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Planisphère. Israël-Palestine : que disent les cartes ? Avec D. Papin

Cette émission [1] Planisphère, Israël-Palestine : que disent les cartes ? Avec D. Papin, sur RCF Notre Dame

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Synthèse de cette émission, Planisphère, Israël-Palestine : que disent les cartes ? Avec Delphine Papin. Rédigée par Emilie Bourgoin pour Diploweb.com . Revue et validée par D. Papin

DANS cet épisode, Delphine Papin revient sur les dynamiques historiques, territoriales et géopolitiques du conflit israélo-palestinien à travers l’analyse cartographique. À partir de l’atlas Israël-Palestine, histoire, société, économie : un atlas pour comprendre, coécrit avec Gilles Paris, elle montre comment les cartes permettent de mieux comprendre les héritages historiques, les transformations territoriales et les recompositions contemporaines du conflit. L’entretien insiste également sur le rôle des outils cartographiques modernes, notamment les images satellites, dans l’analyse des conflits actuels.

Comprendre les origines du conflit par la géographie historique

Delphine Papin explique que l’objectif de l’atlas « Israël – Palestine. Histoire, société, économie : un atlas pour tout comprendre » (co-édition Tallandier – Le Monde) est d’articuler les événements européens et moyen-orientaux afin de mieux comprendre la naissance du conflit israélo-palestinien. La première carte de l’ouvrage, couvrant la période 1881-1920, met ainsi en parallèle la montée de l’antisémitisme en Europe, notamment dans l’Empire russe, et l’émergence du sionisme, mouvement politique visant à créer un foyer national juif.

L’originalité de cette approche réside dans la mise en relation des dynamiques européennes et de la situation géopolitique du Proche-Orient au sein de l’Empire ottoman. L’atlas montre également le rôle des puissances coloniales, notamment la France et le Royaume-Uni, dans le redécoupage territorial du Moyen-Orient après la chute de l’Empire ottoman, notamment à travers les accords Sykes-Picot. Cette spatialisation des événements permet de mieux saisir les interactions entre les évolutions politiques européennes et les transformations géopolitiques du Proche-Orient.

Delphine Papin

Delphine Papin co-signe avec Gilles Paris : « Israël – Palestine. Histoire, société, économie : un atlas pour tout comprendre », une co-édition Tallandier – Le Monde. Crédit photographique : Pierre Verluise pour Diploweb.

Verluise/Diploweb.com

Le plan de partage de 1947 : une carte qui n’a jamais existé

L’un des points centraux de l’entretien concerne la carte du plan de partage de la Palestine proposé par l’ONU en 1947. Delphine Papin souligne que cette carte « n’a jamais existé » dans les faits, car le plan fut refusé par les populations arabes et ne fut jamais appliqué sur le terrain.

Elle explique également que ce partage reposait initialement sur un texte extrêmement détaillé et non sur une carte précise. En reconstituant ce tracé, les auteurs montrent à quel point le projet était territorialement fragmenté : un État juif en trois parties, un État arabe en quatre parties, ainsi qu’une Jérusalem placée sous administration internationale.

Malgré son apparente incohérence géographique, ce plan répondait à des logiques démographiques et stratégiques précises : répartition des populations, accès aux ressources en eau, ouverture maritime et contrôle des territoires agricoles. Cette analyse démontre le poids déterminant de la géographie dans la construction des projets géopolitiques.

1948-1949 : guerre, déplacements de population et naissance de la “ligne verte”

L’atlas « Israël – Palestine. Histoire, société, économie : un atlas pour tout comprendre » (co-édition Tallandier – Le Monde) revient ensuite sur la guerre de 1948-1949 qui suit la création de l’État d’Israël. Delphine Papin explique que les offensives menées par les pays arabes voisins furent progressivement repoussées par Israël, qui étendit alors son contrôle territorial bien au-delà du plan de partage initial.

Les cartes mettent particulièrement en évidence la destruction ou l’abandon de nombreux villages palestiniens ainsi que la création des camps de réfugiés palestiniens à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Syrie. Cette période marque également l’apparition de la “ligne verte”, issue des accords d’armistice de 1949, qui devient une frontière de référence jusqu’en 1967.

L’entretien souligne aussi la complexité des statuts des populations palestiniennes, notamment à Gaza, où coexistent des habitants originaires du territoire et des réfugiés de 1948, dont les descendants conservent encore aujourd’hui ce statut.

Les accords d’Oslo et la fragmentation territoriale palestinienne

En abordant les accords d’Oslo de 1993 et 1995, Delphine Papin montre comment les cartes révèlent la fragmentation du territoire palestinien. Les zones A, B et C instaurées par les accords illustrent un territoire morcelé, sans continuité géographique réelle, souvent comparé à une « peau de léopard ».

La zone A est administrée par les Palestiniens, la zone B est sous administration civile palestinienne mais contrôle sécuritaire israélien, tandis que la zone C reste entièrement sous contrôle israélien. Cette organisation territoriale complexe remet en question la viabilité d’un futur État palestinien.

Delphine Papin rappelle également que le processus de paix a été fragilisé à la fois par les attentats du Hamas, les violences des extrémistes israéliens et l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995.

Cartographier le conflit après le 7 octobre 2023 grâce aux images satellites

L’entretien aborde ensuite les méthodes utilisées par les journalistes et cartographes du journal Le Monde pour documenter le conflit après les attaques du 7 octobre 2023. En raison de l’impossibilité d’accéder librement au territoire de Gaza, les équipes ont eu recours à l’imagerie satellite, déjà utilisée pour suivre la guerre en Ukraine.

Ces images permettent d’analyser l’étendue des destructions, les déplacements de population et les transformations territoriales opérées par Israël, notamment la construction de routes militaires et de checkpoints dans la bande de Gaza.

Delphine Papin insiste sur la révolution que représente aujourd’hui l’accès à des images satellites de haute qualité, provenant parfois de satellites chinois, indiens ou du secteur privé, et qui permettent aux journalistes d’observer des territoires autrefois difficilement accessibles.

La reconnaissance de la Palestine et les paradoxes diplomatiques

Une autre carte étudiée dans l’atlas concerne la reconnaissance internationale de la Palestine. Delphine Papin souligne le paradoxe actuel : alors même que la possibilité concrète d’un État palestinien semble de plus en plus compromise, le nombre d’États reconnaissant officiellement la Palestine continue d’augmenter.

Cette dynamique diplomatique illustre à la fois le soutien international croissant à la cause palestinienne et l’impasse politique sur le terrain. L’atlas met ainsi en évidence les écarts entre les évolutions diplomatiques internationales et les réalités géopolitiques locales.

La stratégie de Netanyahou et les recompositions régionales

Delphine Papin analyse ensuite la stratégie du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou après les attaques du 7 octobre 2023. Selon elle, B. Netanyahou a cherché à renforcer sa position politique interne en lançant une offensive militaire contre ce qu’Israël appelle « l’axe de la résistance », regroupant notamment le Hamas, le Hezbollah et l’Iran.

Cependant, malgré les succès militaires israéliens, Delphine Papin estime que ces opérations n’ont pas encore produit de transformation politique majeure dans la région. Elle insiste également sur le rôle limité de l’Union européenne, divisée sur la question palestinienne, contrairement au soutien déterminant des États-Unis à Israël.

Enfin, elle évoque les difficultés rencontrées par Donald Trump dans la gestion des tensions avec l’Iran, notamment après le retrait américain de l’accord nucléaire de Vienne et la reprise des bombardements dans un contexte diplomatique extrêmement fragile.

Encore plus

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Conclusion

En conclusion, Delphine Papin rappelle l’importance de la cartographie pour comprendre un conflit aussi complexe que celui entre Israël et la Palestine. Les cartes permettent non seulement de visualiser les transformations territoriales, mais aussi de mettre en évidence les logiques démographiques, historiques et géopolitiques qui structurent le conflit depuis plus d’un siècle.

Pour approfondir ces questions, Pierre Verluise recommande en premier lieu l’atlas cosigné par Delphine Papin et Gilles Paris : « Israël, Palestine, histoire, société, économie : un atlas pour comprendre », publié en coédition chez Tallandier et Le Monde.

Delphine Papin conseille également l’ouvrage de Vincent Lemire intitulé « Jérusalem, l’histoire n’est jamais écrite », publié chez Albin Michel. Pour Delphine Papin, cet ouvrage se distingue par son approche géohistorique particulièrement pertinente pour comprendre les enjeux territoriaux et symboliques autour de Jérusalem.

Copyright pour la synthèse Juin 2026-Bourgoin/Diploweb.com

. Plus
Delphine Papin, Gilles Paris, Israël-Palestine Histoire, société, économie : un atlas pour tout comprendre, éd. Tallandier – Le Monde, 2026

4e de couverture

Les massacres du 7 octobre 2023 et l’anéantissement de Gaza qui s’est ensuivi ont ravivé une guerre de plus de cent ans. Le conflit israélo-palestinien a commencé au début du xxe siècle avec la promesse faite par les Européens aux populations juives et arabes de pouvoir disposer du même territoire.

Avec des cartes et infographies d’exception, cet atlas fait la synthèse des connaissances sur le sujet en abordant les aspects historiques, économiques, culturels et religieux de cette région.

Un atlas pour comprendre comment le cycle de violence en cours redessine le Moyen-Orient.

Service Infographie du journal Le Monde – Julie Cassotti, Francesca Fattori, Sylvie Gittus, Flavie Holzinger, Xemartin Laborde, Audrey Lagadec, Véronique Malécot, Floriane Picard, Riccardo Pravettoni et Victor Simonnet. Légendes Cartographie – Elina Maupin et Frédéric Miotto.

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Source:

www.diploweb.com

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