Analyses & EnquêtesOpinionJean Pisani-Ferry : « Les Etats-Unis ont durablement perdu leur magistère moral »

Jean Pisani-Ferry : « Les Etats-Unis ont durablement perdu leur magistère moral »

Pour Adam Posen, le président du think tank indépendant Peterson Institute for International Economics, à Washington, les Etats-Unis, qui avaient depuis 1944 garanti la stabilité du système mondial, ont, avec Donald Trump, troqué le rôle d’assureur global contre celui de prédateur global.

Aussi brutale qu’elle soit, cette caractérisation est juste : l’équilibre entre privilège exorbitant et devoirs exorbitants, qui caractérisait le rôle international des Etats-Unis, est manifestement rompu. Qui plus est, l’administration Trump ignore à l’évidence la notion de conflit d’intérêts, et ne voit dans le trafic d’influence, les prébendes et les délits d’initié que des moyens d’assurer une juste rétribution de la performance des gouvernants.

Fin avril, au Forum économique de Delphes, en Grèce, les participants américains – en majorité des démocrates – tentaient de rassurer : ces pratiques n’auront qu’un temps, disaient-ils. Probablement à raison : la justice finira par mettre un terme aux excès les plus flagrants. Mais ils ajoutaient, à tort, que les Etats-Unis reprendraient bientôt le rôle prééminent qui était le leur au sein du système économique et financier international.

Rupture plutôt que transition

Croire qu’il en sera ainsi est une illusion coupable. Les Etats-Unis ont durablement perdu leur magistère moral. En matière de gouvernance, ils pouvaient hier faire la leçon aux autres, parce qu’ils donnaient l’exemple d’une démocratie où le pouvoir de l’exécutif est équilibré par le contre-pouvoir du Congrès, et parce que l’indépendance des agences fédérales était respectée (à commencer par celle de la Réserve fédérale [la banque centrale]. Ces normes, souvent tacites, ne faisaient l’objet d’aucun traité international. Mais parce qu’elles indiquaient une direction à suivre, elles jouaient un rôle essentiel et magnifiaient l’influence de l’administration en place.

Quand bien même le successeur de Donald Trump voudrait que son pays reprenne sa place au sein du système international, il ferait face à deux obstacles, l’un externe et l’autre interne. L’obstacle externe est que le reste du monde a perdu confiance en l’Amérique. En retirant les Etats-Unis de soixante-six organisations multilatérales et en démantelant l’agence fédérale chargée du financement du développement, Donald Trump a mis fin à l’héritage de Truman et de Kennedy.

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Source:

www.lemonde.fr

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