Chaque année à l’approche de la rentrée, des milliers de familles achèteraient un diplôme qui n’en serait pas vraiment un. Voilà l’un des nombreux (et sévères) constats du dernier rapport conjoint de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR), publié le 26 juin dernier. En effet, sur les plaquettes et les sites des écoles privées, impossible d’échapper aux « bachelors » et aux « mastères ».
Deux appellations qui évoquent les diplômes universitaires de licence et master… Sauf qu’ils n’ont, la plupart du temps, rien à voir. Ce sont en réalité de simples titres professionnels, reconnus par le ministère du Travail et non par celui de l’Enseignement supérieur. Et si ces bachelors et mastères permettent de s’insérer dans le marché du travail dans le privé, ils n’offrent aucun grade universitaire… et bloquent parfois l’accès à certains concours publics.
Une confusion jugée suffisamment sérieuse par l’Igas pour recommander une interdiction pure et simple de ces termes : « la coexistence de diplômes conférant un grade et de diplômes visés (ne conférant pas de grade) est une source de confusion, les différents acteurs rencontrés par la mission (étudiants, formateurs, service pédagogie des écoles) assimilant souvent l’ensemble à des formations « reconnues par l’État » ». Pour le dire plus simplement, même ceux qui travaillent dans ces écoles s’y perdent parfois. Difficile de leur en vouloir, tant les deux logos des labels se ressemblent (voir ci-dessous).
Mais cette solution est loin de convaincre Galileo Global Education, l’un des deux grands groupes spécialisés dans l’enseignement privé examinés dans le cadre de ce rapport, avec le Collège de Paris. « Les termes « bachelor » et « mastère » constituent aujourd’hui des repères largement utilisés par les étudiants, notamment internationaux, et par les recruteurs », explique la direction du groupe auprès de Challenges. Les interdire pourrait inciter « les établissements à multiplier les intitulés propres, sans nécessairement améliorer la lisibilité de l’offre ».
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Plutôt que l’interdiction, le groupe plaide pour un encadrement fondé sur trois informations qui devraient être systématiquement accessibles : le mode de reconnaissance de la formation par l’Etat (RNCP, visa ou grade), son niveau de sortie, et son taux d’insertion professionnelle vérifié via la plateforme InserSup.
« Interdire ces termes ne réglera pas la question des formations de mauvaise qualité, la priorité est de garantir aux étudiants une information claire, complète et vérifiable sur la reconnaissance de chaque formation et ses débouchés professionnels », résume Antoine Prodo, délégué général de Galileo Global Education.
La lisibilité de l’offre est justement l’un des points les plus épinglés par la mission. A l’ESG Lyon, l’une des écoles du groupe Galileo passées à la loupe, les inspecteurs recensent pas moins de 31 formations différentes pour 660 étudiants : onze bachelors, treize mastères, sept BTS. Une profusion d’intitulés qui, selon eux, cache un nombre de titres professionnels bien plus restreint, certaines écoles allant jusqu’à renommer leurs formations d’une année sur l’autre, sans que le contenu change vraiment, « pour les rendre commercialement plus attractives ».
Deuxième argument marketing épinglé par la mission : les fameux crédits ECTS, ce système censé permettre de faire reconnaître ses années d’études d’un pays européen à l’autre. Les écoles les brandissent volontiers pour rassurer sur la valeur de leur formation. Sauf que n’importe quel établissement peut en délivrer, y compris pour des titres professionnels sans la moindre reconnaissance académique. « De nombreux étudiants rencontrés par la mission demeurent convaincus que l’obtention de crédits ECTS équivaut à un droit à la poursuite d’études, alerte le rapport. Les discours des écoles entretiennent volontairement cette illusion ».
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C’est précisément sur ce point que la mission propose d’imposer une mention obligatoire, précisant qu’un bachelor ou un mastère n’ouvre pas automatiquement la voie à un cursus universitaire. Galileo s’y dit favorable dans l’idée, mais pointe une imprécision juridique : « depuis la loi du 23 décembre 2016 […] relative à la sélection en master, aucun diplôme, y compris une licence, ne garantit automatiquement l’accès à un master. L’admission relève dans tous les cas de la décision de l’établissement d’accueil. »
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Le groupe propose donc une formulation alternative, plus exacte à ses yeux, telle que : « la poursuite d’études est soumise aux conditions d’admission et à la décision de l’établissement d’accueil ». Et se dit prêt à adopter « une mention normalisée et présentée selon un format commun à tous les établissements, publics comme privés ». Nul doute que les discussions autour du projet de loi sur la régulation de l’enseignement supérieur privé, en cours d’examen à l’Assemblée nationale, promettent d’être animées.
Source:
www.challenges.fr




