CultureCinéma & ArtsRaoul Dufy, éclaboussé par Deauville, entre mer et champs de courses

Raoul Dufy, éclaboussé par Deauville, entre mer et champs de courses

La pelouse est vert électrique, les casaques bleues claquent au galop, les robes de chevaux, tantôt gris pommelé, tantôt bruns, parfois avec une pointe de bleu, animent la composition. Tout au fond, sous les frondaisons, on devine les toits de Deauville. Ce champ de courses, peint en 1928 par Raoul Dufy (1877–1953), mêle la fougue d’une esquisse et la précision d’un instantané photographique, ayant capté la vie dans cette cité balnéaire normande.

Ce sont de lumineux ancrages à Deauville comme celui-là qui servent de port d’attache à l’exposition estivale des Franciscaines, « Raoul Dufy, la mélodie du bonheur », coproduite avec le Centre Pompidou. Christian Briend, conservateur au musée national d’Art moderne et commissaire de cet accrochage, a consacré six rétrospectives à l’artiste – sa première remontant à 1999, au musée des Beaux-Arts de Lyon. Aux Franciscaines, le spécialiste a réuni une centaine d’œuvres, dont une soixantaine de peintures, pour nous faire voyager à travers la carrière de Raoul Dufy, de l’héritage impressionniste de sa Normandie natale à l’ultime série des « Cargos noirs », en passant par une saison fauve, une incursion cubiste aux côtés de Georges Braque et toute une production décorative, céramiques et textile.

Deauville, un laboratoire de lumière

« Deauville n’est pas qu’un simple décor de villégiature, c’est le lieu où sa peinture prend la lumière en pleine face. »

Christian Briend

Natif du Havre, Raoul Dufy est longtemps revenu puiser son inspiration sur les côtes normandes. Attiré par la lumière des bords de mer et la palette de couleurs de la campagne, le peintre séjourne à Sainte-Adresse, non loin de sa ville natale, il papillonne carnets en mains, de Honfleur à Trouville et Deauville. C’est là qu’il scelle sa passion pour les hippodromes normands qui lui vaudra un tout premier honneur, quand Le Paddock à Deauville entre en 1930 dans les collections nationales françaises. Ses tableaux seront par la suite des plus courus auprès des collectionneurs privés.

Baigneuses et audaces modernes

Embarquons dans la section où la mer et les chevaux ne font qu’un. Les rivages normands de Dufy se peuplent de figures allégoriques et de petits équidés fantaisistes. Cette salle plongeant dans les sujets normands doit aussi sa fraîcheur aux Baigneuses, toile présentée au Salon des indépendants de 1920, envahie par trois femmes beaucoup plus grandes que nature, dans une facture large et épaisse, un style expressionniste inhabituel chez l’artiste.

« Baigneuses » (1919) de Raoul Dufy présentées dans l’exposition « Raoul Dufy. La Mélodie du bonheur » aux Franciscaines de Deauville

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© Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. GrandPalaisRmn / photo : Sandrine Boyer Engel

Non loin, L’Atelier de l’impasse de Guelma (1935–1952) rappelle que le maître de La Fée Électricité peignait aussi fréquemment son lieu de travail : on admire deux points de fuite légèrement divergents et des murs bleus qui s’effacent par endroits pour laisser entrer la rue – comme si l’atelier lui-même respirait à plein poumon la bonne brise normande. « Deauville n’est pas qu’un simple décor de villégiature, c’est le lieu où sa peinture prend la lumière en pleine face », affirme Christian Briend.


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L’ombre des cargos

Raoul Dufy, Cargo noir et drapeau

Raoul Dufy, Cargo noir et drapeau, après 1948

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Huile sur panneau d’ »Isorel » • 40,8 × 51 cm • © Centre Pompidou, MNAM-CCI / photo : Jean-François Tomasian / Dist. GrandPalaisRmn

Sous cette gaieté de façade affleure pourtant une inquiétude plus sourde. Elle éclate dans les « Cargos noirs », série testamentaire peinte les dernières années de sa vie, après la Seconde Guerre mondiale, où Dufy revient une dernière fois contempler sa baie natale de Sainte-Adresse. Le noir y tombe sur la toile comme un projecteur de théâtre qui aveugle : « Un peu comme quand on regarde le soleil, on est ébloui, on ne voit plus rien. »


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Raoul Dufy. La Mélodie du bonheur

Du 27 juin 2026 au 20 septembre 2026

lesfranciscaines.fr


Source:

www.beauxarts.com

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