SociétéMarine Le Pen candidate en 2027 : pourquoi le RN a éclipsé Jordan Bardella

Marine Le Pen candidate en 2027 : pourquoi le RN a éclipsé Jordan Bardella

« Je me réjouis qu’on puisse ensemble entrer en campagne. » C’est par ces mots que Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a évoqué mercredi 8 juillet la décision de Marine Le Pen de maintenir sa candidature à l’élection présidentielle de 2027.

Condamnée par la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, la cheffe de file du RN a vu sa peine confirmée mais allégée : son inéligibilité, réduite à 45 mois, dont 30 avec sursis, lui permet de se présenter. Elle a également été condamnée à trois ans d’emprisonnement, dont un an sous bracelet électronique.

Bien qu’elle avait affirmé la semaine dernière qu’elle ne ferait pas campagne avec un bracelet électronique, la fille de Jean-Marie Le Pen refuse de renoncer au rêve qu’elle partageait avec le « Menhir » : conquérir l’Élysée. Clamant qu’elle est « innocente », Marine Le Pen a décidé de se pourvoir en cassation immédiatement après la lecture du jugement. Un ultime recours qui suspend l’exécution de sa peine. Début 2027, si la Cour de cassation rejette son pourvoi, elle serait néanmoins contrainte de porter un bracelet électronique en fin de campagne.

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En attendant ce nouvel épisode du feuilleton judiciaire, cette décision a brisé les ambitions présidentielles de Jordan Bardella. L’eurodéputé n’y pensait pas qu’en se rasant. Successeur naturel et annoncé pour mener la bataille de 2027 en cas d’impossibilité de Marine Le Pen, chouchou d’une partie des militants, le jeune président du RN a affirmé qu’il n’était « ni soulagé, ni déçu » de ne pas porter les couleurs du parti d’extrême droite. Faisant bonne figure, endosse désormais le costume de Premier ministre d’une Marine Le Pen présidente de la République. Main dans la main, sourire largement affiché, le ticket présidentiel est donc entré en campagne mercredi à La Flèche, dans la Sarthe.

Mais cette quatrième candidature à l’Élysée pourrait se révéler dangereuse pour Marine Le Pen, selon Renaud Foucart, maître de conférences en économie à l’université de Lancastre, au Royaume-Uni. Cette stratégie, qui relève d’après lui avant tout d’un « calcul personnel » et de « la défense de la dynastie Le Pen », pourrait mener à une explosion du RN en cas de nouvelle défaite en 2027.

France 24 : Pourquoi Marine Le Pen se présente-t-elle à nouveau plutôt que de laisser la place à Jordan Bardella ?

Renaud Foucart : C’est un calcul personnel avant tout. Au Front national, au Rassemblement National, il y a un seul chef. Bruno Mégret a tenté d’exister comme numéro deux et successeur de Jean-Marie Le Pen. Il a été immédiatement détruit par la machine Marine Le Pen. Ensuite, il y a eu Florian Philippot. Aujourd’hui, Jordan Bardella aurait pu être le candidat du Rassemblement national. Il était très bien placé dans les sondages et pouvait prendre le flambeau. Cependant, il avait une politique différente de Marine Le Pen et aurait été un candidat extérieur à la famille Le Pen. Marine Le Pen a préféré garder le pouvoir et donc être la candidate. Je pense que c’est la défense de la dynastie Le Pen et de sa place dans la politique française.

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Marine Le Pen et Jordan Bardella, ce sont avant tout deux méthodes différentes ?

Elle a l’expérience, un certain talent oratoire, mais aussi une façon de faire de la politique assez différente de ce que tentait de proposer Jordan Bardella. Marine Le Pen doit réconcilier l’électorat des petits commerçants qui sont surtaxés, les retraités qui ont peur des étrangers, les personnes qui se sentent déclassées du nord de la France. Tout cela est assez incohérent avec le retour à la retraite à 62 ans. Il n’y a pas vraiment de politique économique. C’est vraiment du populisme classique.

Jordan Bardella se présentait en étant plus aligné sur l’extrême droite européenne : plus cohérent en termes de droite économique et en termes social, éthique, valeurs, immigration. C’est clairement un choix de Marine Le Pen de rester dans la tradition qui lui a pourtant coûté la victoire au second tour lors de la dernière élection présidentielle.

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Cette candidature peut-elle affaiblir le RN ?

Beaucoup de gens sont attachés à la figure du chef au Rassemblement national. Cependant, il y a aussi le risque d’une lassitude. Marine Le Pen a déjà perdu un certain nombre de fois. Elle n’a pas 60 ans et n’a clairement pas l’intention de laisser la barre à quelqu’un d’autre. Combien de défaites l’électorat du Rassemblement national est-il prêt à accepter ? Les deux dernières fois, on lui avait vendu la victoire. Si elle perd, on peut s’attendre à de nouvelles dissidences et, à terme, à une explosion de son parti.

Une explosion du RN est donc une possibilité ?

Ce n’est pas impossible si jamais elle s’effondrait. Pour l’instant, elle reste quand même la grande favorite des sondages. Aujourd’hui, elle part pour gagner et elle a l’avantage. Le problème, c’est qu’on ne sait pas exactement qui sera l’opposant numéro un à Marine Le Pen. Elle va être face à des opposants qui vont lui expliquer les problèmes financiers de la France, que ce n’est pas compatible de baisser les taxes, d’augmenter les prestations sociales, d’augmenter les pensions, de tout faire en même temps et de tout financer par des méthodes imaginaires. Si elle baisse dans les sondages, il y aurait alors une place pour cette extrême droite européenne plus traditionnelle, qui pourrait être poussée par Jordan Bardella et par des déçus comme Éric Ciotti. Mais tant qu’on est derrière un cheval qui peut gagner la course, le Rassemblement national restera derrière elle. Mais il faut un espoir de victoire.

La campagne de Marine Le Pen a débuté aujourd’hui avec Jordan Bardella. C’est ce ticket présidentiel qui va être mis en avant ?

Elle doit le mettre en avant précisément parce qu’elle veut montrer qu’elle veut réunir son parti, mais aussi parce que la déception de Jordan Bardella doit être immense. Ça fait quelques mois qu’il s’est vendu, qu’il s’est présenté dans les magazines avec sa princesse. Il s’est rapproché de milliardaires pour montrer qu’il avait son propre projet, sa propre personnalité. Il voulait montrer qu’il pouvait être un président. Il est très jeune et, maintenant, c’est probablement fichu pour les quinze prochaines années. On doit lui dire qu’il a une place qui pourrait être celle de Premier ministre. S’il n’y a rien pour lui, sa frustration sera audible. Cela peut être par une dissidence mais aussi en traînant les pieds pendant la campagne.

Est-ce que cette condamnation de la cour d’appel peut nuire à Marine Le Pen ?

Ça va lui coûter assez cher car elle a toujours vendu qu’il fallait être irréprochable en politique. Dans son procès d’appel, elle a reconnu qu’il y avait des irrégularités. Elle a dit : « On ne l’a pas fait exprès. On ne savait pas. » Elle se retrouve dans une situation où elle dit qu’elle n’a pas été très compétente pour gérer des fonds publics. Si en face d’elle, elle a un centriste conservateur compétent, elle aura beaucoup de mal à faire valoir la probité. Son seul espoir, c’est d’être la candidate de la loi, de l’ordre et de la sécurité face à quelqu’un comme Jean-Luc Mélenchon.

Quelles conséquences pour l’opposition ?

On va beaucoup entendre parler de probité. La tentative de retour de Nicolas Sarkozy dans la politique s’est arrêtée précisément à cause de ça. On se souvient aussi de François Fillon. Au final, les électeurs n’aiment pas ça. Dans les débats, les candidats la traiteront de « voleuse » et elle devra réagir avec le sourire. Elle sera au centre de l’attention. Elle a été condamnée pour avoir détourné de l’argent public. Certes, ce n’est pas de l’enrichissement personnel mais, malgré tout, cet argent du Parlement européen a payé le majordome de son père, par exemple. C’est quelque chose qui reste fondamentalement indéfendable quand on est candidat de la loi et de l’ordre. Les candidats à la présidentielle se revendiqueront eux-mêmes de la probité, de la loi et de l’ordre. Et là, Marine Le Pen aura du mal à trouver sa place.


Source:

www.france24.com

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