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Nuit des veilleurs 2026 : en Colombie, cultiver la terre, défendre la vie

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« Notre communauté a appris à vivre dans la douleur », se désole Martha Vazquez, membre de la Communauté de paix de San José de Apartado. Créée en 1997 dans la région fertile de l’Uraba, dans le nord de la Colombie, cette organisation paysanne s’est engagée dans une résistance non violente pour protéger son territoire des différents groupes armés qui se disputent la région. « Près de 300 membres de notre communauté ont été assassinés. Environ 20 % de ces crimes sont imputables aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), et 80 % aux groupes paramilitaires alliés aux militaires. Aujourd’hui encore, nos droits sont bafoués. Or une vie ne revient pas. Une vie ne repousse pas. Malgré tout, nous refusons d’abandonner ce qui est à nous : nos terres, mais aussi ce qu’elles représentent pour nous, la vie elle-même. »

Pour faire connaître la réalité de leur communauté, Martha Vazquez et German Graciano Posso sont en France en ce mois de juin, à l’invitation de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat). Nés dans les années 1980, tous deux ont grandi dans cette communauté dont l’histoire leur est connue dans les moindres détails. « Depuis le début des années 1990, la violence régnait sur le territoire à cause des groupes armés, raconte Martha Vazquez. Dans cette région étaient présents à la fois la guérilla des Farc, l’armée colombienne et les paramilitaires, qui sont comme un bras obscur du gouvernement, qui fait le travail sale que ne peuvent pas faire les militaires légaux du pays. Entre eux, il y avait des affrontements permanents. Et la population civile se retrouvait au milieu. C’est elle qui avait le plus à perdre : elle finissait assassinée, déplacée, portée disparue ou torturée. »

Mode de vie paysan

Les déplacements forcés de paysans se sont ainsi multipliés dans les 32 villages du district de San José de Apartado. « C’est dans ce contexte qu’en 1997, nous avons pris l’initiative de former la Communauté pour exiger des différents groupes armés le respect de la vie et le droit de rester sur notre territoire. Nous pensions qu’en nous constituant comme une communauté neutre, cela empêcherait qu’on nous tue ou qu’on nous déplace », poursuit Martha Vazquez. Mais cet espoir est rapidement déçu. « Lorsque la déclaration de la Communauté de paix a été signée, le 23 mars 1997, un dimanche des Rameaux, cette même semaine, il y a eu un nouveau massacre commis par les paramilitaires contre des paysans. » Pour autant, les habitants décident de poursuivre l’expérience.

« Nous avons continué en ajoutant cette dimension de communauté de paix à notre neutralité. Nous avons commencé à avancer dans ce projet de vie communautaire, à développer nos travaux collectifs pour résister sur le territoire et repeupler les villages qui s’étaient vidés à cause des déplacements. Nous avons continué à cultiver la terre et à préserver notre mode de vie paysan. Car avec les déplacements, nous avions tout perdu : les animaux, les récoltes, les moyens de subsistance. » 

Une lutte pour le vivant

Cette résistance pacifique, commencée par leurs parents, ne s’est jamais interrompue. La communauté compte aujourd’hui environ 150 familles, soit près de 350 personnes, qui continuent de vivre, tant bien que mal, de la culture du maïs, du haricot, du riz, de la banane et du cacao, ainsi que de l’élevage de porcs, de poules et de bovins. « Notre terre est très fertile. Et c’est aussi l’une des raisons qui ont rendu cette zone si convoitée », explique German Graciano Posso. Leur lutte est politique, humaine, mais aussi écologique. « Chaque être vivant sur la Terre a une raison d’être et contribue à la vie, à ce qui nous entoure », souligne Martha Vazquez.

Tous deux possèdent une solide culture politique et géopolitique de leur pays, et leurs analyses sont sans naïveté, ni illusions. « Le dernier accord de paix historique conclu en Colombie avec la guérilla des Farc, en 2016, n’a pas généré de réelles garanties. Il a conduit à une augmentation du paramilitarisme dans des zones qui étaient auparavant contrôlées par les Farc. Quant aux gouvernements qui se sont succédé, à l’exception de l’actuel, qui est le seul à avoir montré une volonté de protéger et de faire respecter la Constitution, les accords de paix et les droits humains, ils ne s’intéressaient qu’au pouvoir et à l’enrichissement personnel. C’est là le grand problème de l’Amérique latine, et particulièrement de la Colombie », estime German Graciano Posso.

Transformer la douleur en espérance

Alors que le second tour de l’élection présidentielle colombienne doit se tenir le 21 juin, tous deux espèrent que le candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella, arrivé en tête du premier tour, ne l’emportera pas. « Il représente la violence dans notre pays. Si c’est lui qui gagne, en tant que Communauté de paix, nous serons très affectés. Toutes les avancées que nous avons obtenues avec le président de gauche Gustavo Petro risquent d’être remises en cause », affirme Martha Vazquez.

En juin 2025, leurs alertes ont finalement poussé le gouvernement colombien à reconnaître officiellement sa responsabilité dans les violations des droits humains subies par la Communauté. Au sein de celle-ci, beaucoup sont chrétiens. Martha Vazquez est une catholique convertie à l’adventisme. « Si nous avons appris à vivre dans la douleur, nous avons aussi appris à transformer cette douleur en espérance par notre combat, en continuant à défendre le territoire, non seulement pour les générations présentes, mais aussi pour les générations futures », conclut-elle.

Église verte partenaire de l’édition 2026

Comme chaque année depuis 2006, à l’occasion de la Nuit des veilleurs du 26 juin, l’Acat invite les chrétiens de toutes confessions à se rassembler, à prier et à agir en faveur des victimes de la torture. Pour cette édition 2026, l’Acat s’associe à l’association Église verte. Avec pour thème « Prions pour les défenseurs de l’environnement persécutés », la Nuit des veilleurs soutient cette année des femmes et des hommes qui, dans leur propre pays, défendent l’environnement et sont victimes d’injustices et de torture. Parmi eux figure Nargiz Absalamova, journaliste d’investigation azerbaïdjanaise spécialisée dans les questions environnementales et sociales. Emprisonnée en raison de son engagement, elle est reconnue comme prisonnière politique.

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Source:

www.reforme.net

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