DéfenseQuelle aviation de combat pour le ciel européen ?

Quelle aviation de combat pour le ciel européen ?

La dépendance au F-35 américain est-elle un enjeu majeur pour la souveraineté européenne en matière de défense aérienne ?

A. De Nève : Si la dépendance européenne vis-à-vis du F-35 américain est souvent présentée comme un enjeu central de souveraineté, cette focalisation tend à simplifier à l’excès une réalité stratégique plus profonde et plus ancienne. Précisons d’emblée que les choix capacitaires en matière d’aviation de combat ont, pour l’essentiel, été opérés depuis de longues années par les États européens, en fonction de diverses contraintes qui sont d’ordre budgétaire, industriel, opérationnel et politique. Le cœur du débat actuel ne porte plus prioritairement sur la sélection des plateformes elles-mêmes, mais sur la capacité en Europe à coordonner, maitriser et articuler des architectures de combat devenues profondément intégrées, et interconnectées à des niveaux variés.

Il serait toutefois réducteur de limiter cette problématique à un simple « effet F-35 ». Quels que soient les choix de plateformes, les opérations aériennes européennes reposent sur un maillage informationnel et de commandement largement structuré par des standards américains ou atlantiques. Les liaisons de données tactiques, à commencer par le Link 16, en sont une illustration : indispensables en coalition, elles s’inscrivent dans des architectures de gouvernance et de cryptographie où la dépendance au cadre américain demeure forte. Dès lors, même en l’absence du F-35, la question de la souveraineté informationnelle et décisionnelle resterait pleinement posée.

Les implications pour l’autonomie stratégique européenne doivent dès lors être analysées avec une grande nuance. Même s’il est vrai que l’intégration dans des systèmes américains offre des gains capacitaires, on ne peut nier que cette intégration se traduit par une autonomie très conditionnelle, dans laquelle la liberté d’action européenne dépend de la stabilité des relations politiques, de la continuité des soutiens logistiques ainsi que de l’accès aux mises à jour et aux données critiques.

La problématique centrale pour l’Union européenne (UE) n’est pas tant de substituer une plateforme à une autre que de reprendre progressivement la maitrise des couches critiques qui entourent et structurent le combat aérien moderne, qu’il s’agisse du commandement et du contrôle, de la gestion et de la protection des données, du renseignement, de la guerre électronique, de la connectivité spatiale, ou du ravitaillement et du soutien.

Le projet SCAF (Système de combat aérien du futur) est-il une réponse européenne à la hauteur des défis technologiques et géopolitiques actuels ?

La souveraineté stratégique européenne se situe au cœur du projet SCAF. L’objectif n’est pas seulement de trouver un remplaçant au Rafale et à l’Eurofighter à l’horizon 2040, mais de demeurer dans le club particulièrement fermé des puissances qui seront demain capables de concevoir un système de combat aérien de bout en bout, sans dépendre des États-Unis. En effet, au-delà du développement d’un système de combat aérien de nouvelle génération, ce qu’ambitionne le SCAF est la confection d’un véritable système des systèmes comportant quatre types de réticulations : un chasseur de nouvelle génération (NGF), des drones d’accompagnement, un cloud de combat, une intelligence artificielle intégrée pour le traitement des données et la gestion de la connectivité multi-domaines.

Pour mesurer la hauteur des enjeux, il est essentiel de comprendre l’évolution des menaces auxquelles les forces armées seront confrontées dans un avenir proche, voire peut-être immédiat. Les opérations aériennes « permissives » ont fait leur temps. Il faudra désormais s’assurer de la maitrise du combat aérien de haute intensité dans un environnement à la fois saturé, contesté et numérisé. « De haute intensité », car l’ennemi opposera une force symétrique ou quasi-symétrique et mettra en œuvre des capacités souvent très comparables et hautement diversifiées. Par « environnement contesté », il faut comprendre que tous les milieux opérationnels seront disputés en permanence. Et dans un tel contexte, cela suppose des communications brouillées, des signaux dégradés ou altérés… ce qui pourrait perturber les systèmes de commandement. Malgré cet environnement contraint, la numérisation demeurera plus que jamais un facteur clé. 

Aujourd’hui, tout avion de combat moderne est un producteur massif de données. L’ambition recherchée à travers le SCAF est de développer un système nodal de combat qui s’appuie sur une fusion de données issues de capteurs multi-plateformes grâce à des IA d’aide à la décision.


Source:

www.areion24.news

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