négociations ne portent pas sur un changement de régime ou sur des promesses démocratiques qui avaient pu être faites par Donald Trump au début de la guerre, mais tout cet argent qui va être débloqué ira principalement à l’élite du pouvoir et à leurs réseaux. »


Source:

www.france24.com

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