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La fermeture de la galerie Air de Paris signe-t-elle la fin d’une ère ?

À peine étions-nous rentrés de la semaine d’ouverture de la Biennale de Venise qu’une mauvaise nouvelle tombait sur nos portables : après 36 ans d’activité, la galerie Air de Paris met la clé sous la porte. Certes, bien d’autres galeries ont fermé récemment en France. Mais celle-ci était une sorte d’institution, dont l’histoire recoupe celle de l’art des trois dernières décennies en France. Air de Paris avait une réelle personnalité.

Tout d’abord en raison de celle de ses deux fondateurs, Florence Bonnefous et Edouard Merino, sur lesquels on pourrait écrire un livre entier ; mais aussi de la poésie joyeuse d’un mode de fonctionnement qui ferait frémir dans les écoles de marketing. Le duo s’était formé à la toute fin des années 1980, sur les bancs de l’école du Magasin de Grenoble – le premier programme français de formation des curateurs. Ils décidèrent d’ouvrir leur galerie dans une ruelle de Nice, autour d’un premier noyau d’artistes français : Philippe Parreno, Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Joseph, Philippe Perrin…

Une « anti-galerie »

Ils se préoccupaient moins de vendre que de montrer, ne recrutaient pas les artistes pour leur « potentiel commercial » mais pour leur proximité avec leurs propres convictions.

Le lieu fut dûment béni par le prêtre de l’église voisine, Sainte-Rita, dédiée à la patronne des causes désespérées. Et les photos de groupe officielles furent signées Helmut Newton, venu lui aussi en voisin. Lors de l’été 1990, une première exposition légendaire marqua les débuts de cette « anti-galerie », « Les ateliers du paradise » : les trois artistes (Parreno, Joseph et Perrin) y vécurent jour et nuit, invitant les gens les plus divers et produisant leurs œuvres sur place, suivant le scénario improvisé d’un « film sans caméra ».

Puis la boutique déménagea à Paris, dans le Marais, avant de participer à l’aventure collective de la rue Louise Weiss, dans le 13e arrondissement, puis de s’exiler à Romainville en 2019. Mais ce dernier mouvement tourna court, et la communauté (« Komunuma », en espéranto) n’atteindra jamais l’intensité espérée.

Air de Paris fait partie de cette génération de galeries créées pendant la crise du marché de l’art, entre 1989 et 2005, alors qu’aucune œuvre ne se vendait. Peu importe, ils étaient passionnés et eurent tout loisir d’expérimenter. Ils se préoccupaient moins de vendre que de montrer, ne recrutaient pas les artistes pour leur « potentiel commercial » mais pour leur proximité avec leurs propres convictions.

Des artistes très différents mais tous intensément singuliers : Paul McCarthy, Carsten Höller, Sarah Morris, Joseph Grigely, Shimabuku, Liam Gillick, Lily Van der Stokker, Claire Fontaine, Elaine Sturtevant, Trisha Donnelly ou, plus récemment, Gaëlle Choisne. Florence Bonnefous a annoncé que la galerie s’arrêtait « parce qu’[ils étaient] fatigués, qu’[ils n’avaient] plus d’argent et parce qu’[ils étaient] malades ». En ajoutant : « Et le monde de l’art est malade, lui aussi. » Tout cela en revenant de Venise.

Un manque de singularité

Parlons-en, de Venise. En 1986, la biennale avait fait sensation avec la présence dans l’exposition principale, pour la première fois, de huit artistes non occidentaux ! En 2026, c’est le nombre d’artistes européens dans la liste de la commissaire Koyo Kouoh, brutalement décédée une semaine avant la conférence de presse.

Une liste qui, pour la première fois là aussi, ne comporte aucun Italien : le signe que la Biennale de Venise est devenue une zone duty free, hors sol. Or la curatrice n’a eu le temps de ne concevoir qu’une esquisse d’exposition avant de laisser la place à son équipe. Le fait majeur de cette édition restera donc la disparition prématurée de son autrice, ce qui rappelle, à toutes fins utiles, que le commissariat ne se limite pas à un choix d’artistes ni à une déclaration écrite.

Car si l’équipe formée par Koyo Kouoh fit ce qu’elle put à partir des indications que la curatrice avait laissées, l’exposition frappe par son inachèvement, aggravé par une mise en espace approximative et confuse, qui génère une impression de monotonie absolue. Après « l’abstraction zombie » des années 2010 vient le temps du vernaculaire zombie, avec ses kilomètres de textile, broderies et céramiques, transformant ainsi en une norme étouffante ce qui fut, pour un temps, une arme contre la standardisation moderniste. Dans ce monde de l’art « malade », nous voilà bien loin de l’exigence de singularité qui animait Air de Paris.


À lire aussi :
« Le problème de la Biennale de Venise provient du fait que le monde de l’art est devenu l’espace au sein duquel la politique acquiert sa valeur d’exposition »


Source:

www.beauxarts.com

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