Gabriel Attal a déclaré récemment qu’il savait désormais comment « présider la France ». Une phrase apparemment anodine qui dissimule en réalité une figure de style. Les explications de Me François Martineau, avocat à la cour et auteur de Petit traité d’argumentation judiciaire.
La mobilisation soudaine des candidats à l’élection à la présidence de la République provoque simultanément chez leurs communicants politiques, une mobilisation générale… des tropes. Leurs « plumes », comme de modernes alchimistes, s’efforcent de transmuer le plomb lourd des ambitions personnelles de leurs clients en or chatoyant, celui des petites phrases percutantes que l’opinion retiendra…Ainsi, les plumes de Gabriel, Attal ont-elles enrôlé, pour le premier slogan de leur candidat, la métonymie et/ou la synecdoque.
Avec une humilité qui n’exclut pas l’assurance, Gabriel Attal, dans un article paru au Point déclare qu’il lui semble désormais savoir comment « présider la France ».
Non, on ne préside pas la France
Tous les candidats déclarés ou à venir devraient savoir qu’on ne préside pas la France, mais la République et surtout que, depuis 1830, on gouverne les Français et non, comme à l’époque de l’Ancien régime, la France !
Présider la France, au lieu de présider la République, voilà un bien beau projet, mais qui constitue si on le prend au mot une métonymie. Pour la rhétorique classique, la métonymie est une figure de style qui consiste à désigner un objet ou une réalité par le nom d’un autre : ainsi une voile pour un bateau, ou une flèche pour un avocat brillant. Dans la métonymie, le rapport de sens ne procède pas, comme dans une métaphore, d’un rapport analogique entre deux réalités, mais d’une appartenance des deux termes, le substituant et le substitué, à un même ensemble conceptuel, ce que la linguistique moderne appelle une isotopie ! L’on distingue les métonymies purement ornementales de celles qui ont une vocation argumentative : ces dernières visant à faire prendre au terme employé les valeurs et croyances attachées à l’autre.
La métonymie utilisée par Gabriel Attal appartient, d’évidence, à cette deuxième catégorie. Par l’emploi de cette figure de rhétorique, gageons que Gabriel Attal veut sans doute souligner le lien qui existe entre le pays et son régime constitutionnel : il est vrai que la France est une République depuis 1873, et que ce système d’organisation des pouvoirs publics assure tant bien que mal la pérennité des valeurs démocratiques au sein de la nation. Les liens entre la France et le régime républicain sont d’ailleurs à ce point consubstantiels qu’on peut s’interroger sur le fait de savoir si cette métonymie ne constitue pas une synecdoque, espèce particulière de métonymie où le terme substitué entretient avec le substituant, un rapport de nécessité, comme la partie avec le tout.
Le candidat plutôt que le programme ?
Et de ce point de vue, autre valeur induite par le trope de Gabriel Attal, la République est et doit rester, pour notre pays une nécessité : la République s’efforce, bien sûr de maintenir l’État de droit, mais comme toute démocratie se doit d’être « présidée » par des hommes et des femmes, qui ne manqueront pas d’incarner les valeurs républicaines, dont les auteurs classiques se plaisaient, parfois avec nostalgie, à rappeler la liste : le courage et la force morale, le respect pour ceux qui ont contribué à construire le pays, la loyauté et le souci de la parole donnée, la persévérance et la constance dans les choix politiques, enfin la dignité du comportement, gravité et autorité…
Espérons que c’est à ces valeurs-là que Gabriel Attal fait référence.
Si tel n’était pas le cas, il ne faudrait voir alors dans l’utilisation de ce trope qu’une nouvelle illustration de ces techniques publicitaires qui façonnent désormais tout discours politique, c’est-à-dire un slogan visant le produit, en l’espèce le candidat, plutôt que son utilité ou son intérêt, c’est-à-dire son programme ; il ne faudrait y lire qu’une formule centrée sur la personnalité de son émetteur et qui viserait à conforter la légitimité intrinsèque de son auteur à se lancer dans la campagne présidentielle et à prétendre au pouvoir…La métonymie ou synecdoque s’interpréterait alors comme l’expression, inconsciente ou nom, d’une ambition personnelle démesurée …
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