L’idée de départ part d’un constat simple. « Dans cette population, il y a une structure d’alliance sur plusieurs niveaux chez les mâles qui est fascinante, explique à Sciences et Avenir Alice Bouchard, première autrice de l’étude. Mon labo a étudié les capacités cognitives de ces animaux marins, mais principalement celles des mâles jusqu’à présent ».
Des travaux précédents ont démontré que ces mâles utilisent des « sifflements-signatures » (des vocalisations uniques fonctionnant comme des noms) pour coordonner leurs interactions avec les femelles. Ces périodes de reproduction, des “consortships”, où deux ou trois mâles monopolisent une femelle, peuvent durer plusieurs semaines.
“Quand j’ai rencontré Stéphanie King – co-autrice de l’étude, directrice du laboratoire à l’Université de Bristol, ainsi que co-directrice du projet de recherche Shark Bay Dolphin Research – et qu’on a discuté d’une étude qu’on pourrait faire, une de mes premières questions, c’était : ‘Super, les mâles font ça [utiliser des vocalisations signature], mais comment les femelles réagissent ?' », raconte la chercheuse. Pour y répondre, l’équipe a conçu 34 séances de “playback”, ou de diffusion audio, sur 17 femelles, diffusant les sifflements de mâles avec des degrés variables de familiarité et d’interactions coercitives. “Ce qui était très intéressant, c’est qu’elles semblaient réagir au taux de coercition globale du mâle, et pas seulement à leur historique personnel avec ce mâle-là”, souligne Alice Bouchard.
Autrement dit, les femelles prennent en compte des informations sur le comportement coercitif des mâles envers d’autres femelles lors de rapports sexuels. “Notre conclusion, c’est qu’elles sont capables d’enregistrer ces connaissances sur ces mâles, pas seulement avec leur propre expérience, mais aussi selon l’expérience qu’ont d’autres femelles.”
« C’est important de montrer que les femelles ont leurs propres stratégies »
Un résultat remarquable : ce sont les femelles reproductivement disponibles qui montrent les réactions d’évitement les plus marquées. « C’est aussi les femelles qui étaient disponibles à la reproduction qui réagissaient le plus, montrant clairement que le comportement d’évitement était beaucoup plus poussé chez ces femelles qui étaient potentiellement des cibles », explique Alice Bouchard.
Mais il faut rester prudent sur les extrapolations. “Il n’y a pas vraiment de capacité à avertir d’autres femelles, explique la chercheuse. L’explication la plus simple, c’est que les femelles accumulent des connaissances sociales ». Comment ? En étant témoins. « Les femelles sont parfois présentes lorsque d’autres femelles subissent ces comportements coercitifs. Elles peuvent même se soutenir parfois », reprend la spécialiste.
Pour la chercheuse, ce travail remet en question la vision parfois simpliste et dominante qu’on accorde à ces individus. « On a l’impression que ce sont les mâles qui dictent le contexte de reproduction. Mais, moi, je trouve que ce qui est important de montrer, c’est que les femelles ont quand même des stratégies. Elles ont leurs mots à dire, conclut Alice Bouchard. Elles évaluent leurs relations avec les mâles, et il y en a qu’elles vont éviter, et il y en a qu’elles vont approcher.”
Source:
www.sciencesetavenir.fr



