Un rapport de Reporters sans frontières, publié le 8 juillet, montre comment la menace sur la sécurité nationale d’un État est souvent invoquée pour poursuivre, voire pour emprisonner des journalistes.
Selon RSF, c’est même une « arme contre le journalisme ». Alors qu’on l’appelle « menace contre la sécurité nationale », « apologie du terrorisme », ou lutte contre « l’espionnage », il s’agit toujours d’incriminer un journaliste, de le poursuivre et parfois de le jeter en prison comme Jimmy Lai à Hong Kong, voire de le condamner à mort comme Turki-Al-Jasser en Arabie saoudite. C’est dans les pays totalitaires qu’on trouve le plus de poursuites et d’arrestations arbitraires. On pense à la Chine où Zhang Zhan a déjà purgé une peine de quatre ans d’emprisonnement pour être allée à Wuhan documenter la crise du Covid. Elle se trouve encore derrière les barreaux dans un pays considéré comme la plus grande prison au monde de journalistes. Mais il faut également citer la Russie, où un site indépendant sur la Crimée vient d’être mis sur les listes des agents de l’étranger, ou l’Iran où plus d’une centaine de journalistes ont déjà été arrêtés.
Les pays totalitaires ne sont pas les seuls à invoquer l’intérêt national
C’est en effet le cas dans des pays en guerre comme Israël, où on ne compte plus les journalistes palestiniens en détention après avoir été arrêtés à Gaza et en Cisjordanie. On y constate aussi une restriction de l’accès à l’information. Mais les prétextes peuvent être des sujets sur la corruption ou des groupes armés en Amérique latine, la santé publique en Tanzanie ou l’environnement en Inde. Au Niger, c’est la publication d’un document « susceptible de troubler l’ordre public » qui vaut à six journalistes d’être poursuivis, dont trois sont emprisonnés. En Algérie, c’est le journaliste français Christophe Gleizes qui a déjà purgé un an de détention après avoir été condamné à sept ans d’emprisonnement.
Les démocraties occidentales sont également évoquées par RSF
En effet, notamment les États-Unis qui poursuivent Julian Assange pour espionnage et dont deux journalistes du Wall Street Journal et du Washington Post sont appelés à comparaître pour des fuites touchant à la sécurité nationale. Au Royaume-Uni, de nouvelles sanctions visent depuis 2023 les journalistes qui collaborent avec des lanceurs d’alerte. Quant à la France, elle est aussi mentionnée pour Ariane Lavrilleux, cette enquêtrice de Disclose dont la cour d’appel vient d’annuler le non-lieu, ouvrant la voie à une nouvelle instruction alors qu’elle avait réussi à faire valoir que ses révélations sur une opération militaire secrète de la France en Égypte étaient d’intérêt public. Elle défend le secret des sources face au secret défense. C’est finalement toujours au nom de la sécurité nationale qu’on en vient à en criminaliser l’information.
Source:
www.rfi.fr



