La pêche

Au XIXe siècle, Alexandre Dumas décrivait la pêche comme « agréable à la vue, au toucher, à l’odorat et au goût ». Et Émile Zola évoquait, dans Le Ventre de Paris « les pêches surtout, les Montreuil rougissantes, de peau fine et claire comme des filles du Nord, et les pêches du Midi, jaunes et brûlées, ayant le hâle des filles de Provence ».

Le nom scientifique de la pêche est Prunus persica, mais elle n’est pas originaire de Perse. La pêche est apparue en Chine, dans les montagnes de l’ouest du pays. Le fruit sauvage des origines avait la taille d’une noix, elle était peu juteuse et peu sucrée… Les premières cultures de pêchers auraient été initiées en Chine il y a 7000 ans. La pêche est le fruit qui est le plus célébré par les Chinois dans leurs mythes et dans les arts. Le pêcher symbolise la longévité, et même l’immortalité chez les taoïstes… ce qui est pour le moins curieux pour un arbre dont la durée de vie est inférieure à 15 ans ! Le pêcher est aussi le symbole du printemps et du mariage : ses fleurs sont associées à l’amour. Il est porteur de chance : en Chine toujours, on plantait des pêchers devant les maisons pour éloigner les esprits mauvais.

La Perse e a toutefois constitué une étape importante lors du long périple que le pêcher a accompli vers l’ouest en suivant les routes de la soie. Les commerçants qui sillonnaient ces pistes abandonnaient dans les caravansérails – les villes étapes – les noyaux des pêches qu’ils avaient dégustées. Comme le pêcher se reproduit facilement par simple semis, cela a contribué à le diffuser jusqu’en Occident. On rencontre le pêcher au VIIe siècle avant notre ère sur l’île de Samos, en Grèce. Et il parvient à Rome peu avant le début de l’ère chrétienne.

En France, on a retrouvé du côté de la ville de Saintes des vestiges de noyaux datant de l’époque gallo-romaine. Puis le pêcher est mentionné dans les environs de Paris au VIIIe siècle. Cependant, tout au long du Moyen Âge, la pêche est regardée avec méfiance : certains la soupçonnent d’être toxique.

Elle prend vraiment son essor à partir de la Renaissance. Les variétés ont pour nom « belle de Chevreuse », « belle de Vitry » ou encore « téton de Vénus » ou « grosse mignonne ».

A cette époque, elles sont consommées crues, souvent trempées dans le vin, et sont mangées au début du repas comme presque tous les autres fruits frais à cette époque. Elles sont aussi transformées en compotes, confitures ou pâtes de fruits. A Versailles, dans le Potager du roi, Jean-Baptiste de la Quintinie – le jardinier en chef de Louis XIV – cultive des pêchers adossés aux murs du jardin. Leurs fruits sont proposés à la table du roi qui en raffole : en saison, on lui en sert à chaque repas, disposés artistiquement pour former de belles et grandes pyramides.

Leur succès ne va pas se démentir dans les siècles suivants, au contraire ! Au XIXe siècle, le gastronome Grimod de la Reynière affirme que « les pêches sont le fruit le plus beau et le plus distingué que produise notre climat ». Il ajoute : « celles de Montreuil l’emportent sur toutes les autres ». Alexandre Dumas confirme : « les meilleures pêches se trouvent aux environs de Paris. Montreuil surtout est justement renommé pour la beauté, la quantité prodigieuse et la bonté de ses pêches. »

Depuis deux siècles, la pêche de Montreuil est une véritable célébrité. A son apogée, dans la seconde partie du XIXe siècle, cette ville et les communes limitrophes comptaient au total 600 km de murs à pêches ! Les arbres sont protégés des intempéries. Surtout, ils bénéficient de la chaleur du soleil qui est emmagasinée puis restituée par les murs qui sont enduits de plâtre. Cela permet de gagner entre 8 et 12 degrés de température ! Comme c’était déjà le cas dans le Potager du Roi, les pêchers poussent en espalier : les branches sont attachées au mur à l’aide de morceaux de tissu cloués dans le crépi. Mais l’arrivée du chemin de fer va inonder les marchés parisiens avec des pêches du Midi bien moins chères et la pêche de Montreuil va quasiment disparaître.

Les brugnons et nectarines sont des pêches, ce sont juste des variants présentant une peau lisse ! Ces deux fruits appartiennent à la même espèce botanique que la pêche. Ce sont des mutations apparues spontanément qui ont donné naissance aux nectarines – qui ont un noyau libre, non adhérent à la chair – – et aux brugnons qui, eux, présentent un noyau adhérent. Parmi les autres variétés, nous trouvons les pêches plates et les pêches de vigne à la chair rouge foncé. Autrefois, elles étaient plantées dans les vignes car elles étaient plus sensibles que les ceps à certaines maladies. Ce qui alertait les vignerons de la nécessité de traiter rapidement leurs parcelles pour éviter la propagation de la maladie.


Source:

www.radiofrance.fr

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