OpinionMohammed ben Salmane humilié par les Houthis : le piège du Yémen

Mohammed ben Salmane humilié par les Houthis : le piège du Yémen

Une puissance pétrolière prise à son propre piège

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans la situation actuelle de Mohammed ben Salmane. Le prince héritier saoudien, qui dispose d’immenses ressources pétrolières, d’une armée équipée par les grandes puissances occidentales et d’alliances stratégiques avec les États-Unis, le Pakistan et la Turquie, se retrouve confronté à un adversaire qu’il n’a pas réussi à neutraliser après plus de onze années de guerre au Yémen. En mars 2015, lorsqu’il était ministre de la Défense, il avait engagé son pays dans une intervention militaire destinée à rétablir le gouvernement yéménite internationalement reconnu et à repousser les Houthis, soutenus par l’Iran. L’objectif était de modifier rapidement le rapport de force et de sécuriser la frontière méridionale du royaume. Pourtant, en octobre 2026, ce sont les missiles et les drones houthis qui menacent les infrastructures de Riyad. La contradiction est saisissante : une monarchie qui a consacré des sommes considérables à sa défense doit aujourd’hui mobiliser des moyens exceptionnels pour protéger ses aéroports, ses installations pétrolières et ses palais royaux. Ce renversement ne signifie pas que l’Arabie saoudite a perdu sa puissance militaire, mais il révèle l’échec d’une stratégie qui croyait pouvoir transformer la supériorité financière et technologique en victoire politique. Le problème de Mohammed ben Salmane n’est plus seulement de gagner une guerre à l’extérieur de ses frontières. Il est désormais de contenir les conséquences de cette guerre à l’intérieur même du royaume.

Onze années de guerre pour un résultat stratégique désastreux

Lorsque l’Arabie saoudite lance son intervention militaire au Yémen en mars 2015, le rapport de force semble largement favorable à Riyad. La coalition dispose d’avions de combat modernes, de moyens de surveillance sophistiqués, de capacités de bombardement considérables et du soutien politique et logistique de plusieurs puissances occidentales. Face à elle, les Houthis apparaissent comme un mouvement armé enraciné dans les régions montagneuses du nord du Yémen, disposant de ressources financières et militaires incomparablement plus limitées. Mais cette lecture conventionnelle du rapport de force néglige un facteur essentiel : une guerre ne se gagne pas uniquement par la puissance de feu. Les Houthis ont progressivement adapté leurs méthodes, développé leurs capacités balistiques, perfectionné l’emploi des drones et bénéficié d’un soutien iranien qui a renforcé leur potentiel militaire. Ils ont également exploité leur connaissance du terrain, leurs réseaux locaux et les divisions politiques du Yémen. Les bombardements et les opérations militaires n’ont pas permis de détruire leur organisation ni de restaurer durablement l’autorité du gouvernement reconnu internationalement sur l’ensemble du territoire. La trêve de 2022 avait réduit les combats, sans résoudre les causes profondes du conflit. La reprise des hostilités en 2026 démontre la fragilité de cette accalmie. Onze ans après le déclenchement de l’intervention, Riyad n’a pas atteint son objectif politique initial et doit faire face à un adversaire qui possède désormais des moyens de pression beaucoup plus importants. À ce revers stratégique s’ajoute le coût humain considérable payé par la population yéménite, victime des bombardements, des déplacements, de la fragmentation du pays et d’une crise humanitaire prolongée.

Les missiles houthis frappent Riyad : l’humiliation stratégique prend forme

Les attaques d’octobre 2026 ont donné une dimension particulièrement visible à cette impasse. Les frappes contre l’aéroport international Roi-Khaled de Riyad, notamment celle du 10 octobre, ont provoqué la mort de civils, fait des centaines de blessés et entraîné d’importantes perturbations du trafic aérien. Des entreprises ont adapté leurs activités, des établissements scolaires ont temporairement recours à l’enseignement à distance et les autorités ont renforcé les dispositifs de protection des infrastructures sensibles. Ce qui frappe dans cette situation, ce n’est pas seulement la capacité des Houthis à lancer des missiles à longue distance, mais leur aptitude à imposer un coût politique et économique à un État qui dispose pourtant de moyens militaires infiniment supérieurs aux leurs. La guerre asymétrique produit ici tous ses effets : il n’est pas nécessaire de détruire l’armée adverse pour fragiliser sa stratégie. Il suffit parfois de démontrer que ses défenses ne peuvent pas garantir la sécurité de ses centres vitaux. Les Houthis exploitent cette vulnérabilité pour accroître leur pouvoir de négociation et exercer une pression sur Riyad. Mais cette réalité militaire ne saurait justifier les attaques contre les installations civiles, qui ont causé des morts et des blessés parmi des personnes étrangères aux combats. Sur le plan stratégique, ces frappes constituent néanmoins un revers sérieux pour Mohammed ben Salmane, dont le projet de puissance repose largement sur la capacité du royaume à offrir stabilité et sécurité.

Mohammed ben Salmane entre palais fortifiés et bunkers : le symbole d’un pouvoir sous pression

L’un des aspects les plus frappants de cette crise concerne les mesures de sécurité entourant désormais le prince héritier saoudien. Les informations disponibles indiquent que Mohammed ben Salmane se déplace entre des palais fortement gardés, équipés de bunkers, avec une protection rapprochée renforcée. Dans le même temps, les autorités doivent adapter le déploiement de certaines batteries antimissiles pour protéger les installations stratégiques et les lieux de pouvoir. Il serait abusif d’en déduire qu’un attentat contre le prince héritier est imminent ou qu’il vit personnellement dans une peur permanente : aucune preuve publique ne permet d’établir de telles affirmations. Mais la portée politique de ces mesures de sécurité est considérable. Le dirigeant qui avait engagé son pays dans une guerre destinée à éloigner une menace de ses frontières doit désormais renforcer la protection des centres du pouvoir contre cette même menace. L’image est d’autant plus frappante que Mohammed ben Salmane a construit une grande partie de sa communication internationale autour de la modernisation, de l’assurance politique et de la capacité de l’Arabie saoudite à devenir une puissance économique mondiale. Le contraste entre cette ambition et la nécessité de protéger les palais royaux derrière des dispositifs de sécurité exceptionnels alimente l’interprétation d’une humiliation stratégique. Ce n’est pas une défaite personnelle démontrée, mais c’est un symbole puissant des limites rencontrées par sa politique régionale.

Les États-Unis : une protection historique qui ne garantit plus la sécurité absolue

Pendant des décennies, la sécurité de l’Arabie saoudite a reposé en grande partie sur son partenariat stratégique avec les États-Unis. Cette relation, structurée autour des intérêts énergétiques, de la coopération militaire et de la stabilité régionale, a permis au royaume d’acquérir des équipements sophistiqués et de bénéficier de formations, de renseignements et de soutiens logistiques. Riyad dispose notamment d’avions de combat américains et de systèmes de défense antimissile Patriot. Pourtant, la crise actuelle démontre que la protection américaine ne constitue pas une garantie absolue contre les menaces asymétriques. Washington possède ses propres priorités stratégiques, ses contraintes militaires et ses intérêts diplomatiques, qui ne coïncident pas nécessairement avec ceux du pouvoir saoudien. Les tensions avec l’Iran, la situation dans le golfe Persique et les risques d’extension régionale du conflit influencent les décisions américaines. Il serait donc erroné de considérer que l’Arabie saoudite peut automatiquement obtenir une intervention directe des États-Unis chaque fois qu’elle est confrontée à une menace. Cette réalité pose un problème fondamental à Mohammed ben Salmane : malgré les investissements considérables consentis dans l’armement américain, le royaume demeure exposé à des attaques capables de perturber son économie et de mettre en difficulté ses défenses. La dépendance à l’égard d’une grande puissance étrangère ne remplace ni une stratégie politique cohérente ni une solution durable aux conflits régionaux.

Le pacte de La Mecque avec le Pakistan et la Turquie : une alliance à l’épreuve des missiles houthis

C’est précisément dans ce contexte qu’il faut comprendre l’importance du pacte de défense de La Mecque, signé le 7 août 2026 entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie. Cet accord, présenté comme un engagement de défense collective, prévoit qu’une attaque armée contre l’un des trois États soit considérée comme une attaque contre les autres. Pour Mohammed ben Salmane, cette alliance devait permettre de diversifier les garanties de sécurité du royaume au-delà du partenariat traditionnel avec Washington. Le choix des partenaires n’est pas anodin : le Pakistan possède l’arme nucléaire et une armée expérimentée, tandis que la Turquie dispose d’une industrie militaire développée, de capacités de production de drones et d’une expérience opérationnelle importante. L’accord semblait donc offrir à Riyad une profondeur stratégique supplémentaire et la perspective d’une solidarité militaire entre trois puissances musulmanes. Le 5 octobre 2026, face à l’intensification des attaques, les trois pays ont décidé d’activer leurs engagements de défense collective et de préparer le déploiement rapide de moyens militaires convenus. Pourtant, les frappes meurtrières contre Riyad ont continué. C’est ici que surgit une contradiction majeure : un accord conçu pour renforcer la dissuasion n’a pas empêché l’adversaire de poursuivre ses attaques. Il serait prématuré de conclure que cette alliance n’a produit aucun résultat, puisque sa mise en œuvre opérationnelle est récente et que des mesures militaires ont été annoncées. Mais son efficacité dissuasive immédiate apparaît limitée. La question est désormais de savoir jusqu’où Ankara et Islamabad sont prêts à s’engager dans une confrontation qui pourrait les entraîner dans une guerre régionale beaucoup plus vaste.

Pakistan et Turquie : la solidarité militaire face aux intérêts nationaux

L’accord de La Mecque révèle également les limites des alliances fondées sur une solidarité politique ou religieuse lorsque les intérêts nationaux des partenaires divergent. Le Pakistan entretient depuis longtemps des relations militaires et économiques étroites avec l’Arabie saoudite. Il bénéficie de coopérations financières et énergétiques importantes, mais doit également tenir compte de ses propres contraintes budgétaires, de ses priorités sécuritaires et de ses relations régionales, notamment avec l’Iran. Islamabad ne peut envisager une intervention militaire au Yémen sans mesurer les conséquences intérieures et extérieures d’un tel engagement. La Turquie, de son côté, possède des ambitions géopolitiques propres, une politique étrangère active et des intérêts économiques qui dépassent largement le cadre saoudien. Ankara cherche à renforcer son influence régionale tout en préservant ses marges de manœuvre diplomatiques. Le fait que le gouvernement turc doive soumettre l’accord à son Parlement rappelle que la signature d’un pacte ne signifie pas automatiquement une liberté totale d’engagement militaire. De plus, la présence de forces alliées ne garantit pas l’interception de tous les missiles et drones. Une alliance peut renforcer la défense, améliorer le renseignement et accroître les capacités de réaction, mais elle ne peut supprimer instantanément les vulnérabilités d’un territoire aussi vaste que l’Arabie saoudite. La situation actuelle montre ainsi que l’accumulation des partenaires militaires ne suffit pas à produire une dissuasion crédible si l’adversaire estime pouvoir continuer à frapper sans subir de conséquences décisives.

Trois puissances militaires face à un mouvement armé : le paradoxe du rapport de force

Le paradoxe géopolitique devient encore plus visible lorsqu’on considère l’ensemble des moyens dont dispose Riyad. D’un côté, l’Arabie saoudite bénéficie de ses revenus pétroliers, d’équipements occidentaux sophistiqués, de son partenariat historique avec les États-Unis et d’un nouvel accord de défense avec la Turquie et le Pakistan. De l’autre, les Houthis demeurent un mouvement armé implanté dans un pays appauvri par des années de guerre, même s’ils bénéficient d’une assistance iranienne et disposent désormais de capacités militaires significatives. Sur le papier, le déséquilibre paraît immense. Pourtant, dans la pratique, les Houthis n’ont pas besoin d’égaler la puissance militaire de leurs adversaires pour atteindre certains objectifs. Leur stratégie consiste à maintenir une capacité de nuisance suffisamment élevée pour contraindre Riyad à mobiliser des ressources considérables, à protéger constamment ses infrastructures et à envisager des compromis politiques. Ce mécanisme est caractéristique des conflits asymétriques : le plus puissant peut gagner de nombreuses confrontations militaires sans parvenir à obtenir le résultat politique recherché. La multiplication des alliances saoudiennes ne change pas automatiquement cette réalité. Elle peut même souligner, aux yeux des adversaires de Riyad, la difficulté rencontrée par le royaume pour résoudre seul un conflit engagé plus de onze ans auparavant. La véritable question n’est donc pas de savoir combien de pays soutiennent Mohammed ben Salmane, mais si ces soutiens permettent d’atteindre un objectif politique réaliste.

L’Iran et les Houthis : une guerre d’influence au cœur de la péninsule Arabique

Il serait toutefois impossible de comprendre la résistance des Houthis sans replacer leur action dans la rivalité régionale entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Téhéran entretient depuis des années des relations avec le mouvement houthi et lui a apporté une assistance militaire et technique qui a contribué au développement de ses capacités de frappe. Cette relation permet à l’Iran d’exercer une pression sur les intérêts saoudiens sans devoir engager directement ses propres forces dans une guerre conventionnelle contre Riyad. Les Houthis conservent néanmoins leurs propres objectifs politiques et territoriaux, et ne peuvent être réduits à de simples exécutants des décisions iraniennes. Leur implantation au Yémen leur donne également un avantage géographique important, notamment à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique entre la mer Rouge et le golfe d’Aden. La menace contre les routes maritimes, les installations énergétiques et les aéroports saoudiens possède donc une portée internationale. Elle affecte les échanges commerciaux, les marchés énergétiques et les calculs diplomatiques de plusieurs puissances. Pour Mohammed ben Salmane, le problème est particulièrement complexe : une escalade militaire contre les Houthis risque d’élargir le conflit, tandis qu’une négociation peut être interprétée par ses adversaires comme la reconnaissance de leur capacité de pression. Riyad se trouve ainsi confronté à un dilemme où aucune option ne garantit une issue rapide.

Vision 2030 : les ambitions économiques confrontées à l’insécurité

La guerre avec les Houthis menace également l’un des projets les plus importants de Mohammed ben Salmane : Vision 2030. Cette stratégie de transformation économique vise à réduire la dépendance saoudienne aux hydrocarbures, à développer le tourisme, à attirer les investisseurs étrangers et à faire du royaume un centre majeur des affaires, des technologies et des transports. Mais ces ambitions reposent sur une condition fondamentale : la sécurité. Les investisseurs internationaux ont besoin de stabilité, les compagnies aériennes de corridors fiables, les touristes d’infrastructures protégées et les entreprises de perspectives prévisibles. Les frappes contre les aéroports et les installations énergétiques viennent directement fragiliser ces conditions. Elles obligent également l’État à consacrer des ressources supplémentaires à la défense antimissile, à la protection des sites stratégiques et à la réparation des dommages. Dans une économie engagée dans de gigantesques projets d’investissement, cette pression sécuritaire peut compliquer les arbitrages budgétaires. Mohammed ben Salmane se trouve ainsi face à une contradiction fondamentale : il cherche à transformer l’Arabie saoudite en un espace d’ouverture économique internationale, tout en devant gérer les conséquences d’un conflit militaire prolongé à sa frontière méridionale. La modernisation économique ne peut être complètement séparée de la stabilité géopolitique. Une puissance peut construire des infrastructures spectaculaires, mais leur attractivité dépend aussi de sa capacité à garantir la sécurité de ceux qui les utilisent.

Une humiliation stratégique qui dépasse la personne de Mohammed ben Salmane

L’humiliation dont il est question ici ne doit pas être comprise comme une simple attaque personnelle contre le prince héritier. Elle désigne avant tout le décalage entre les ambitions de puissance affichées par Riyad et les résultats obtenus sur le terrain. Mohammed ben Salmane a voulu démontrer la capacité de l’Arabie saoudite à agir comme une puissance militaire régionale autonome. Onze ans plus tard, il doit composer avec la persistance des Houthis, la menace de leurs missiles, les difficultés de la défense aérienne et la nécessité de renforcer ses alliances. Même le pacte de La Mecque, qui associe désormais le Pakistan et la Turquie à la sécurité du royaume, n’a pas empêché les attaques récentes. Cette situation alimente une lecture particulièrement sévère de son bilan stratégique : l’accumulation des armes, des pétrodollars et des partenariats internationaux n’a pas permis de produire la sécurité promise. Il ne serait cependant pas exact d’affirmer que Mohammed ben Salmane est unanimement discrédité sur la scène internationale ou que son pouvoir est sur le point de s’effondrer. L’Arabie saoudite conserve une influence diplomatique, énergétique et financière majeure. Mais la crise actuelle révèle une vulnérabilité que les discours officiels sur la puissance du royaume ne peuvent faire disparaître. Le revers politique réside précisément dans cette incapacité à transformer des moyens considérables en une solution durable.

Comment cette guerre peut-elle se terminer ?

L’avenir de la confrontation entre Riyad et les Houthis dépendra de l’évolution du rapport de force militaire, des décisions de l’Iran, de l’engagement réel des partenaires saoudiens et de la possibilité d’un compromis politique au Yémen. Une intensification des opérations militaires pourrait affaiblir certaines capacités houthies, mais elle risquerait également d’entraîner de nouvelles représailles contre les infrastructures saoudiennes et d’aggraver les souffrances de la population yéménite. Le pacte de La Mecque pourrait renforcer progressivement les capacités de défense du royaume, sans garantir une victoire sur le terrain. Une négociation pourrait permettre de réduire les attaques transfrontalières et d’établir des arrangements de sécurité, mais elle nécessiterait des concessions difficiles de part et d’autre. Enfin, la poursuite d’un conflit de faible ou moyenne intensité demeure possible si les adversaires ne parviennent pas à définir des conditions acceptables pour une désescalade. Une paix durable exigerait également l’intégration des autres forces politiques yéménites, dont les intérêts ne se confondent pas nécessairement avec ceux des Houthis ou de Riyad. Aucun de ces scénarios ne peut être considéré comme certain. Une chose apparaît néanmoins clairement : la puissance militaire, même soutenue par plusieurs alliances, ne peut à elle seule régler un conflit dont les causes sont aussi politiques, territoriales et régionales.

Conclusion : Mohammed ben Salmane face aux limites de la puissance

La crise actuelle révèle une réalité que les grandes puissances ont souvent découverte au cours de l’histoire : la richesse, la technologie et les alliances ne garantissent pas la victoire dans une guerre asymétrique. Mohammed ben Salmane a engagé l’Arabie saoudite dans une intervention militaire dont les objectifs initiaux n’ont pas été atteints. Plus de onze ans après, les Houthis conservent une capacité de frappe qui menace directement les infrastructures du royaume. Les États-Unis restent un partenaire militaire essentiel, tandis que le Pakistan et la Turquie ont rejoint un nouvel accord de défense collective. Pourtant, ces soutiens n’ont pas, jusqu’à présent, mis fin aux attaques. La nécessité de renforcer la sécurité des palais royaux, les perturbations économiques et les difficultés rencontrées par les défenses antimissiles donnent à cette impasse une dimension politique particulièrement sensible. On peut y voir une humiliation stratégique, non parce que le royaume aurait perdu toute sa puissance, mais parce que ses moyens considérables n’ont pas permis d’obtenir le résultat recherché. L’enjeu véritable est désormais de savoir si Mohammed ben Salmane saura transformer cette expérience en réorientation diplomatique et politique. Car le défi auquel il fait face dépasse largement la protection de ses palais : il concerne la sécurité de son pays, l’avenir du Yémen, l’équilibre régional et la crédibilité de son projet de transformation économique. La leçon de cette guerre est sévère : on peut acheter des armes, multiplier les alliances et construire des palais fortifiés, mais on ne peut pas acheter une victoire politique durable.


(*) Isaac Hammouch est journaliste et écrivain belgo-marocain. Auteur de plusieurs ouvrages et de nombreuses tribunes, il analyse les enjeux de société, les questions de gouvernance et les mutations du monde contemporain.


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