DéfenseLe spatial russe au défi du déclin : quelles stratégies de compensation ?

Le spatial russe au défi du déclin : quelles stratégies de compensation ?

Le spatial est un domaine politiquement crucial pour la Russie, souvent prompte à revendiquer un héritage en réalité soviétique. De domaine d’avant-garde, il est devenu facteur de légitimation du projet soviétique, mais aussi marqueur culturel, et stratégique. Le spatial militaire a ainsi directement contribué à faire de l’URSS une superpuissance, puis de la Russie une puissance mondiale. Cependant, dès avant la guerre d’Ukraine, la stratégie spatiale de Moscou était dans une situation délicate.

Les activités spatiales russes relèvent de planifications pluriannuelles, couvrant les années 2013-2020 (1), puis la période 2020-2030. La première de ces planifications porte sur trois programmes fédéraux : le programme spatial fédéral (qui inclut les vols habités et le spatial militaire) ; le système de géonavigation GLONASS ; le développement de sites de lancement (dont Plesetsk, devenu principal site de lancement militaire et devant réduire la dépendance à Baïkonour). De 2013 à 2020, les différents programmes devaient bénéficier d’un budget d’environ 50 milliards de dollars, mais celui-ci ne sera exécuté que pour environ 50 % de sa valeur : la dévaluation du rouble suivant l’invasion de la Crimée et une légère réduction des montants effectivement alloués ont directement altéré le pouvoir d’achat de Roscosmos. Concrètement, de 2013 à 2020, c’est l’équivalent d’environ 22,127 milliards de dollars qui a été dépensé. En conséquence, la planification de 2020 à 2030 s’avère être surtout l’étalement de la planification précédente (2).

Ce manque de ressources n’a pas été sans conséquences. Dans le domaine spatial, la nécessité de remplacer les moyens en orbite afin d’éviter les déficits capacitaires nécessite traditionnellement une trajectoire budgétaire stable et rigoureuse. Et c’est d’autant plus le cas en Russie, du fait même de la doctrine retenue en stratégie des moyens. En effet, le fait de privilégier les orbites basse et Molnya a pour conséquence de réduire la durée de vie des satellites. S’ils sont moins coûteux que leurs équivalents américains, européens ou japonais, il faut cependant en lancer plus fréquemment. Ce sont ainsi 99 satellites de détection de lancement de missiles balistiques qui ont été lancés depuis 1972 par Moscou, sachant que la couverture, aujourd’hui, n’est plus intégrale. Comparativement, Washington a lancé, depuis 1966, 47 satellites ayant les mêmes fonctions, avec cette fois une couverture permanente. Et si la Russie a lancé 23 satellites de renseignement Tselina‑2 entre 1984 et 2007, c’est parce qu’ils ont été conçus pour une durée de vie d’un an. Leurs prédécesseurs, les 68 Tselina‑D lancés entre 1972 et 1992, n’avaient quant à eux qu’une durée de vie limitée à six mois…

Roscosmos, mise en place en 2015, appartient à l’État. L’organisation est une structure intégrée regroupant les fonctions industrielles et celles d’agence spatiale, qui travaille en liaison étroite avec la KV (Kosmicheskie voyska), soit la branche spatiale des VKS, selon une logique civilo – militaire qui la fait relever du complexe militaro-industriel. Elle doit cependant faire face à des défis majeurs, dont le premier est celui des effectifs. Environ 235 700 personnes travaillaient dans le spatial russe en 2015, dont plus ou moins 90 % pour Roscosmos ; en 2024, il n’y en avait plus qu’environ 170 500 (3). Cette réduction est imputable à des départs à la retraite non remplacés et à des départs volontaires – notamment pour la guerre en Ukraine –, ainsi qu’à des réformes liées au déficit chronique qu’enregistre Roscosmos depuis 2019 (les pertes nettes entre 2015 et 2023 sont d’environ 1,6 milliard de dollars). Il faut y ajouter une faible productivité individuelle due à des structures hiérarchiques rigides qui, de plus, amplifient cette situation.

Perte capacitaire… et tentative de rattrapage

Moindre valeur et réduction des budgets alloués, besoin d’un plus grand nombre de lancements et de satellites, dysfonctionnements organisationnels notamment liés au sous – financement sont autant de facteurs défavorables à une trajectoire de croissance capacitaire. Pratiquement tous les programmes connaissent ainsi des retards importants. C’est d’autant plus le cas que les sanctions imposées depuis 2014, puis 2022, ont eu des conséquences sur les chaînes d’approvisionnement. La Russie est très dépendante des composants électroniques européens ou américains adaptés aux missions spatiales, et a besoin de toute une série de machines – outils et d’équipements étrangers utilisés notamment pour la production de propergols. Le sous-financement ne peut par ailleurs pas être compensé par les exportations de biens et de services. Les vols habités vendus à des étrangers (qui avaient rapporté 3,9 milliards de dollars entre 2006 et 2020) ont pris fin, de même que la vente de moteurs aux États-Unis (1999-2021) et les lancements commerciaux au profit de clients américains et européens.


Source:

www.areion24.news

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