Fin janvier, le Conseil de l’Europe dénonçait l’état des prisons françaises, surpeuplées et souvent insalubres, alertant sur le risque d’une évolution vers un « entrepôt humain ». Mois après mois, la surpopulation carcérale ne faiblit pas. Selon les derniers chiffres officiels, le taux d’occupation global était au 1er mars de 137,5%, avec 87.126 détenus pour moins de 63.500 places.La France figure ainsi parmi les très mauvais élèves de l’Europe. Seules la Slovénie et Chypre présentent des taux supérieurs mais avec des populations bien inférieures. Dans ce contexte, un des deux principaux syndicats de surveillants pénitentiaires, l’Ufap-Unsa a appelé à bloquer les prisons françaises pour demander des mesures d’urgence contre la surpopulation et les sous-effectifs de surveillants.
22% des établissements pénitentiaires bloqués selon la chancellerie. Exemple à Marseille
Surveillants comme directeurs de prison alertent depuis des mois sur un système pénitentiaire au bord de l’explosion et aujourd’hui l’un des deux principaux syndicats de surveillants pénitentiaires, l’Ufap-Unsa a appelé à bloquer les prisons françaises. Selon la chancellerie, 22% des 190 établissements pénitentiaires étaient bloqués aujourd’hui. Le syndicat espérait ces derniers jours que le mouvement soit suivi dans la moitié des prisons du territoire mais FO Justice, premier syndicat chez les surveillants, ne s’est pas associé, estimant que mouvement intervenait « trop tôt ». De nombreuses actions d’ampleur ont toutefois eu lieu partout en France comme à Marseille. A la prison des Baumettes, les surveillants se disent exténués au micro de notre reporter Julien Raymon. Kamel l’un d’entre eux explique : « La cellule fait neuf mètres carrés. Normalement, en France, c’est la règle de l »‘encellulement individuel ». Ici, il y a trois personnes par cellule, il n’y a pas d’intimité, il ne peut y avoir que des tensions. C’est inhumain. Le conflit est inéluctable ». Sa collègue Sophie, 29 ans, qui vient d’entrer à la pénitentiaire est déjà à bout : « Cette semaine, je vais faire six jours sur sept. Par exemple, je sors d’une semaine où j’ai fait cinq jours alors que normalement on n’est pas censé faire cinq jours. Du coup on n’est plus vigilant et ça peut nous mettre en danger et nos collègues. ça peut être des choses bêtes mais qui peuvent devenir grave ». Pour améliorer les conditions de travail et de détention, l’Ufap-Unsa demande 80 surveillants supplémentaires pour la prison des Baumettes.
5 000 postes de surveillants manquent dans les prisons françaises
Si l’on « dézoome », il manque 5 000 surveillants dans les prisons françaises selon l’Ufap-Unsa. Un chiffre repris également par la contrôleure des lieux de privation de liberté Dominique Simonnot qui depuis sa nomination en 2020 ne cesse de dénoncer l’indignité des prisons françaises. « Il y a des drames tous les jours en prison » rappelle-t-elle au micro de Mathilde Romagnan, les surveillants ne tiennent plus et il est donc difficile de les fidéliser malgré les revalorisations salariales. « Nous avons fait analyser les conséquences de ces conditions de travail chez les surveillants. Les médecins des prisons nous ont dit qu’il y a de fort risques de décompensation psychique » alerte Dominique Simonnot. « Depuis des années, les surveillants disent qu’ils ne sont pas des « porte-clés », qu’ils veulent participer à l’œuvre de réinsertion mais c’est impossible dans ce contexte ».
Prisons modulaires et régulation carcérale
Côté détenus, Dominique Simonnot rappelle que 30 à 35% d’entre eux souffrent de troubles psychiques graves en raison des conditions de vie dans les prisons. Le ministère de la justice a pourtant lancé en 2018 un plan national de construction de prisons pour 2027 mais actuellement moins d’un tiers des 15 000 places ont été livrées. La chancellerie peine à trouver les terrains et à convaincre les élus sans compter les contraintes environnementales à prendre en compte. Pour compenser, le ministère de la justice prévoit l’ouverture de 3 000 places supplémentaires dans des prisons modulaires, dont la moitié d’ici l’an prochain. Ces établissements moins chers et plus rapides à construire sont destinés à accueillir des détenus en fin de peine ou condamnés pour de courtes durées. Mais pour les syndicats mobilisés aujourd’hui et la contrôleure des lieux de privations de liberté cela ne règlera pas le problème de la surpopulation carcérale.
A l’occasion de cette journée de mobilisation, le syndicat national des directeurs pénitentiaires, le SNDP‑CFDT a également fait entendre sa voix. Son secrétaire général adjoint Jean‑François Fogliarino s’est exprimé chez nos confrères de France info. Il accueille positivement la proposition du garde des Sceaux Gérald Darmanin d’un numerus clausus mais il reste prudent :
« Si ce n’est qu’un numerus clausus sur un établissement pour pouvoir envoyer les personnes détenues dans un autre établissement, on ne fera que décharger le problème sur d’autres. Nous souhaitons un dispositif inscrit dans la loi qui implique, les magistrats, les avocats, la société civile. A partir d’un « seuil de criticité » sur un établissement, c’est à dire à partir du moment où l’établissement ne fonctionne pas bien, il faut que l’on puisse trouver des solutions sous le contrôle de l’administration pénitentiaire. Il existe la détention sous surveillance électronique, les placements extérieurs, les placements en semi-liberté, tout se passe sous le contrôle de l’administration pénitentiaire ».
Une proposition de loi sur ce système de régulation carcérale du député Florent Boudié, proche du ministre de la justice a été déposée il y a quelques semaines à l’Assemblée nationale. La route est encore longue tant l’agenda parlementaire est chargé. Le travail parlementaire nécessitera aussi de lever les tabous idéologiques autour de ces sorties anticipées.


Source:
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