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« Le monde est très, très beau si l’on prend le temps de le regarder » : David Hockney ou la disparition d’un peintre amoureux de la vie

On le croyait immortel. Peut-être parce qu’il avait toujours l’air d’un jeune homme. Avec ses grosses lunettes rondes aux montures colorées, ses gilets vert tendre, bleu vif ou rose bonbon, ses cardigans rayés, ses casquettes de gentleman anglais et ses éternelles cigarettes, David Hockney semblait défier le temps avec la même insolence joyeuse que ses tableaux. À 88 ans, malgré une audition déclinante et quelques apparitions en fauteuil roulant, il conservait cette étincelle dans le regard, ce sourire malicieux et cette curiosité intacte de l’artiste en perpétuelle réinvention, celui qui refusait qu’on « annule le printemps ».

Pourtant, le peintre britannique est mort ce jeudi 11 juin à Londres. L’un des artistes les plus populaires, les plus aimés et les plus influents de notre époque, qui aura traversé plus de six décennies de création sans jamais céder aux modes, ni renoncer à son plaisir de peindre et d’expérimenter.

La révélation de la Californie

Né le 9 juillet 1937 à Bradford, dans le Yorkshire, au sein d’une famille modeste de cinq enfants, David Hockney appartient à cette génération d’artistes britanniques qui émerge dans les années 1960. Après des études au Royal College of Art de Londres, il se fait rapidement remarquer par ses peintures mêlant figuration, humour, culture populaire et références autobiographiques. À une époque où l’abstraction domine encore largement, il choisit de raconter sa propre vie, ses amours, ses désirs, son quotidien. Ouvertement homosexuel à une époque où cela demeure risqué, il introduit dans son œuvre des sujets alors rarement représentés avec une telle liberté.

L’artiste vivant le plus cher du monde aux enchères

Mais c’est la Californie qui va le rendre célèbre. Fasciné par la lumière de Los Angeles, où il s’installe à partir de 1964, il découvre un univers radicalement opposé à la grisaille du nord de l’Angleterre. Les villas modernistes, les palmiers, le ciel bleu et surtout les piscines deviennent ses motifs de prédilection. Avec leurs surfaces d’eau turquoise limpides traversées d’ondulations festives, leurs pelouses vert vif arrosées de jets triomphants et géométriques, ses tableaux aux couleurs vibrantes capturent l’esprit d’une époque tout en renouvelant profondément la peinture figurative.

David Hockney, Portrait of an Artist (Pool with Two Figures)

David Hockney, Portrait of an Artist (Pool with Two Figures), 1972

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Acylique sur toile • 213,4 × 304,8 cm • © David Hockney / Photo Jonathan Wilkinson

Des œuvres comme A Bigger Splash (1967) ou Portrait of an Artist (Pool with Two Figures) (1972) comptent aujourd’hui parmi les images les plus emblématiques de l’art du XXe siècle. Lorsque ce dernier tableau est adjugé 90,3 millions de dollars chez Christie’s en 2018, Hockney devient alors l’artiste vivant le plus cher du monde aux enchères.


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La vie et l’œuvre de David Hockney en bref

En questionnement permanent

Comment représenter le réel ? Toute son œuvre est une tentative de répondre à cette question.

Pourtant, ces piscines iconiques ne sont qu’un point de départ auquel la production du peintre ne se résumera jamais. Derrière leur apparente simplicité se cache une interrogation qui traversera toute sa carrière : comment représenter le réel ? Comment traduire la profondeur, le mouvement, le temps qui passe ? Toute son œuvre est une tentative de répondre à cette question.

Dans les années 1980, il déconstruit la perspective traditionnelle avec ses célèbres assemblages photographiques, les « Joiners », composés de dizaines, parfois de centaines de clichés. Plus tard, il explore la scénographie d’opéra, la gravure, le dessin, la photographie, les photocopieurs couleurs puis les outils numériques, toujours avec le même enthousiasme.

David Hockney peignant « Woldgate Woods III »

David Hockney peignant « Woldgate Woods III », 20 et 21 mai 2006

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© David Hockney / Photo Jean-Pierre Gonçalves de Lima

Cette curiosité insatiable l’empêche de se figer dans le statut de monument vivant. Tandis que d’autres artistes de sa génération regardent avec méfiance les nouvelles technologies, lui adopte l’iPhone puis l’iPad (qu’il est l’un des premiers à utiliser dès sa sortie en 2010) avec la gourmandise d’un débutant. Il dessine des bouquets, des arbres, des levers de soleil sur écran tactile et envoie ses créations à ses amis dès l’aube. À tel point qu’il fait confectionner une poche spéciale dans ses vestes pour transporter sa tablette partout avec lui, et qu’Apple crée et perfectionne des outils de dessin rien que pour lui.


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De la campagne anglaise à celle de la Normandie

Hockney croyait profondément au pouvoir réparateur de l’art et de la nature, dont l’observation était pour lui un moyen de réapprendre à voir le monde, de renouveler sans cesse son regard.

Au tournant des années 2000, Hockney revient à ses racines. Les paysages du Yorkshire deviennent le sujet d’immenses compositions où les chemins serpentent entre les arbres, et où les saisons explosent dans des couleurs irréelles. Présentée à la Royal Academy de Londres en 2012, l’exposition « A Bigger Picture » rencontre un succès phénoménal. Le public britannique y découvre un Hockney paysagiste, profondément attaché à sa terre natale et capable de transformer les sous-bois anglais en de véritables cathédrales de couleurs.

En 2019, il trouve un nouveau territoire d’inspiration en Normandie, où il s’installe dans une maison à Beuvron-en-Auge. Les pommiers en fleur, les haies, les champs et les changements de lumière y nourrissent son regard. Lorsque la pandémie de Covid paralyse le monde au printemps 2020, il choisit de répondre à l’angoisse générale par une image de jonquilles éclatantes réalisée sur iPad. Sur Instagram, il accompagne son dessin d’une phrase devenue célèbre : « Do remember they can’t cancel the spring » – « Souvenez-vous bien qu’ils ne peuvent pas annuler le printemps ».


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Un désir insatiable de création

Cette formule fait office de manifeste. Hockney croyait en effet profondément au pouvoir réparateur de l’art et de la nature, à la beauté simple d’une fleur ou d’un champ ensoleillé, dont l’observation était pour lui un moyen de réapprendre à voir le monde, de renouveler sans cesse son regard. « Le monde est très, très beau si l’on prend le temps de le regarder », professait-il.

L’artiste revendiquait aussi l’influence dans son travail de peintres du XIXe siècle, dont Vincent van Gogh, Edvard Munch et Ferdinand Hodler, avec lesquels il avait dialogué au sein d’une surprenante exposition olfactive et musicale au CAP de Mons, d’octobre 2025 à fin janvier 2026.

David Hockney peignant « Sledmere View »

David Hockney peignant « Sledmere View », 7 et 10 août 2005

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© David Hockney / Photo Jean-Pierre Gonçalves De Lima

Les dernières années de sa vie n’ont en rien ressemblé à un crépuscule. Au contraire, Hockney poursuivait ses recherches sur la représentation de l’espace, réalisait d’immenses paysages inspirés de la Normandie, tout en expérimentant encore de nouvelles techniques d’impression et de dessin numérique.

En 2017, le Centre Pompidou l’honorait d’une grande rétrospective à l’occasion de ses 80 ans. Tandis qu’en 2021 au musée de l’Orangerie, il présentait son œuvre monumentale A Year in Normandie (actuellement visible à la Serpentine Gallery de Londres jusqu’au 23 août prochain), une vaste méditation, longue de plus de 90 mètres, sur le temps et l’histoire de la peinture. En 2025, la fondation Louis Vuitton lui consacrait une exposition exceptionnelle, conçue avec sa participation active et offrant un panorama spectaculaire de ses 25 dernières années de création. Jusqu’au bout, David Hockney est resté fidèle à lui-même : un artiste intensément vivant, qui continuait à s’émerveiller comme un enfant devant la lumière traversant les branches d’un arbre, un crayon à la main.


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Source:

www.beauxarts.com

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