CultureLivres & LittératureL’éditeur de la semaine : Bayard Jeunesse réinvente le coloriage (en vidéo)

L’éditeur de la semaine : Bayard Jeunesse réinvente le coloriage (en vidéo)

Comment prolonger la magie d’une belle illustration une fois l’album refermé (au-delà du souvenir qu’on en garde) ? C’est de cette frustration de lectrice qu’est née l’approche singulière de Delphine Badreddine. Plutôt que de laisser les images prendre la poussière dans une bibliothèque, elle imagine, avec son associée Françoise Baglin, un concept nouveau : de grands posters partiellement illustrés, que l’enfant vient compléter à l’aide de stickers repositionnables.

Cette idée donne naissance à la marque Poppik, pensée pour être à la fois « amusante comme un jeu, intelligente comme un livre et belle comme un objet de décoration ». Forte de collaborations prestigieuses avec des illustratrices reconnues comme Ingela P. Arrhenius, Lucie Brunellière ou Delphine Durand, la marque se déploie dans plus de 20 pays. Un succès international qui contribue à motiver son rachat par Bayard Jeunesse il y a deux ans. L’objectif : enrichir le catalogue d’un savoir-faire en matière d’activités créatives et d’objets d’éveil.

Du phénomène de l’anti-stress à la déferlante du « Cosy Coloring »

Si le loisir créatif séduit à ce point, c’est qu’il trouve un écho dans la société actuelle. Dans un pays où la politique culturelle encourage la pratique artistique, le goût pour le « faire soi-même » se développe en librairie, lieu de découverte par excellence.

C’est particulièrement vrai pour ce qui concerne le coloriage pour adultes, un secteur qui s’est structuré en plusieurs vagues. Entre 2012 et 2015, le marché traverse une croissance forte avec la tendance de l’art-thérapie et de l’anti-stress. Des ouvrages comme 100 coloriages antistress (Hachette) atteignent les 3,5 millions d’exemplaires vendus, au moment où Secret Garden de Johanna Basford devient un phénomène mondial. Portée par ce besoin de soulager le stress, cette pratique s’est depuis muée en un segment éditorial bien identifié dans le paysage de l’édition.

Depuis la fin de l’année 2025, sous l’impulsion des réseaux sociaux, et plus particulièrement de TikTok, une nouvelle tendance nommée « cosy coloring » s’impose. L’heure n’est plus à la complexité des mandalas, mais à des dessins rassurants, aux traits épais. « On ne cherche plus une performance, ni à éblouir quelqu’un avec des coloriages hyperfins, mais plutôt à se rassurer, se relaxer », analyse Delphine Badreddine.

Face à l’actualité, une partie du public adulte cherche à s’éloigner des écrans pour retrouver un support physique et une esthétique liée à l’enfance. Sur le terrain de la sensorialité et de l’ergonomie, l’expertise historique des éditeurs jeunesse prend alors tout son sens.

Le charme du livre face au casse-tête de la TVA

Éditer ces objets hybrides nécessite toutefois de se frotter à une fiscalité complexe. En France, l’administration fiscale trace une frontière stricte : le coloriage pour adultes et la papeterie sont assujettis à une TVA de 20 %, tandis que le coloriage jeunesse ou les livres intégrant une véritable narration bénéficient du taux réduit à 5,5 %.

Pour une éditrice, la tentation pourrait être de tordre légèrement le concept éditorial – en y ajoutant artificiellement une histoire – pour grappiller quelques points de marge. Mais face aux stickers books pensés comme des recueils d’images, Delphine Badreddine privilégie le plaisir de l’objet au bénéfice d’une TVA réduite : « Il faut savoir assumer ses choix », explique-t-elle.

Un rayon décloisonné pour rassembler les générations

Cette évolution des pratiques créatives invite les libraires à repenser leurs espaces. Constatant que les adultes se tournent de plus en plus vers des esthétiques proches de celles de l’enfance, Delphine Badreddine suggère aux libraires de ne plus séparer leurs offres et de ne faire qu’ « un seul rayon dans lequel on relie des ouvrages créatifs jeunesse et adultes car les frontières sont aujourd’hui très poreuses ».

C’est cette logique de décloisonnement que Bayard Jeunesse appliquera à partir de septembre 2026. À travers son label Poppik, la maison d’édition lancera de nouvelles collections visant à élargir sa cible traditionnelle. L’ambition : s’appuyer sur le savoir-faire historique de l’éditeur jeunesse (le travail d’illustration, le choix du papier, l’ergonomie) pour l’appliquer à des activités créatives destinées à toutes les tranches d’âge, jusqu’au public adulte.


Source:

www.livreshebdo.fr

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